Exsultare patres videas, pulcherrima mundi
Lumina, conciliumque senum gestire Catonum ;
Candidiore toga niveum pietatis amictum Sumere et exuvias deponere pontificales.
Jamque ruit, paucis Tarpeia in rupe relictis,
Ad sincera virum penetralia nazareorum Atqne ad apostolicos Evandria curia fontes,
Anniadum soboles...
Fertur enim ante alios generosus Anitius urbis Illustrasse caput : sic se Roma inclyta jactat.
Quin et Olibriaci generisque et numinis hæres,
Adjectis factis, palmata insignis ab aula,
Martyris ante fores, Bruti submittere fasces Anibit et Ausoniam Christo inclinare securim.
Non Paulinorum, non Bassorum dubitavit Prompta fides dare se Christo...
Jam quid plebicolas percurram carminé Gracchos;
Jure potestatis fultos, et in arce senatus Præcipuos simulacra Deumjussisse revelli?
Cumque suis pariter lictoribus omnipntenti Suppliciter Christo se consecrasse regendos?
Sexcentas numerare domos de sanguine prisco Nobilium licet, ad Christi lignacula versas.
Respice ad illustrem, lux est ubi publica, cellam :
Vix pauca invenies gentilibus obsita nugis
Ne croiroit-on pas, à ces vers de Prudence, que Rome existoit au commencement du ve siècle, avec ses grandes familles et ses grands souvenirs? 11 écrivoit l’an 403. Sept ans après Alaric remuoit et balayoit cette vieille poussière des Gracques et des Brutus dont se couvroit l’orgueil de quelques nobles dégénérés.
Théodose étendit la proscription du paganisme aux diverses provinces de l’empire. Une commission fut nommée pour abolir les privilèges des prêtres, interdire les sacrifices, détruire les instruments de l’idolâtrie et fermer les temples. Le domaine de ces temples fut confisqué au profit de l’empereur, de l’Église catholique et de l’armée. « Nous défendons, dit le dernier édit de Théodose, à nos sujets, magistrats ou citoyens, depuis la première classe jusqu’à la dernière, d’immoler aucune victime innocente en l’honneur d’aucune idole inanimée. Nous défendons les sacrifices de la divination par les entrailles des victimes. »
Les fils de Théodose, Arcade et Honorius, et leurs successeurs, multiplièrent ces édits : on peut voir toutes ces lois dans le Code* ; mais, plus comminatoires qu’expresses, elles étoient rarement exécutées; quelquefois même elles étoient suspendues ou rappelées selon les besoins et les fluctuations de la politique. Le pape Innocent, à l’occasion du premier siège de Rome par Alaric (408), permit les sacrifices, pourvu qu’ils se fissent en secret. Les princes, agissant contradictoirement à leurs édits, conservoient des païens dans les hautes charges de l’État et donnoient des titres aux pontifes des idoles. Aucune loi ne défendoit aux gentils d’écrire contre les chrétiens et leur religion ; aucune loi n’obligeoit un païen à embrasser le christianisme sous peine d’être recherché dans sa personne ou dans ses biens. Il y a plus, nombre d’édits de cette époque (j’en ai déjà cité quelques-uns) s’opposant aux envahissements du clergé par voie de testament ou de donation, retirent des immunités accordées, règlent ce nouveau genre de propriétés de mainmorte introduit avec l’Église, interdisent l’entrée des villes aux moines et fixent le sort des religieuses. Rien que le pouvoir politique fût chrétien, il étoit déjà inquiet de la lutte; il craignoit d’être entraîné : n’ayant plus rien à craindre du paganisme, il commençoit à se mettre en garde contre les entreprises de l’autre
Ingénia, obstrictos ægre retinentia cul tus,
Et qui b us exactas placeat servare tenebras Splendentenique die medio non cernere solem.
(Aurel. Prudentius, vir consularis, Contra Symmachum, præfectum urbis. Corpus poetarum, t. IV, p. 785, v. 128-101.)