Claude avoit tenté cette abolition
Il faut placer à la dernière année du premier siècle de Tère chrétienne la mort de saint Jean à Éphèse; il ne se nommoit plus luimême dans ses dernières lettres que le vieillard ou \e prêtre, du mot grec presbyteros. « Mes enfants, aimez-vous les uns les autres. » Telles étoient ses seules instructions. Il avoit assisté à la passion soixante-six ans auparavant. Saint Jude, saint Barnabe, saint Ignace, saint Polycarpe se faisoient connoître par leurs doctrines. Les successions des évêques étoient toujours plus abondantes et plus connues : Ignace et Héron à Antioche, Cerdon et Primin à Alexandrie. Après le pape Évariste vinrent Alexandre, Sixte et Télesphore, martyr.
Les chrétiens souffrirent sousTrajan, non précisément comme chrétiens, mais comme faisant partie des sociétés secrètes. Une lettre de Pline le jeune, gouverneur de Bithynie, fixe l’époque où les chrétiens
commencent à paroître dans l’histoire générale. « . On
a proposé un libelle1 sans nom d’auteur, contenant les noms de plusieurs qui nient d’être chrétiens ou de l’avoir été. Quand j’ai vu qu’ils invoquoient les dieux avec moi , et offroient de l’encens et du vin à votre image, que j’avois exprès fait apporter avec les statues des dieux, et de plus qu’ils maudissoient le Christ, j’ai cru devoir les renvoyer; car on dit qu’il est impossible de contraindre à rien de tout cela ceux qui sont véritablement chrétiens. . . . Voici à quoi
ils disoient que se réduisoit leur faute ou leur erreur : qu’ils avoient accoutumé de s’assembler un jour avant le soleil levé, et de dire ensemble, à deux chœurs, un cantique en l’honneur du Christ comme d’un dieu; qu’ils s’obligeoient par serment non à un crime, mais à ne commettre ni larcin, ni vol, ni adultère, ne point manquer à leur parole et ne point dénier un dépôt ; qu’ensuite ils se retiraient ; puis se rassembloient pour prendre un repas, mais ordinaire et innocent; encore avoient-ils cessé de le faire depuis mon ordonnance , par laquelle, suivant vos ordres, j’avois défendu les assemblées. . . .
. . La chose m’a paru digne de consultafion , principalement à
cause du nombre des accusés; car on met en péril plusieurs personnes de tout âge, de tout sexe et de toute condition. Cette superstition a infecté non-seulement les villes, mais les bourgades et la campagne, et il semble que Ton peut l’arrêter et la guérir. Du moins il est constant que Ton a recommencé à fréquenter les temples, presque abandonnés , à célébrer les sacrifices solennels après une grande interrup-
1. Pour ne pas refaire moi-même ce qui est très-bien fait, j’emprunte la traduction de Fleury, d’un style plus naturel et plus franc que l’élégante traduction de Sacy.
Adrien
emper.
Alexandre
1er,
Sixte Ieq Télesphore papes.
An de J.-C.
tion, et que Ton vend partout des victimes, au lieu que peu de gens en achetoient. D’où on peut aisément juger la grande quantité de ceux qui se corrigent, si on donne lieu au repentir. »
L’univers chrétien a depuis longtemps démenti les espérances de Pline. Mais quels rapides et étonnants progrès ! Les temples abandonnés! on ne trouve déjà plus à vendre les victimes! et l’évangéliste saint Jean venoit à peine de mourir!
Trajan, dans sa réponse au gouverneur, dit qu’on ne doit pas chercher les chrétiens, mais que s’ils sont dénoncés et convaincus, il les faut punir : quant aux libelles sans nom d’auteur, ils ne peuvent fournir matière à accusation ; les poursuivre seroit d’un très-mauvais exemple et indigne du siècle de Trajan L
L’histoire offre peu de documents plus mémorables que cette correspondance d’un des derniers écrivains classiques de Rome et d’un des plus grands princes qui aient honoré l’empire, touchant l’état des premiers chrétiens.
Adrien maintint la paix en l’achetant des barbares, peut-être parce que son prédécesseur avoit trouvé plus honorable et plus sûr d’employer le même argent à leur faire la guerre : naturellement envieux des succès, il ne pardonna pas plus à Apollodore l’architecte qu’à Trajan l’empereur. Voyageur couronné, grand administrateur, ami des arts, dont il renouvela le génie, il visita les lieux célèbres de son empire; l’histoire a remarqué qu’il évita de passer à Italica, son obscure patrie. Il persécuta ses amis, quitta le monde en plaisantant sur son âme1 2 et laissant aux Romains, dignes du présent, un dieu de plus, Antinous.
Ce prince avoit fait une divinité, et pensa lui-même être rejeté de l’Olvmpe : ce fut avec peine qu’Antonia obtint pour lui cette apothéose par qui les maîtres du monde prolongeoient l’illusion de leur puissance.
Les hérésies se multiplioient : Saturnin, Basilide, Carpocras, les gnostiques avoient paru. La calomnie croissoit contre les chrétiens; ils occupoient fortement le gouvernement et l’opinion publique. Le peuple les accusoit de sacrifier un enfant, d’en boire le sang, d’en manger la chair, de faire, dans leurs assemblées secrètes, éteindre les flambeaux par des chiens et de s’unir dans l’ombre, au hasard, comme des bêtes.
1. Euseb., lib. ni, cap. xxxiii; Plin., lib. x, epi.st. xcvii, xcvm. Tertullien a trèsbien fait remarquer ce qu’il y avoit de contradictoire et d’injuste dans le raisonnement et la décision de Trajan.