‹ Œuvres complètes de Chateaubriand (volume 2)Chapitre 271 sur 276 · ACTE V, SCÈNE IV. 6h · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE IV. 6h

Tu ne m’entendras plus te parler, te sourire ;

Tu ne me verras plus chaque matin te dire :

« Viens, mon père, au soleil réchauffer tes vieux ans; Viens prier l'Éternel et bénir tes enfants. »

11 fait quelques pas sur 1e théâtre.

Mais par quel corps sanglant est ma marche heurtéc? Aux corbeaux du désert une femme jetée.

Noirs vautours attachés à ce sein éclatant,

Je demande ma part du festin palpitant.

Tu ne peux plus du moins repousser ma tendresse, Arzane ; dans mes bras je te tiens, je te presse ; Nous aurons au soleil montré dans un seul jour Des prodiges nouveaux et de haine et d'amour. Jéhovah! puisque Arzane à ma flamme est ravie, Je te rends tes présents, je renonce à la vie : ‘Pour aller aux enfers m’unir à la beauté,

le cours t’offrir l’encens que respire Astarthé.

J1 fuit,

MOÏSE, aux lévites.

Suivez-le, gardez-le de sa propre misère.

Ne verse point sur lui, Seigneur, dans ta colère, Les feux dont Séboïm jadis fut consumé,

Et que de ton courroux le trésor soit fermé!

Les lévites suivent Nadab, Moïse parlant à Maric,

Vous, femme forte et sage, à la vertu nourrie,

Soignez l'âme d’Aaron d’un coup affreux meurtrie :

Par mes ordres secrets Benjamin et Caleb

Ont arrêté mon frère à la source d’Oreb.

Marie sort; le ciel commence à se couvrir; on entenü un coup de tonnerre. Moïse après avoir regardé le ciel et la montagne, dit :

Quel présage effrayant! Dieu vient : à sa présence

La mer a fui; la terre attend dans le silence,

Et les cieux, dont il fait trembler l’immensité,

S'abaissent sous les pas de son éternité.

MOISE

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