‹ Œuvres complètes de Chateaubriand (volume 2)Chapitre 50 sur 276 · L'ART DU DESSIN · texte numérisé non relu

L'ART DU DESSIN

LETTRE A MONSIEUR ***, Londres, 1705,

Voilà le petit paysage que vous m'avez demandé. Je vous l'ai fait attendre ; mais vous savez quels tristes soins m'appellent à d’autres études, qui pourtant ne seront pas longues, s’il faut en croire les médecins ! : je suis prêt quand et comment il plaira à Dieu. Ces mêmes études m'ont fait abandonner cette grande vue du Canada qui me plaisoit par le souvenir de mes voyages. Quelle différence de ce temps-là à celui-ci! Lorsque mes pensées se reportent vers le passé, je sens si vivement le poids de mes peines, que je ne sais ce que je deviens. Pardonnez à cet épanchement de mon cœur. Il y a tant de charme à parler de ses souffrances quand ceux qui vous écoutent peuvent vous comprendre! Peu de gens me comprennent ici.

Le petit dessin que je vous envoie m'a fait faire quelques réflexions sur l’art du paysage : elles vous seront peut-être utiles. D'ailleurs nous sommes en hiver ; vous avez du feu : grande ressource contre les barbouilleurs de papier.

Élevé dans les bois, les défauts de l’art et la sécheresse des paysages m'ont frappé presque dès mon enfance, sans que je pusse dire ce qui constituoit ces défauts. Lorsque je dessinois moi-même, je sentois que je faisois mal en copiant des modèles ; j’étois plus content de moi lorsque je suivois mes propres idées. Insensiblement cela m'engagea

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