Déclarer la guerre
rompit l'ordre de la délibération, et rendit l'espérance au tuteur du soleil.
« Quoi! dit ce Chicassaws, est-ce bien un Iroquois que nous venons d'entendre? Le peuple qui devroit nous soutenir dans une guerre sacrée nous abandonne! Si ces orgueilleux cyprès, qui portoient jadis leur tête dans le ciel, sont devenus des lierres rampants, qu'ils se laissent fouler aux pieds du chasseur étranger! Quant au Chicassaws, déterminé à délivrer la patrie, il adopte le plan des Natchez. »
Ces paroles furent vivement ressenties par les Iroquois, qui donnèrent aux Chicassaws le nom de daims fugitifs et de furets cruels. Les Chicassaws répliquèrent en appelant les Iroquois oiseaux parleurs et loups changés en dogues apprivoisés. Toutes ces nations, se divisant, sembloient prêtes à se charger sur la pointe du roc, à se précipiter dans le lac avec l’eau du torrent et les débris du bûcher, lorsque les jongleurs parvinrent à obtenir un moment de silence. Le grandprêtre des Natchez, du milieu des branches d’un pin dont il tient le tronc embrassé, s’écrie :
« Par Michabou, génie des eaux, dont vous troublez ici l'empire, cessez vos discordes funestes! Aucune nation présente à cette assemblée n’est obligée de suivre l'opinion d’une autre nation : tout ce qu’elle à promis, c’est le secret, et elle ne peut le dévoiler sans périr subitement. Trois opinions divisent le conseil : la première rejette le plan des Natchez, la seconde l’adopte, la troisième veut garder la neutalité. Eh bien! que chaque peuple suive l'opinion à laquelle il se range, cela n’empêchera pas ceux qui veulent une vengeance éclatante de l’accomplir. Quand nos frères demeurés en paix sur leurs nattes verront nos succès, peut-être se détermineront-ils à nous imi- CET)
La sagesse du jongleur fut louée et son avis adopté. Alors se fit la séparation dans l'assemblée : les Indiens du nord et de l’est, les Iroquois à leur tête, se déclarèrent opposants au projet des Natchez; les peuples de l’ouest, les Mexicains, les Sioux, les Pannis, dirent qu'ils ne blàmoient ni ne désapprouvoient le projet, mais qu’ils vouloient vivre en paix, les peuples du midi, et ceux qui, en remontant vers le septentrion, habitoient les rives du Meschacebé, les Chicassaws, les Yazous, les Miamis, entrèrent dans la conjuration. Mais tous ces peuples, quelles que fussent leurs diverses opinions, avoient juré sur la cendre des morts qu’ils garderoient un secret inviolable, et tous déclarèrent de nouveau, avec cette foi indienne rarement démentie, qu’ils seroient fidèles à leur serment.
« Le voilà donc décidé, le sort des blancs aux Natchez! » s'écria
Ondouré dans un transport de joie, en voyant le nombre considérable des nations du midi engagées dans le complot.
Jusque alors un rayon d'espérance avoit soutenu le malheureux Outougamiz; mais quand un tiers de l'assemblée se fut déclaré pour le projet du tuteur du soleil, l’ami de René se sentit comme un homme dont le Créateur a détourné sa face. Il s’avance, ou plutôt il se traîne au milieu de l'assemblée : les uns, selon leur position, le voyoient comme une ombre noire sur la flamme du bûcher; les autres l’apercevoient comme le génie de la douleur, à travers le voile mobile de la flamme.
