ARZANE, NÉBÉE, CHŒUR DE JEUNES FILLES AMALÉCITES
ARZANE
Ah, Nébée! à ce coup je ne saurois survivre ! L'implacable destin s'attache à me poursuivre.
NÉBÉE. Et moi, je ressentois un doux enchantement En écoutant des vœux si chers!
ARZANE
Autre tourment, Incestueux projet, effroyable à mon âme!
Je hais du fils d’Aaron et la main et la flamme. Amalec recevoir Israel dans ses bras!
Recueillir dans mon sein une race d’ingrats!
Je Jégitimerois ces exécrables frères,
MOISE
Qui menacent nos fils, qui trahirent nos pères, Ces esclaves du Nil, bâtisseurs de tombeaux, Ignobles artisans flétris par leurs travaux,
Qui, d'Égypte chassés avec tous leurs prophètes, Proclament en tremblant d'insolentes conquêtes, Se disent héritiers des florissants États
De cent peuples divers qu'ils ne connoissent pas!
NÉBÉE.
Sauvez, sauvez vos jours!
ARZANE
Voudrois-tu donc, Nébée, Aux autels de Jacob voir Arzane courbée, Contrainte d’embrasser le culte menaçant Du Dieu cruel qui veut exterminer mon sang ?
S'il faut suivre aujourd’hui la fortune jalouse, S'il faut que de Nadab je devienne l'épouse, Que lui-même, parjure au culte de Nachor, Serve avec moi Baal, et Moloch et Phogor; Que son hymen des Juifs brise les lois publiques ; Qu'il me donne sa main aux autels domestiques Des dieux de mon palais, des dieux accoutumés À couronner les vœux contre Jacob formés!
NÉBÉE.
Du retour du Moïse on n’a pas l'assurance.
Espérons.
ARZANE
Laisse-là ta menteuse espérance.
NÉBÉE.
L'étoile d’Astarthé paroît sur l’horizon :
Pour hâter le retour du jeune fils d’Aaron, Saluons l’astre heureux par des chants agréables.
Le chœur des Amalécites s'avance du fond du théâtro.
ARZANE, au chœur.
Captives, suspendez ces pleurs inépuisables.
Voici l'instant prédit où les filles d'Édom
Vont sauver d’Amalec et la race et le nom.
Nos guerriers ne sont plus, mais vous restez encore :