‹ Œuvres complètes de Chateaubriand (volume 2)Chapitre 258 sur 276 · AARON, NADAB · texte numérisé non relu

AARON, NADAB

NADAB, parlant à des soldats qu'on ne voit pas,

Fidèles compagnons que mon sort intéresse, Je ne crains plus ici les prêtres conjurés ; N’allez pas plus avant; vous, Ruben, demeurez.

AARON

Approche, infortuné; dans le sein de ton père

Viens confesser ta faute et cacher ta misère. NADAB.

Ciel, qui savez mes maux, fortifiez mon cœur | A Aaron.

Vous me désirez voir ?

MOISE

AARON

Ferois-tu mon malheur, Toi, dont j'ai soutenu la paisible jeunesse?

Instruisant ton berceau, protégeant ta foiblesse, C’est moi qui le premier t’appris le divin nom Du Dieu que tu trahis pour la fille d'Édom.

Non; mon fils bien aimé n'est point inexorable; Il m’entendra.

NADAB

Aaron, votre bonté m'accable.

Craignez mon désespoir ; ne me commandez pas De conduire aujourd'hui mon Arzane au trépas.

AARON Tu peux aimer encor cette femme étrangère ?

NADAB

Comme en ses jeunes ans vous aimâtes ma mère. Me condamnerez-vous ?

AARON

Je te plains seulement; Je te viens consoler dans ton égarement.

Quel mortel ne fut point éprouvé dans sa vie? Chaque jour, à nos cœurs une joie est ravie : J'ai vu mourir ta mère, et plein de mes regrets, Du Seigneur en pleurant j'adore les décrets.

Sache donc, s’il le faut, pour t'épargner un crime, Souffrir que le ciel rompe un nœud illégitime. NADAB.

Ma parole est liée.

AARON

Aurois-tu donc promis D'abandonner ton Dieu, Moïse et tes amis ?

NADAB

J'ai promis de sauver celle qu’on à proscrite, AARON.

Ainsi ton cœur se tait quand je le sollicite.

ex

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