« Eh bien! » dit-il d’une voix concentrée, mais qu’on entendoit dans l'immense silence de la terre et du ciel, « il faut que je tue mon ami! C'est moi, sans doute, Ondouré, que tu chargeras de porter le coup de poignard. Nations, vous avez surpris ma foi; hélas! elle n’étoit pas diMicile à surprendre! Je suis simple ; mais ce que vous ne surprendrez pas, c’est l’amitié d'Outougamiz. Il se taira, car il a prêté le serment du secret, mais quand vous serez prêts à frapper, Outougamiz, avec le Manitou d’or que voici, sera debout devant René. Forgez le fer bien long : pour atteindre le cœur de mon ami, il faut que ce fer passe par le mien. » :
Le jeune homme se tut : ses yeux étoient levés vers le firmament; c'étoit l'ange de l’Amitié redemandant sa céleste patrie. Les sachems écoutoient pleins de pensées; ils entrevoyoient un secret qu’ils croyoient important de connoître ; ils commandoient le silence au conseil : les prodiges de l'amitié d'Outougamiz, connus de toute la solitude, faisoient l'admiration des jeunes sauvages.
Le frère de Céluta ramenant ses regards sur l’assemblée : « Guerriers, pourquoi êtes-vous muets? Enseignez-moi donc ce qu'il faut que je dise à ma sœur et à ma femme, lorsqu'elles viendront au-devant de moi. Que dirai-je à René lui-même? Lui dirai-je : « Chevreuil, que j'avois trouvé dans le marais des Illinois, viens que je rouvre la blessure que ma main avoit fermée? »
Outougamiz, portant tout à coup ses deux mains à sa poitrine : « Je t’arracherai bien de mon sein, affreux secret! s’écria-t-il. Os de mes pères, vous avez beau vous soulever et marcher devant moi, je parlerai; oui, je parlerai; je ne serai point un assassin! René, écoute, entends-tu ?.. Voilà tout ce qui s'est passé au conseil; ne va pas le répéter! Mais, René, n’es-tu pas coupable? Ah! Dieu! j'ai parlé, j'ai violé mes serments, j'ai trahi la patrie ! » Outougamiz défaillit devant le bûcher ; si les guerriers voisins ne l’eussent retenu, il tomboit dans la flamme. On le couche à l'écart sur des branches.
Get évanouissement donna le temps au jongleur et à Ondouré de répéter ce qu'ils avoient déjà dit de la frénésie d'Outougamiz, causée par un maléfice, Impatientes de partir, les nations se levèrent, et l’on oublia le frère de Céluta.
Les tribus qui avoient adopté le plan des Natchez reçurent du jongleur les gerbes funéraires : dans chaque gerbe il y avoit douze roseaux, L'époque des grands jeux, qui duroient douze jours, commençoit le dix-huitième jour de la lune des chasses; c'étoit ce jour-là même que les jongleurs, chez les différentes nations conjurées, devoient brûler le premier roseau; les autres roseaux, successivement retirés pendant onze nuits, annonceroient le massacre avec l'épuisement de la gerbe.
Les Indiens commencèrent à descendre le sentier étroit et dangereux qui conduisoit au bas du rocher. Lorsqu'ils arrivèrent au rivage, le jour éclairoit l'horizon, mais il étoit sombre; et le soleil, enveloppé dans les nuages d'une tempête, s'étoit levé sans aurore. Les Indiens se rembarquèrent dans leurs canots, se dirigeant vers tous les points de l’horizon : la flotte, bientôt dispersée, s’'évanouit dans l’immensité du lac. Le jongleur et Ondouré abandonnèrent les derniers le rocher du conseil. Is invitèrent Outougamiz, qui avoit repris ses sens, à les suivre; l'ami de René, les regardant avec horreur, leur répondit que jamais il ne se trouveroit dans la société de deux pareils méchants; ils le quittèrent sans insister davantage. Qu'importoit à Ondouré qu’Outougamiz se précipitàät où non du haut du rocher? Outougamiz étoit lié par un serment qu'il ne romproit sans doute jamais; mais si, dans son désespoir, il attentoit à sa vie, le secret de la tombe paroissoit encore plus sûr à Ondouré que celui de la vertu.
Outougamiz demeure assis sur la pointe du rocher, en face du lac, à l’endroit où le torrent, quittant la terre, s’élançoit dans l’abîme; la grandeur des sentiments que ce spectacle inspiroit s’allioit avec la grandeur d’une amitié sublime et malheureuse. Les flots du lac, poussés par le vent, mordoient leurs rivages, dont ils emportoient les débris : partout des déserts autour de cette mer intérieure, elle-même solitude vaste et profonde: partout l'absence des hommes et la présence de Dieu dans ses œuvres.
