DEUXIÈME PARTIE
La famille de Théodose étoit espagnole comme celle de Trajan et d’Arien. Théodose ne sollicita point la paissance : il n’eut pour intrigue que sa renommée, pour protecteur que la nécessité. Il étoit exilé, et fils d’un père, grand général, injustement décapité à Carthage1; il désiroit paix et peu , et il eut guerre et richesse ; un empereur qui n’avoit pas dix-neuf ans le fit son collègue.
Sous Théodose, successeur de Valens en Orient, les Goths se divisèrent et se soumirent. Les Visigoths furent établis dans la Thrace, les Ostrogoths dans la Phrygie et dans la Lydie : introduits dans l’empire, ils n’en sortirent plus. Un parti, celui de Fravitta, païen de religion, vouloit rester fidèle aux Romains; un autre parti, celui de Priulphe ou d’Ériulphe, soutenoit qu’on n’étoit pas obligé de garder la foi à des maîtres lâches et perfides. L’inimitié des deux chefs éclata dans un festin où Théodose les avoit invités : Fravitta suivit Priulphe, qui quittoit de table, et lui plongea son épée dans le ventre2.
Gratien gouvernoit l’Occident, tandis que son frère, Valentinien II, encore enfant, résidoit en Italie. Le poète Ausone, qui professoit l’hellénisme, avoit eu part à l’éducation de Gratien3, et saint Ambroise avoit composé pour ce prince, qu’il appelle très - chrétien 4, une instruction sur la Trinité. Gratien refusa de prendre la robe pontificale des idoles 5, publia, ensuite rappela un édit de tolérance 6, et exempta les femmes chrétiennes de monter sur le théâtre7. Le christianisme étoit un droit futur à la liberté et un privilège actuel de vertu.
Gratien, préférant la chasse à tout autre plaisir, donnoit sa confiance aux Alains de sa garde , particulièrement distingués comme
1. Orose, p. 219. 2. Eunape, p. 21, c. cl.; Zos., p. 755 et 777.
3. Ausone, p. 405. 4. Christianissime. (Ambr., De Fide , t. IV, p. 110.)