‹ Œuvres complètes de Chateaubriand (volume 2)Chapitre 198 sur 276 · RE · texte numérisé non relu

RE

Voile à demi ses traits; il a les yeux remplis

De larmes qu’un manteau reçoit dans ses replis. Milton ne le voit point : privé de la lumière,

La nuit règne à jamais sous sa triste paupière.

« Eh bien! que me veut-on? dit le chantre d'Adam. Parlez : faut-il mourir? » — « C’est encor Davenant, » Répond l’homme au manteau. Milton soudain s’écrie : « © noire trahison! moi qui sauvai ta vie! »

« Oui, » repart le poëte interdit, rougissant,

« Mais vous êtes coupable et j’étois innocent. Ferme stoïcien, montrez votre courage!

Mon vieil ami, la mort est le commun partage : Ou plus tôt, ou plus tard, le trajet est égal Pour tous les voyageurs. Voici l’ordre fatal. »

La fille de Milton, objet rempli de charmes, Ouvre l’affreux papier qu’elle baigne de larmes : C’est elle qui souvent, dans un docte entretien, Relit le vieil Homère à l’'Hantre chrétien

Et des textes sacrés interprète modeste,

À son père elle rend la lumière céleste

En échange da jour qu’elle reçut de iw.

Au chevet paternel empruntant un appui,

D'une voix altérée elle lit la sentence :

« Voulant à la justice égaler la élémence,

Il nous plaît d'octroyer, de pleine autorité,

A Davenant, pour prix de sa fidélité,

La grâce de Milton. Gaarces. » Qu'on se figure Les transports que causa la touchante aventure, Combien furent de pleurs dans Londres répandus Pour les talents sauvés et les bienfaits rendus!

Er

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