Le coude appuyé sur son genou, la tête posée dans sa main, les pieds pendants sur l’abime, ayant derrière lui le bois du conseil, naguère si animé, maintenant rendu à la solitude, Outougamiz fut longtemps à fixer ses résolutions : il se détermina à vivre. Si les blancs alloient découvrir le complot, qui défendroit la patrie, qui défendroit Géluta, qui défendroit Mila, dont le sein porte peut-être le fils d'Ou-
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tougamiz ? On ne peut pas révéler le secret à René, puisque René est peut-être coupable, comme l’affirment les sachems : mais n’y al pas quelque moyen de sauver l’homme blanc? Chactas reviendra, Chactas sera initié au mystère : la sagesse de ce sachem ne peut-elle prévenir tant de malheurs? Si Outougamiz se précipite dans le lac, sa mort sera inutile à René : celui-ci n’en périra pas moins ; Outougamiz en prolongeant sa vie peut trouver une occasion inespérée de mettre à l'abri les jours de son ami. Ah! si l’on pouvoit faire savoir le secret à Mila, qui a tant d'esprit, elle auroit bientôt tout arrangé! Qui sait aussi si l'innocence de René ne sera pas découverte? Alors, quel bonheur! comme les obstacles s’aplaniroient, comme on passeroit du désespoir au comble de la joie !
Outougamiz, après avoir roulé toutes ces pensées dans son àme, se lève : « Vivons, dit-il, ne laissons pas à Céluta le poids de tous les maux; ne nous reposons pas lâächement dans la tombe. Adieu, bois du sang ! adieu, rocher de malédiction : puisse Athaensic te prendre pour son autel! »
Outougamiz se précipite par l'étroit sentier, laissant au bûcher du conseil quelques cendres qui fumoient encore; image de ce qui reste des vains projets des hommes.
Le frère de Céluta marcha tout le jour et une partie de la nuit suivante : des Sioux, qu’il rencontra, le portèrent, dans leur canot, de fleuve en fleuve, jusqu’au pays des Illinois : ceux-ci, craignant une nouvelle invasion des Natchez, s'étoient retirés à deux cents lieues plus haut, vers l'occident. Outougamiz, reprenant sa route par terre, traversa les champs témoins des prodiges de son amitié. Le poteau où René devoit être brûlé étoit encore debout : Outougamiz embrassa ce monument sacré. Il descendit aux marais, et visita la racine sur laquelle il avoit tenu son ami dans ses bras ; il retrouva les roseaux séchés dont il couvroit pendant la nuit l’objet de sa tendresse; il ramassa quelques plumes des oiseaux dont il avoit nourri son frère. I] dit : « Belles plumes, si jamais je suis heureux, je vous attacherai avec des fils d’or, et je vous porterai autour de mon front les jours de fête. Auriez-vous jamais cru que je tuerois mon ami? »
Cet homme excellent cherchoit à puiser dans ses souvenirs de nouvelles forces, pour qu’elles devinssent égales aux périls de René; il se retrempoit, pour ainsi dire, dans ses malheurs passés pour s’endurcir contre son malheur présent; il s’excitoit à l'amitié par son propre exemple, tandis qu’il s’accusoit naïvement d’être changé, et d’avoir juré la mort de René.
Suivant ainsi son amitié à la trace, l’Indien arrive jusqu'aux Nat-
kil LES NATCHEZ.
chez : là commencèrent ces douleurs qui ne devoient plus finir. René étoit-il revenu ? Comment soutenir sa première entrevue ? Que dire aux deux femmes aflligées ?
