‹ Œuvres complètes de Chateaubriand (volume 2)Chapitre 270 sur 276 · ACTE V\ SGÈNE IIf · texte numérisé non relu

ACTE V\ SGÈNE IIf

NADAB, tirant son épée.

Soldats! livrerez-vous mon épouse à ces traîtres ? Défendez votre roi contre la main des prêtres. MOÏSE.

Que tout fidèle Hébreu, par son zèle emporté D'un repentir soudain, passe de mon côté.

Le peuple fait un mouvement,

NADAB

Infâmes déserteurs!

MOÏSE

N'écoutez point l’impie, Et qu’à la voix des saints Israel se rallie!

Le peuple et les soldats passent du côté de Moïse,

NADAB, à Arzane, Je te défendrai seul, objet cher et cruel, Contre ce peuple entier, Moïse et l'Éternel.

MOÏSE

Vengeurs du sanctuaire, entourez la victime, Et désarmez le bras qu’avoit armé le crime.

Des lévites environnent Arzane et désarment Nadab; d'autres emmènent Dathan,

ARZANE

Cessez, vils meurtriers : je saurai bien sans vous Mourir comme une reine. Oui, je vous brave tous. Heureuse, en expirant, j'ai vengé ma patrie ; C’est par moi que Jacob connaît l’idolätrie, Retourne si tu veux, Ô peuple renié!

À ton Dieu dévorant, à ton Dieu sans pitié.

Je te livre à l'arrêt qui déjà te condamne,

Et ton sang va couler après celui d’Arzane.

Qu'on l’entraîne.

NADAB, s'arrachant des mains des lévites et se précipitant vers Arzane,

Sur moi tournez votre poignard.

Arzane, que mon corps te serve de rempart ; Permets avec le tien que mon sang se confonde:. - Que nos âmes ensemble abandonnent le monde,

MOISE

Et que le dernier souffle exhalé de mon cœur Des feux qui me brüloient te porte encor l’ardeur.

ARZANE, le repoussant,

Quoi! jusque dans la mort m’accabler de ta flamme! Laisse, laisse aux enfers descendre en paix mon àme. Disons-le maintenant à la face des cieux, Comme tout Israel tu m'’étois odieux.

Fils d'Aaron, dans l'espoir de te perdre moi-même, J'avois, pour mon supplice, eu la foiblesse extrême De me vouloir sauver en me donnant à to1.

Mais cet effort étoit trop au-dessus de moi; Et lorsque de l’amour j’affectois le langage, Les pleurs le démentoient sur mon pâle visage. Je suis enfin soustraite à ces secrets tourments ; Le tombeau me dérobe à tes embrassements.

Quel bonheur d'échapper à l'amant qu’on déteste! Adieu, parjure enfant d’une race funeste ; De mon dernier aveu que le dur souvenir Augmente la douleur de ton dernier soupir, Et songe, en expirant à ton culte infidèle, Que je n’avois pour toi qu'une haine immortelle. Elle arrache son voile, et sort avec les Amalécites sous la garde d'une troupe de lévites.

MOÏSE

Allez, brisez la tête à cet ingrat serpent, Et tarissez les flots du venin qu’il répand.

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