LIVRE IV
Ainsi s’entretenoient les deux anges, et Cependant Catherine des Bois et Geneviève touchoient au disque du soleil,
Peuple guerrier et plein de génie, François! c’est sans doute un esprit puissant, un conquérant fameux qui protège du haut du ciel votre double empire? Non! c’est une bergère en Europe, une fille sauvage en Amérique! Geneviève du hameau de Nanterre, et vous, Catherine des bois canadiens, étendez à jamais votre houlette et votre crosse de hêtre sur ma Patrie ; conservez-lui cette naïveté, ces grâces naturelles qu’elle tient sans doute de ses patronnes ! S
Née d’une mère chrétienne et d’un père idolâtre, sous Je toit d’écorce d’une famille indienne, Catherine, élevée dans la religion de sa mère, annonça dès son enfance que l'époux céleste l’avoit réservée pour ses Chastes embrassements. À peine avoit-elle accompli quatre lustres, qu’elle fut appelée dans ces domaines incorruptibles où les anges célèbrent incessamment les noces de ces femmes qui ont divorcé avec la terre pour s'unir au ciel. Les vertus de Catherine resplendirent après sa mort; Diea couvrit son tombeau de miracles riches et éclatants, en proportion de la pauvreté et de l'obscurité de la sainte iCibas. Elle fut publiquement honorée comme patronne du Canada: on lui renditeun culte au bord d’une fontaine, sous le nom de la Bonne Catherine des Bois. Cette vierge ne cesse de veiller au salut de la Nouyelle-France et de s'intéresser aux habitants du désert. Elle revenoit alors du séjour des hommes avec Geneviève.
Les patronnes des fils de saint Louis s’étoient alarmées des malheurs dont Satan menaçoit l'empire françois en Amérique : un même mouvement de charité les emportoit aux célestes habitacles pour implorer la miséricorde de Marie. Tristes autant que des substances spirituelles peuvent ressentir notre douleur, elles versoient ces larmes intérieures dont Dieu a fait présent à ses élus: elles éprouvoient cette sorte de pitié que l’ange ressent pour l’homme, et qui, loin de troubler la pacifique Jérusalem , ne fait qu'ajouter aux félicités qu'on y goûte.
Geneviève porte encore dans sa main sa houlette garnie de guirlandes de lierre; mais cette houlette est plus brillante que le sceptre d’un monarque de l'Orient. Les roses qui couronnent le front de la fille des Gaules ne sont plus les roses fugitives dont la bergère se paroït aux champs de Lutèce, ce sont ces roses qui ne se fanent jamais, et qui croissent dans les campagnes merveilleuses, sur les pas de l'Agneau sans tache, Geneviève! une nue blanche forme ton vêtement; des cheveux d’un or fluide accompagnent divinement ta tête : à travers ton immortalité on reconnoit les grâces pleines d'amour, les charmes indicibles d’une vierge françoise! ë
Plus simple encore que la patronne de la France policée est peutêtre la patronne de la France sauvage. Catherine brille de cet éclat qui apparut en elle lorsqu'elle eut cessé d'exister. Les fidèles accourus à sa couche de mort lui virent prendre une couleur vermeille, une beauté inconnue qui inspiroit le goût de la vertu et le désir d’être saint. Catherine retient, avec la transparence de son corps glorieux, la tunique indienne et la crosse du labour; fille de la solitude, elle aime celui qui se retira au désert avant de s’immoler au salut des hommes.
Ainsi voyagent ensemble les deux saintes : l’une, qui sauva Paris d’Attila : Geneviève, qui précéda le premier des rois très-chrétiens, qui dans une longue suite de siècles opposa l’obscarité et la vertu de ses cendres à toutes les pompes et à toutes les calamités de la monarchié de Clovis; l’autre, qui ne devança sur la terre que de peu d'années le dernier des rois très-chrétiens ! : Catherine, qui ne sait que l’histoire de quelques apôtres de la Nouvelle-France, semblables à ceux que vit la pastourelle de Nanterre lorsque l'Évangile pénétra dans les vieilles Gaules.
Les épouses du Seigneur se chargèrent du message de l'ange de l'Amérique , qui se précipita aussitôt sur la terre, tandis qu'elles continuèrent leur route vers le firmament. “
Dans un champ du soleil, dans des prairies dont le sol semble être de calcédoine, d’onyx et de saphir, sont rangés les chars subtils de l'âme, chars qui se meuvent d'eux-mêmes , et qui sont faits de la même manière que les étoiles?. Les deux saintes se placent l’une auprès de l’autre sur un de ces chars. Elles quittent l’astre de la lumière, s'élèvent par un mouvement plus rapide que la pensée, et voient bientôt le soleil suspendu au-dessous d’elles dans les espaces, comme une étoile imperceptible.
Elles suivent la route tracée en losange de lumière par les esprits des justes qui, dégagés des chaînes du corps, s’envolent au séjour des joies éternelles. Sur cette route passoient et repassoient des âmes délivrées, ainsi qu'une multitude d’anges. Ces anges descendoient vers les mondes pour exécuter les ordres du Très-Haut, ou remontoient à lui, chargés des prières et des vœux des mortels.
Bientôt les saintes arrivent à cette terre qui s'étend au-dessous de la région des étoiles, et d’où l’on découvre le soleil, la lune et les planètes tels qu’ils sont en réalité, sans le milieu grossier de l'air qui les déguise aux yeux des hommes. Douze bandes de différente couleur,
4. Ceci est dit par emphase de la mort de Louis XVI. J'écrivois un an après la mort du roi-martyr, 2. Platon. 3. Idem.