‹ Œuvres complètes de Chateaubriand (volume 3)Chapitre 104 sur 358 · Sozom., lib. vi, cap. xxxvii · texte numérisé non relu

Sozom., lib. vi, cap. xxxvii

5 Et navabatur opéra diligens, ne qui romanam rem eversurus derelinqueretur vel quassatus morbo letali. (Amm. Marcell., lib. xxxi, cap. iv.)

barques, de radeaux, de troncs d’arbres creusés, et Ton vit, par la permission de Dieu, les Romains occupés nuit et jour à transporter dans l’empire les destructeurs de l’empire. Des commissaires désignés à cet effet essayèrent de compter les barbares à leur passage d’une rive du Danube à l’autre; mais ils furent obligés de renoncer au dénombrement1. Ammien Marcellin, citant deux vers de Virgile, prétend qu’on auroit plutôt compté les sables que le vent du midi soulève sur les rivages de la Libye. Une évaluation moins poétique porte l’émigration des Visigoths à un million d’individus.

Les enfants mâles des familles les plus distinguées furent séparés de leurs pères; on les distribua dans différentes provinces : les habitants de ces provinces étoient étonnés des brillantes parures et de la beauté martiale des jeunes exilés.

Quant aux armes, elles ne furent point livrées ; les Visigoths arrivoient avec les tributs qu’ils avoient, jadis reçus et les anciennes richesses qu’ils avoient enlevées aux Romains; on les crut opulents parce qu’ils étoient chargés de dépouilles ; pour garder du fer, ils soûlèrent la cupidité des officiers de Valens avec des tapis, des tissus précieux, des esclaves et des troupeaux. A ceux qui préférèrent un autre lucre, ils prostituèrent leurs filles2; ils vendirent leur honneur pour acheter un empire, sûrs qu’avec leurs épées ils feroient bientôt passer les filles des césars dans le lit des Goths.

Les Ostrogoths, conduits par Saphrax et Alathæus, qui avoient sauvé Witheric, se présentèrent à leur tour sur la rive septentrionale du Danube, et sollicitèrent inutilement la faveur obtenue par leurs compatriotes : la peur commençoit chez les Romains.

Les Visigoths s’avancèrent dans les Thraces. On s’étoit chargé de les nourrir ; on ne les nourrit point : on leur fournit de la chair infecte de chien et d’autres animaux morts de maladie; un pain coûtoit un esclave, un agneau six livres d’argent. Après leurs esclaves ils n’eurent plus à livrer que le reste de leurs enfants3. On fit (parce qif enfin

1 . Proinde permissu imperatoris transeundi Danubium copiam colendique adepti Thraciæ partes, transfretabantur in dies et noctes, navibus ratibusque et cavatis arborum alveis agminatim impositi... Ita turbido instantium studio orbis romani pernicies ducebatur. Ulud sane neque obscuram est neque incertum, infaustos transvehendi barbaram plebem ministros numerum ejus comprehendere calculo sæpe tentantes, conquievisse frustrâtes. (Amm. Marcell., lib. xxxi, cap. iv.)

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