‹ Œuvres complètes de Chateaubriand (volume 3)Chapitre 103 sur 358 · Amm. Marcell., lib. xxxi, cap. ni · texte numérisé non relu

Amm. Marcell., lib. xxxi, cap. ni

chrétienne. « Valens, dit Jornandès, dépêcha des évêques hérésiarques aux Visigoths, et fit de ces suppliants des sectateurs d’Arius au lieu de disciples de Jésus-Christ. Les Visigoths communiquèrent le venin aux Gépides leurs hôtes, aux Ostrogoths leurs frères ; ils se répandirent dans la Dacie, la Thrace, la Mésie supérieure, et tous les Goths se trouvèrent ariens 1 . »

L’historien se trompe : tous les Goths sans doute n’étoient pas encore chrétiens en 376, mais ils avoient déjà reçu les semences de la foi. Théophile, au concile de Nicée, est appelé l’évêque des Goths 2 ; ceux-ci avoient un petit sanctuaire catholique à Constantinople. Vers l’an 325, Audius, chef d’un schisme, fut banni par Constantin en Scythie ; il pénétra chez les Goths, y prêcha l’Évangile, et établit dans leur pays des vierges, des ascètes et des monastères3. Les Goths mêmes avoient exercé de grandes cruautés dans la persécution arienne de 372, et ce fut le célèbre évêque Ulphilas que ce peuple fugitif députa, en 37,6, à Constantinople4.

Fritigern et Alavivus commandoient les Visigoths qui tendoient les mains à Valens: Athanaric, suivi de quelques compagnons, ne voulut point paraître sur les terres de l’empire en qualité de parjure ou de suppliant, et se retira dans les forêts de la Transylvanie.

Valens, bigot sectaire, se croyoit un profond politique ; il asquiesça à la demande des Visigoths ; il se félicitoit de cantonner sur les frontières de ses États des guerriers qui promettoient de le défendre et de se faire ariens. Il les voulut tous, même ceux qui pouvoient être attaqués d’une maladie mortelle5; mais il attacha deux conditions à son bienfait : les Visigoths eurent ordre de livrer leurs enfants et leurs armes ; leurs enfants comme otages, et leurs armes comme vaincus. Et Valens prétendoit que ces bras désarmés se lèveraient pour protéger sa tête 1 Les Visigoths se soumirent.

Le Danube étoit enflé par des pluies. On assembla une multitude de

1. Et ut fides uberior illis haberetur, promittunt se, si doctores linguæ suæ dona-

verit, fieri christianos . Sic quoque Vesegotliæ a Valente imperatore ariani potius

quatn christiani effecti. De cætero, tam Ostrogothis quam Gepidis parentibus suis, per affectionis gratiam evangelizantes, hujus perfidiæ culturam edocentes, omnem ubique linguæ hujus nationem ad culturam hujus sectæ invitavere. Ipsi quoque (ut dictum est) Danubium transmeantes Daciam, ripensem Mœsiam, Thraciasque permissu principis insedere. (Jorn., cap. xxv.)

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