‹ Œuvres complètes de Chateaubriand (volume 3)Chapitre 115 sur 358 · Sacrilegio annus exaruit. {Id., ibid · texte numérisé non relu

Sacrilegio annus exaruit. {Id., ibid

Christ est l’unique source de salut et de vérité. Les païens se plaignent de leurs prêtres, eux qui n’ont jamais été avares de notre sang! Us veulent la liberté de leur culte, eux qui sous Julien nous ont interdit jusqu’à l’enseignement et la parole! Vous vous regardez comme anéantis par la privation de vos biens et de vos privilèges? C'est dans la misère, les mauvais traitements, les supplices, que nous autres chrétiens nous trouvons notre accroissement, notre richesse et notre puissance. Sept vestales dont la chasteté à terme est payée par de beaux voiles, des couronnes, des robes de pourpre, par la pompe des litières, par la multitude des esclaves, et par d’immenses revenus \ voilà tout ce que Rome païenne peut donner à la vertu chaste! D’innombrables vierges évangéliques d’une vie cachée, humble, austère, consument leurs jours dans les veilles, les jeûnes et la pauvreté. Nos églises ont des revenus! s’écrie-t-on. Pourquoi vos temples n’ont-ils pas fait de leur opulence l’usage que nos églises font de leurs richesses? Où sont les captifs 'que ces temples ont rachetés, les pauvres qu’ils ont nourris, les exilés qu’ils ont secourus? Sacrificateurs! on a consacré à l’utilité publique des trésors qui ne servoient qu’à votre luxe, et voilà ce que vous appelez des calamités1 2! »

Dix-huit ou vingt ans après saint Ambroise, Prudence se crut obligé de réfuter de nouveau Symmaque : il redit à peu près, dans les deux chants de son poème, ce qu’avoit dit l’évêque de Milan ; mais il emploie un argument qui semble emprunté à notre siècle et qu’on oppose aujourd’hui aux hommes amateurs exclusifs du passé. Symmaque regrettoit les institutions des ancêtres; Prudence répond que si la manière de vivre des anciens jours doit être préférée , il faut renoncer à toutes les choses successivement inventées pour le bienêtre de la vie, il faut rejeter les progrès des arts et des sciences et retourner à la barbarie 3. Quant aux vestales, Prudence nie leur chasteté et leur bonheur; selon le poète, « La pudeur captive est conduite à l’autel stérile. La volupté ne périt pas dans les infortunées parce

1. Quottamen illis virgines præmia promissa fecerunt, vix septem vestales capiuntur puellæ. En totus numerus, quem infulæ vittati capitis, purpuratarum vestium murices, pompa lecticæ ministrorum circumfusa comitatu, privilégia maxinia, lucra ingentia, præscripta denique pudicitiæ tempora coegerunt. Non est virginitas, quæ prætio emitur, non virtutis studio possidetur. (Ambr., libel. n, Contr. relut. Symm .)

2. Je n’ai pu traduire littéralement le texte diffus et prolixe des deux lettres de saint Ambroise. Je me suis contenté d’en donner la substance et d’en resserrer les arguments.

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