René n’étoit point encore aux Natchez. Ondouré seul et le jongleur avoient devancé de deux aurores le retour du malheureux Outougamiz. Les jours de Céluta et de Mila s’étoient écoulés dans la plus profonde retraite. Par habitude de souffrir et par la longueur du temps, l'épouse de René étoit tombée dans une tristesse profonde : la tristesse est le relâchement de la douleur ; sorte d’intermission de la fièvre de l'âme, qui conduit à la guérison ou à la mort. H n’y avoit plus que les yeux de Céluta à sourire; sa bouche ne le pouvoit plus.
« Tu me sembles un peu calme, » disoit Mila.
« Oui, lui répondoiït sa sœur, je suis faite à présent à la mauvaise nourriture : mon cœur s’alimente du chagrin qu'il repoussoit avant d'y être accoutumé. »
La nuit qui précéda l’arrivée d'Outougamiz, les deux Indiennes veillèrent plus tard que de coutume : elles s’occupoient de René, inépuisable sujet de leurs entretiens. Lorsqu'elles furent couchées sur la natte, elles continuèrent de parler, et, faisant au milieu de leur adversité des projets de bonheur, elles s’endormirent avec l'espérance : l'enfant malade s’assoupit avec le hochet qu'on lui a donné dans son berceau. '
À leur réveil Mila et Céluta trouvèrent debout devant elles Outougamiz pâle, défait, les yeux fixes, la bouche entr'ouverte. Elles s’élancent de leur couche : « Mon frère! » — « Mon mari! » dirent-elles à la fois. « Qu’y at-il? René est-il mort? Allez-vous mourir ? »
«C’en est fait, répond l’Indien sans changer d’attitude, plus d’épouse, plus de sœur! »
« René est mort! » s'écrie Céluta.
« Que dis-tu ! repartit Outougamiz avec une joie sauvage, René est mort? Kitchimanitou soit béni! »
« Ciel! dit Céluta, tu désires la mort de ton ami! De quel malheur est-il donc menacé? »
« Nous sommes tous perdus! » murmure Outougamiz d'une voix sombre. Se dégageant des bras de sa femme et de sa sœur, il se précipite hors de la cabane : Mila et Céluta le suivent.
Elles sont arrêtées tout à coup par Ondouré. « Avez-vous vu Outougamiz?» leur dit-il d’un air alarmé. « Oui, répondent-elles ensemble ; il est hors de ses sens, nous volons après lui. »
« Que vous a-t-il dit? » reprit le tuteur du soleil.
« Il nous à dit que nous étions tous perdus, » répliqua Céluta.
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« Ne le croyez pas, dit le chef rassuré, tout va bien au contraire; mais Outougamiz est malade : je vais chercher Adario. »
Comme Ondouré s'éloignoit, Outougamiz, par un autre sentier, se rapprochoit de la cabane : il marchoit lentement, les bras croisés. Les deux femmes, qui s'avançoient vers lui, l'entendoient parler seul ; il disoit : « Manitou d'or, tu m'as privé de la raison : dis-moi donc maintenant ce qu'il faut faire. »
Mila et Céluta saisissent l’infortuné par ses vêtements.
« Que voulez-vous de moi? s'écrie-t-il. Oui, je le jure, j'aimerai René en dépit de vous ; je me ris des vers du sépulcre qui déjà dévorent mes chairs vivantes. Je frapperai mon ami sans doute; mais je baiserai sa blessure, je sucerai son sang, et quand il sera mort, je m'attacherai à son cadavre, jusqu'à ce que la corruption ait passé dans mes OS. »
Les deux Indiennes éplorées embrassoient les genoux d'Outougamiz : il les reconnoît, « C'est nous, dit Mila, parle! »
Outougamiz lui met la main sur la bouche : « Qu’as-tu dit? on ne parle plus, à moins que ce ne soit comme une tombe : tout vient à présent des morts. Il y à un secret. »
« Un secret! repartit vivement Mila, un secret pour tes amis! de quoi s'agit-il donc? de notre vie? de celle de René?
Alors Outougamiz : « Arrache-moi le cœur, » dit-il à Mila en lui présentant son sein, où la jeune épouse applique ses lèvres de flamme.
