‹ Œuvres complètes de Chateaubriand (volume 3)Chapitre 100 sur 358 · novembre · texte numérisé non relu

novembre

Valens,

Gratien

emp.

Damas

pape.

An de J.-C.

sur ceux de Gratien, fils deSevera. Valentinien II fut en effet proclamé empereur, mais son frère Gratien, déjà auguste, au lieu de s’en offenser, reconnut l’élection. Valentinien eut dans son partage l’Italie, l’Illyrie et l’Afrique; Gratien garda les Gaules, l’Espagne et l’Angleterre, peut-être même n’y eut-il pas de véritable partage. Ce qu’il y a de certain, c’est que Gratien gouverna seul l’Occident jusqu’à sa mort, Valentinien n’étant encore qu’un enfant sous la tutelle de sa mère.

Valens n’approuvoit pas ces arrangements paisibles entre ses jeunes neveux; mais les mouvements des Goths arrêtèrent son intervention dans des affaires d’une moindre importance.

Mis en possession de l’empire d’Orient par Valentinien Ier, Valens avoit eu dès les premiers jours de son règne des épreuves à subir. Procope, commandant de l’armée de Mésopotamie, prit la pourpre dans Constantinople même, par l’autorité de deux cohortes gauloises. Voulant légitimer son usurpation, il épousa Faustine, veuve de l’empereur Constance; elle avoit une fille âgée de cinq ans, dans laquelle les légions voyoient le dernier rejeton de la race de Constantin. La révolte de Procope dura peu ; ses soldats l’abandonnèrent à la voix de leurs capitaines, qui gardèrent leur foi. Procope, trahi , fut traîné au camp de l’empereur d’Orient et décapité.

Valens soutint foiblement contre Sapor les rois d’Arménie et d’Ibérie. On remarque dans cette guerre les aventures de Para, roi d’Arménie, monarque fugitif comme tant d’autres, protégé d’abord des

Romains, ensuite égorgé par eux dans un repas.

Les Goths, restés fidèles à la famille de Constantin , s’étoient déclarés contre Valens en faveur de Procope, mari de la veuve de Constance. Valens remporta quelques avantages sur ces barbares. Une paix fut le résultat de ces avantages, et six ans après les Huns précipitèrent les Goths sur l’empire.

L’arianisme étoit la religion de Valens : il persécuta les catholiques, qu’il appeloit les athanasiens ; saint Basile étoit devenu leur chef après la mort de saint Athanase. A ce grand homme de solitude et de charité est due la fondation du premier de ces monuments élevés aux misères humaines ; monuments qui font la gloire éternelle du christianisme. Les moines, presque tous catholiques, s’étoient accrus par l’esprit et le malheur de leur temps. Valens les fit enlever à main armée ; on les força de s’enrôler dans les légions, et quand ils résistèrent on les massacra.

Nous arrivons au fameux événement qui hâta la chute de l’ancien monde.

Depuis leurs expéditions maritimes, les Goths, en paix avec les

Romains, s’étoient multipliés dans les forêts : ils avoient assujetti autour d’eux les autres peuplades barbares. Hermanric, roi des Ostrogoths et de la noble race des Amali, devint conquérant à l’âge de quatre-vingts ans ; à cent dix ans il alloit encore au combat, et restoit le seul contemporain de sa gloire U II conquit les Hérules et les Yenèdes. Sa puissance s’étendoit dans les bois et sur les hordes des bois, du Pont-Euxin, de la Raltique, derrière les tribus saxonnes, allamanes, frankes, bourguignonnes et lombardes, plus rapprochées des rives du Rhin : le Danube séparoit l’empire sauvage des Goths de l’empire civilisé des Romains. Les Visigoths, réunis aux Ostrogoths, leur avoient cédé la prééminence ; leurs chefs, parmi lesquels se distinguoient Athanaric, Fritigern et Alavius, avoient quitté le nom de rois pour descendre ou pour monter à celui de juges2.

Telles étoient devenues les nations gothiques aux frontières de l’empire d’Orient, lorsque tout à coup un bruit se répand : on raconte qu’une race inconnue a traversé les Palus-Méotides. La présence des Huns fut annoncée par un tremblement de terre qui secoua presque tout le sol du monde romain et fit pencher sur la tête d’Hermanric sa couronne séculaire. Les Huns étoient la dernière grande nation mandée à la destruction de Rome ; les autres nations avoient fait une halte pour les attendre ; ils venoient de loin. A peine avoient-ils paru, qu’on entendit parler des Lombards, dernier Rot de cet océan.

Un nouveau système historique fait descendre les Huns des peuples ouralo-finnois. Dans ce système, fondé sur une meilleure critique, une connoissance plus avancée des peuples et des langues de l’Asie et de l’Europe septentrionale, on suit cependant avec moins de facilité la marche et les progrès des soldats futurs d’Attila.

Dans l’ancien système, que Gibbon a adopté, il est plus aisé de se reconnoître. En rejetant de la primitive monarchie des Huns la partie confuse et romanesque, laissant de côté ce qu’ont pu faire ou ne pas faire les Huns au nord de la muraille de la Chine, 1210 ans avant l’ère vulgaire, négligeant leur invasion de la Chine, leur défaite par l’empereur Voulé, de la dynastie des Huns, on trouve qu’au temps de la mission du Christ deux divisions des Huns s’avancèrent dans l’Occident, l’une vers l’Oxus, l’autre vers le Volga : celle-ci se fixa au bord oriental de la mer Caspienne, et fut connue sous le nom des Huns blancs; ils eurent de fréquents démêlés avec les Perses.

L’autre division des Huns pénétra avec difficulté au Volga, conserva ses mœurs en augmentant sa force par des alliances volontaires, des

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