SCÈNE PREMIERE
ARZANE, NÉBÉE.
NÉBÉE.
Nadab veut vous parler dans ce lieu solitaire. Arzane, expliquez-moi cet étonnant mystère.
Quelle joie inconnue éclate dans vos yeux!
Dormirons-nous bientôt aux champs de nos aïeux Par votre ordre à Séir un moment retournée,
5 Je n'ai point vu d'Oreb la funeste journée; Mais je suis revenue au bruit de vos malheurs, Pour vous offrir du moins le secours de mes pleurs.
ARZANE
Qu'il en coûte, Nébée, à servir l'infortune!
Qu’un sceptre brisé pèse à l'amitié commune!
La tienne est rare et grande : oui, tu mérites bien Que je t'ouvre mon cœur dans un libre entretien. NÉBÉE, J'ai su que, par Moïse à mourir condamnées, . Les femmes d’Amalec qui comptoient seize années, : Ou qui du joug d’hymen portèrent le fardeau, Devoient livrer leur sang au glaive du bourreau.
ARZANE
On m'arracha des rois les saintes bandelettes, Et le malheur me mit au rang de mes sujettes.
A CTENIMESCENENT: 591 NÉBÉE, Ciel!
ARZANE
Dans un parc formé par d’épineux rameaux, Nous attendions la mort comme de vils troupeaux. L’Hébreu vient ; on entend un long cri d'épouvante Déjà brilloit du fer la lumière mouvante,
Lorsque le fils d’Aaron, que la pitié combat, Retint le glaive ardent avant qu'il retombàt.
Il contemple attendri ces femmes éplorées
Qui lui tendoient de loin leurs mains décolorées. Je paroissois surtout attirer ses regards ;
Soit qu'un habit de deuil et des cheveux épars
À ma frêle beauté prêtassent quelques charmes, Soit enfin qu’une reine, en répandant des larmes, Trouve dans ses revers de nouvelles splendeurs Et n'ait fait seulement que changer de grandeurs,
NÉBÉE.
Nadab au doux pardon inclina ses pensées.
ARZANE
“« Femmes, vivez, dit-il : nos tribus offensées Mont vainement chargé d’un devoir trop cruel, Et je vais implorer les anciens d'Israel. »
Coré, Sthur, Abiron, dans un conseil propice, Firent avec Nadab suspendre mon supplice.
D'un ramas d’affranchis digne législateur,
Moïse alla chercher quelque oracle menteur.
Resté maître en ce camp, Nadab, qu’un dieu possède, De soins officieux incessamment m’obsède :
Il m'aime, et toutefois n'ose me découvrir
Le feu qui le dévore et que j'ai su nourrir. Aujourd'hui même enfin, par sa bouche informée De la mort du tyran qui gourmandoit l’armée, Ici plus longuement il veut m’entretenir,
Et de ma délivrance avec moi.convenir.
NÉBÉE.
Je conçois maintenant l’espoir qui vous enflamme : Vous êtes adorée, et l'amour dans votre âme...
MOISE
ARZANE
Non : je n'ai point trahi mes aïeux, mes revers. Lorsque le sort me livre à ce peuple pervers, Reine, malgré le sort je n'ai point la foiblesse De partager les feux d’un amour qui me blesse: Mais je sais écouter des soupirs ennemis,
Pour sortir de l’abîme où le ciel nous a mis :
De l’odieux Jacob je troublerai la cendre.
NÉBÉE.
Arzane! de l'amour on ne se peut défendre!
ARZANE
Tu te trompes, Nébée, et dans mon sein ce cœur Au nom du peuple juif ne bat que de fureur.
Faut-il te rappeler nos discordes antiques,
Des deux fils d’Isaac les haines domestiques,
Le droit du premier-né si follement vendu,
Et l’innocent festin qui perdit Ésaü ?
Nous, d’un prince trahi postérité fidèle,
Lorsque nous embrassons une cause si belle, Nous voyons triompher les ignobles drapeaux
Du gendre vagabond d’un pâtre de chameaux!
NÉBÉE.
Mais Nadab lui succède.
ARZANE
À Nadab, à sa gloire Mon époux doit la mort et l’Hébreu la victoire. NÉBÉE.
Quel est votre projet, votre espoir ?
Me venger.
Écouter les aveux du soldat étranger ; Feindre pour l’asservir, et par quelque artifice Nous sauver, en poussant Jacob au précipice.
Oui, je triompherai si Nadab amoureux Au culte d'Abraham arrache les Hébreux.
NÉBÉE.
Vos croyez donc leur Dieu puissant et redoutable?
MACTE:Is SCÉNE'T
ARZANE
Je sais du moins, je sais qu’il est impitoyable. Amalec autrefois déserta son autel Lorsqu'il maudit Édom et bénit Israel.
Jaloux de son pouvoir, jamais il ne pardonne : Il frappera Jacob, si Jacob l’abandonne.
NÉBÉE.
Nadab.… ARZANE,
Est l’ennemi du sang de mes aïeux.
NÉBÉE, Il est sincère.
ARZANE
Eh bien! je le tromperai mieux, NÉBÉE.
Il fait de vous servir sa plus constante étude: On vous reprochera… ARZANE.
Poursuis!
NÉBÉE.
L’ingratitude.
ARZANE
Non, si par le succès mes vœux sont couronnés : On ne traite d’ingrats que les infortunés. NÉBÉE.
ARZANE
M'est odieux.
NÉBÉE, Sa clémence...
ARZANE
M'outrage.
NÉBÉE.
Il veut votre bonheur.
ARZANE
Ma honte est son ouvrage.