LIVRE SIXIEME
« La force de mon âme resta longtemps abattue par la tendresse de mes adieux à Lopez. Le génie de la renommée nous avoit devancés : durant tout le voyage, nous reçûmes l'hospitalité dans des huttes que le soleil avoit fait préparer pour nous. Notre simplicité en conclut que ces hommes que nous voyions étoient les esclaves du soleil, que ces champs cultivés que nous traversions étoient des pays conquis, labourés par les vaincus pour les vainqueurs ; vainqueurs qui sans doute fumoient tranquillement sur leur natte et que nous allions trouver au grand village. Cette idée nous donna un mépris profond pour les peuples qui nous environnoient; nous brûlions d’arriver à la résidence des vrais François, ou des guerriers libres.
« Nous fûmes étrangement surpris en entrant au grand village! : les chemins? étoient sales et étroits; nous remarquâmes des huttes de
commerce et des troupeaux de serfs comme dans les rues de la France. On nous conduisit chez notre père Ononthio-Frontenac. La Cabane étoit pleine de guerriers qu'Ononthio nous dit être de ses amis. Il nous avertit que nous irions dès le lendemain à un autre village”, où nous allumerions le feu du conseil avec le chef des chefs. Après avoir pris le repas de l'hospitalité, nous nous retirämes dans une des chambres de Ja cabane, où nous dormimes sur des peaux d'ours.
« Le soleil éclairoit les travaux de l’homme civilisé et les loisirs du
sauvage lorsque nous partimes du grand village. Des coursiers cou-