‹ Œuvres complètes de Chateaubriand (volume 3)Chapitre 119 sur 358 · Au titre De pagan 's Sacrifions et tcmplis · texte numérisé non relu

Au titre De pagan 's Sacrifions et tcmplis

culte. Les mœurs brisèrent ces foibles barrières, et le zèle alla plus loin que la loi.

De toutes parts on démolit les temples : pjerte à jamais déplorable pour les arts; mais le monument matériel succomba, comme toujours, sous la force intellectuelle de l’idée entrée dans la conviction du genre humain.

Saint Martin, évêque de Tours, suivi d’une troupe de moines, abattit dans les Gaules les sanctuaires , les idoles et les arbres consacrés. L’évêque Marcel entreprit la destruction des édifices païens dans le diocèse d’Apamée, capitale de la seconde Syrie. Le temple quadrangulaire de Jupiter présentoit sur ses quatre faces quinze colonnes de seize pieds de circonférence; il résista : il fallut en produire l’écroulement. à l’aide du feu. Plus tard, à Carthage, des chrétiens moins fanatiques sauvèrent le temple devenu céleste, en le convertissant en église, comme, depuis, Boniface III sauva le Panthéon à Rome.

Le renversement du temple de Sérapis à Alexandrie est demeuré célèbre. Ce temple, où l’on déposoit le Kilomètre, étoit bâti sur un tertre artificiel; on y montoit par cent degrés; une multitude de voûtes éclairées de lampes le soutenoient; il y avoit plusieurs cours carrées environnées de bâtiments destinés à la bibliothèque, au collège des élèves, au logement des desservants et des gardiens. Quatre rangs de galeries, avec des portiques et des statues , offraient de longs promenoirs. De riches colonnes ornoient le temple proprement dit : il étoit tout de marbre , trois lames de cuivre, d’argent et d’or, en revêtoient les murs. La statue colossale de Sérapis, la tête couverte du mystérieux boisseau, touchoit de ses deux bras aux parois de la Celle, et à un certain jour le rayon du soleil venoit reposer sur les lèvres du dieu 1 .

Les païens ne consentirent pas facilement à abandonner un pareil édifice : ils y soutinrent un véritable siège, animés à la défense par le philosophe Olympius2, homme d’une beauté admirable et d’une éloquence divine. Il étoit plein de Dieu , et avoit quelque chose du prophète3. Deux grammairiens, Hellade et Ammone , combattoient sous ses ordres : le premier avoit été pontife de Jupiter, et le second

J. RuF.,lib. xxn, p. 192. Socr., p. 276, lib. vii, cap. xx; Expositio totins mundi, Georjr. minor., t. III, p. 8.

2. Ad postremum grassantes in sanguine civium ducem sceleris et audaciæ suæ diligunt Olympium quemdam, nomine et habitu philosoplmm, quo antesignano arcem defenderent et tyrannidem tenerent. (Ruf., lib. xx-xxn.)

3. OùtÔ) âs riv OXuu.tto; tou 0soü mots. Olympus autem adeo plenus erat Deo

ut, etc. (Suidas, in voce ÔXuy,7roç.)

d’un singe L Théophile, archevêque d’Alexandrie , armé des édits de Théodose et appuyé du préfet d’Égypte , remporta la victoire. Hellade se vantoit d’avoir tué neuf chrétiens de sa main 1 2. Olympius s’évada après avoir entendu une voix qui chantoit alléluia au milieu de la nuit dans le silence du temple3. L’édifice fut pillé et démoli. « Nous vîmes, dit Orose, malgré son zèle apostolique, les armoires vides des livres; dévastations qui portent mémoire des hommes et du temps4. » La statue de Sérapis, frappée d’abord à la joue par la hache d’un soldat, ensuite jetée à bas et rompue vive, fut brûlée pièce à pièce, dans les rues et dans l’amphithéâtre. Une nichée de souris5 s’étoit échappée de la tête du dieu , à la grande moquerie des spectateurs.

Les autres monuments païens d’Alexandrie furent également renversés, les statues de bronze fondues6. Théodose avoit ordonné d’en distribuer la valeur en aumônes; Théophile s’en enrichit, lui et les siens 7 .

On mit rez-pied, rez-terre, le temple de Canope, fameuse école des lettres sacerdotales, où se voyoit une idole symbolique dont la tête reposoit sur les jambes : peu auparavant , Antonin le philosophe y avoit enseigné avec éclat la théurgie et prédit la chute du paganisme : Sosipatre, sa mère, passoit pour une grande magicienne. Des religieuses et des moines prirent à Canope la place des dieux et des prêtres égyptiens 8.

Ainsi périt encore, sur les confins de la Perse , un temple immense qui servoit de forteresse à une ville. « Sérapis s’étant fait chrétien, dit

1. ÈXXàS'toç piv ouv tepeù; tou Aie; s Lai eXî'ysTo, Àp.u.amos Sk IIi6x/cou. Helladius qui-

dem Jovis, Ammonius vero simiæ sacerdos esse dicebatur. (Socr., lib. v, cap. xvi, pag. 275.)

2. Helladius vero apud quosdam gloriatus -est quod novem homines sua manu in conflictu interemisset. (Socr., Ici., ibid .)

3. Olympius vero, sicut a quibusdam accepi, nocte intempesta quæ ilium diem præcesserat quemdam in Serapio alléluia canentêm audivit. (Zos., p. 588, c. d.)

4. Nos vidimus armaria librorum, quibus direptis, exinanita; ea a nostris liominibus, nostris temporibus memorant. (Oros., lib. vi, cap. xv, p. 421.)

5. Ubi caput truncatum est, murium agmen ex internis eripuit. (Theodor., Hist. eccles., lib. v, p. 229 ; Parisiis, 1073.)

6. Ac templa quidem disturbata sunt. Statuæ vero in lebetes et alios Alexandrinæ ecclesiæ usus conflatæ. (Socr., p. 275.)

7. Cultus numinis et Serapidis delubrum Alexandriæ disturbata dissipataque fuere... lmperante tune Theodosio prætorii præfecto, piaculari liomine, et Eurymedonte quopiam... templi qui dona vix manus hostiliter injecerunt. (Ecnap., p. 83; Antuerpiæ, 1568.)

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