‹ Œuvres complètes de Chateaubriand (volume 3)Chapitre 123 sur 358 · Liban., Pro templis · texte numérisé non relu

Liban., Pro templis

4. Monacos sic dictos, homines quidem specie, sed vitam turpem porcorum more exigeâtes, qui in propatulo infmita atque infanda scelera committebant... Nam ea tempestatc quivis atram vestem indutus, quique in publico sordido habitu spectari non'abnuebat, is tyrannicam obtinebat auctoritatem. (Ecnap., in Vita Ædesii , p. 84; Antuerpiæ, 1568.)

Sur la haute mer (c’est le poëte Rutilius qui parle) s’élève Elle de Capraria, souillée par des hommes qui fuient la lumière. Eux-mêmes se sont appelés moines , parce qu’ils aspirent à vivre sans témoins. Ils redoutent les faveurs de la fortune, parce qu’ils n’auroient pas la force de braver ses dédains; ils se font malheureux, de peur de l’être. Rage stupide d’une cervelle dérangée! s’épouvanter du mal et ne pouvoir souffrir le bien ! Leur sort est de renfermer leurs chagrins dans une étroite cellule et d’enfler leur triste coeur d’une humeur atrabilaire U »

Après avoir passé Capraria, petite île entre la côte de l’Étrurie et celle de la Corse, Rutilius aperçoit une autre île, la Gorgone : « Là s’est enseveli vivant, au sein des rochers, un citoyen romain. Poussé des furies, ce jeune homme, noble d’aïeux, riche de patrimoine, et non moins heureux par son mariage, fuit la société des hommes et des dieux. Le crédule exilé se cache au fond d’une honteuse caverne; il se figure que le ciel se plaît aux dégoûtantes misères : il se traite avec plus de rigueur que ne le traiteroient les dieux irrités. Dites-moi, je vous prie, cette secte n’a-t-elle pas des poisons pires que les breuvages de Circé? Alors se transformoient 1rs corps; à présent se métamorphosent les âmes1 2. »

Page 1