« Ne déchirez pas ainsi mes entrailles, dit Géluta : parle, mon cher Outougamiz; viens te reposer avec nous dans ta cabane. »
Une voix foudroyante interrompit cette scène, « As-tu parlé? disoit cette voix; la terre a-t-elle tremblé sous tes pas? »
« Non, je n'ai pas parlé, répondit Outougamiz en se tournant vers Adario, que conduisoit Ondouré; mais ne croyez plus trouver en moi le docile Outougamiz : homme de fer, allez porter votre vertu parmi les ours du Labrador; buvez avec délices le sang de vos enfants; quant à moi, je ne boirai que celui que vous ferez entrer de force dans ma bouche; je vous en rejetterai une partie au visage, et je vous couvrirai d'une tache que la mort n’effacera pas. »
Adario fut terrassé, « Que me reproches-tu ? dit-il à son neveu. Mes enfants? Barbare, cent fois plus barbare que moil »
Il n’en falloit pas tant pour abattre le ressentiment d'Outougamiz. « Pardonne, dit-il au vieillard; oui, j'ai été cruel; Outougamiz pourtant ne l’est pas! je suis indigne de ton amitié, mais laisse-moi la wienne ; laisse-moi mourir; console, après moi, ces deux femmes. Je
l'en avertis, je succomberai, je parlerai : je n’ai pas la force d'aller jusqu’au bout. »
«Nous consoler! dit Céluta ; est-ce là l’homme qui console ? Jusque ici je me suis tue, j'ai écouté, j'ai deviné, il s'agit de la mort de René. Allons, Outougamiz, couronne ton ouvrage, égorge celui que tu as délivré! Sa voix mourante te remerciera encore de ce que tu as fait pour lui; il cherchera ta main ensanglantée pour la porter à sa bouche; ses yeux ne te voient déjà plus, mais ils te cherchent encore : ils se tournent vers toi avec son cœur expirant, »
« L’entends-tu, Adario? dit Outougamiz. Résiste, si tu le peux! »
Outougamiz saisit Céluta, et, dans les étreintes les plus tendres, il se sent tenté de l’étouffer.
« Femmes, s’écrie Adario, retirez-vous avec vos larmes. »
(Oui, oui! dit Mila, prends ce ton menaçant; mais sache que nous Sauverons René, malgré toi, malgré la patrie : il faut que cette dernière périsse de ma propre main; j'incendierai les cabanes. »
« Vile ikouessen ‘, s’écria le vieillard, si jamais tu oses te présenter devant moi avec ta langue maudite, tu n’échapperas pas à ma colère.»
«Tu m'appelles ikouessen! dit Mila; de qui? de mon libérateur ? Tu as raison : je ne serois pas ce que je suis, si je n’avois dormi sur ses genoux! »
« Quitte ces femmes, dit le vieillard à son neveu ; ce n’est pas le moment de pleurer et de gémir. Viens avec les sachems qui nous attendent. » Outougamiz se laissa entraîner par Adario et par Ondouré.
Mila et Géluta, voyant leurs premiers efforts inutiles, cherchèrent d’autres moyens de découvrir le secret d'Outougamiz. Par les mots énigmatiques du jeune guerrier, elles savoient qu'il y avoit un mystère, et par sa douleur elles devinoient que ce mystère enveloppoit le frère d'Amélie. Dans cette pensée, avec toute l’activité de l'amitié fraternelle et de l'amour conjugal, elles suspendirent leurs plaintes ; elles convinrent de se séparer, d'aller chacune de son côté errer à l'entrée des cavernes où s’assembloit le conseil. Elles espéroient surprendre quelques paroles intuitives de leur destinée.
Dès le soir même, Céluta se rendit à la Grotte des Rochers, et Mila à la Caverne des Reliques.
En approchant de celle-ci, le souvenir des instants passés dans ces mêmes lieux se présenta vivement au cœur de Mila. Les sachems n’étoient pas dans la caverne ; Mila n’entendit rien : la Mort ne raconte point son secret. Céluta n’avoit pas été plus heureuse; les deux sœurs