‹ Œuvres complètes de Chateaubriand (volume 2)Chapitre 186 sur 276 · LE SOIR, DANS UNE VALLÉE · texte numérisé non relu

LE SOIR, DANS UNE VALLÉE

Déjà le soir de sa vapeur bleuâtre Enveloppoit les champs silencieux ;

Par le nuage étoient voilés les cieux :

Je m’avançois vers la pierre grisâtre. .

Du haut d’un mont une onde rugissant S'élançoit : sous de larges sycomores, Dans ce désert d’un calme menaçant, Rouloient des flots agités et sonores.

Le noir torrent, redoublant de vigueur, Entroit fougueux dans la forêt obscure De ces sapins, au port plein de langueur, Qui, négligés comme dans la douleur,

TABLEAUX

Laissent tomber leur longue chovelure, De branche en branche errant à l'aventure.

Se regardant dans un silence affreux, Des rochers nus s'élevoient , ténébreux :

Leur front aride et leurs cimos sauvages Voyoient glisser et fumer les nuages :

Leurs longs sommets, en prisme partagés, Étoient des eaux et des mousses rongés, Des liserons, d'humides capillaires, Couvroient les flancs de ces monts solitaires ; Plus tristement des lierres encor 50 suspendoient aux rocs inaccessibles ; Et contrasté, teint de couleurs paisibles, Le jonc, couvert de ses papillons d'or, Rioit au vent sur des sites torribles.

Mais tout s'efface, et surpris de la nuit, Couché parmi des bruy dros laineuses, Sur le courant des ondes oragousos

Je vais poncher mon front chargé d'ennui.

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