‹ Œuvres complètes de Chateaubriand (volume 2)Chapitre 241 sur 276 · ACTE III, SCÈNE IL GC · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE IL GC

En touchant la poussière, Prophète du Seigneur, je m'incline à vos pieds Et baisse devant vous mes yeux humiliés, MOÏSE.

De quelque noir chagrin votre âme est agitée. NADAB.

Le camp, qui déploroit votre mort racontée, Vouloït mettre en mes mains un dangereux pouvoir. MOÏSE,.

Eh bien! qu’avez-vous fait ?

NADAB

J'espérois vous revoir.

MOÏSE

Et n’avez-vous, Nadab, rien de plus à m’apprendre? NADAB.

Sans doute ici bientôt les vieillards se vont rendre.

On entend la musique du camp, MOÏSE.

Vous me dites, Nadab, que les tribus en deuil Gémissent sur le sort de Moïse au cercueil ;

Et j'entends les concerts, horribles ou frivoles, Dont les fils de Baal fatiguent leurs idoles. . Qui produit ces clameurs ? qui peut y prendre part?

NADAB

Nos captives souvent, assises à l’écart,

Aiment à répéter les hymnes de leurs pères.

MOÏSE

Des captives ici? des femmes étrangères?

Arzane n’a donc pas satisfait au Seigneur ?

Elle vit; et péut-être, écoutant votre ardeur,

Elle reçoit ces vœux sortis d’une àme impure,

Dont le vent de la nuit m'apportoit la souillure

Jusqu'au chaste tombeau du pudique Joseph.

MOISE

NADAB

Des Hébreux triomphants le magnanime chef Craindroit-il une femme esclave de nos armes, Qui mange un pain amer détrempé de ses larmes? Sur le compte des grands je ne suis pas suspect : Leurs malheurs seulement attirent mon respect. Je hais le Pharaon que l'éclat environne ;

Mais s’il tombe, à l'instant j’honore sa couronne ; Il devient à mes yeux roi par l’adversité.

Des pleurs je reconnois l’auguste autorité.

Courtisan du malheur, flatteur de l’infortune, Telle est de mon esprit la pente peu commune : Je m’attache au mortel que mon bras a perdu, Et je voudrois sauver la race d'Ésaü.

MOÏSE

Vous, sauver d’Astarthé la nation flétrie !

Regarder sans horreur l’infâme idolätrie, Quand j'apporte aux Hébreux les lois de Jéhovah! Sur ce marbre sacré lui-même les grava, Lisez : l'astre des nuits vous prête sa lumière. NADAB, lisant.

N’ADORE QU'UN SEUL DIEU. Telle est la loi première.

it vous seul, immolant l'avenir d’israel, De cet unique Dieu renversez-vous l’autel ?

Jacob, trahirois-tu tes hautes destinées ?

Ne veux-tu point, courbé sous le poids des années, T'avancer sur la terre, antique voyageur, Pour apprendre aux humains le grand nom du Seigneur? Tu portes dans tes mains ce livre salutaire Où je traçai de Dieu le sacré caractère :

Contrat original, titre où l’homme enchanté Retrouvera ses droits à l'immortalité.

L'infidèle Jacob perdroit son rang suprême!

Mais entrons dans ce camp; voyons tout par nous-même.

NADAB

Arrêtez !

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