‹ Œuvres complètes de Chateaubriand (volume 3)Chapitre 177 sur 358 · Sed manum ei tradidit, et sublevavit illam · texte numérisé non relu

Sed manum ei tradidit, et sublevavit illam

4. Quando, inquit, producimur ad vaccam, nescio... Non prius credidit nisi quasdam notas vexationis in corpore et habitu suo recognovisset. {Act. sine., p. 590.)

5. Osculati invicem, ut martyrium per solemnia pacis consummarent.

6. Inter costas puncta exululavit... et errantem dexteram tirunculi gladiatoris ipsa in jugulum suum posait, {kl., p. 88.)

depuis soixante-dix ans, et qui avoit été placé par l’apôtre Jean, fit, d’après l’ordre du consul, son entrée sur un âne dans sa ville épiscopale, comme le Christ dans Jérusalem. Le peuple crioit : « C’est le docteur de l’Asie, le père des chrétiens, le destructeur de nos dieux ; qu’on lâche un lion contre Polycarpe! Cela ne se put, parce que les combats des bêtes étoient achevés. Alors le peuple cria tout d’une voix : « Que Polycarpe soit brûlé vif! »

Le bûcher préparé, Polycarpe ôta sa ceinture et se dépouilla de ses habits. On le vouloit clouer au bûcher comme son maître à la croix ; il déclara que cette précaution étoit inutile, et qu’il demeureroit ferme ; il fut donc simplement attaché : il ressembloit à un bélier choisi dans le troupeau comme un holocauste agréable et accepté de Dieu L Le vieillard regarda le ciel, et dit :

a Dieu de toutes les créatures, je te rends grâces! Je prends part au calice de la passion de ton Christ pour ressusciter à la vie éternelle. Je te bénis, je te glorifie par le pontife Jésus-Christ, ton fils bien aimé, à qui gloire soit rendue, à toi et à l’Esprit saint, dans les siècles à venir ! Amen 2. »

Quand ii eut dit, le feu fut mis au bûcher; les flammes se déployèrent autour de la tête du martyr comme une voile de vaisseau enflée par le vent1 2 3. Ses actes portent qu’il ressembloit à de l’or ou de l’argent éprouvé au creuset4, et qu’il exhaloit une odeur d’encens ou d’un parfum vital 5. Le confecteur chargé d’achever les bêtes blessées perça Polycarpe; il sortit tant de sang des veines du vieillard qu’il éteignit le feu 6.

Pothin, évêque de Lyon, âgé de plus de quatre-vingt-dix ans, foible et infirme, fut battu, foulé aux pieds, traîné dans l’arène et rejeté dans la prison, où il rendit l’esprit. Ses compagnons de souffrance sembloient, au milieu des supplices, se guérir d’une plaie par une

1. Tanquam aries insignis ex imrnenso grege delectus, ut holocaustum gratum et acceptum Deo.

2. Deus totius creaturæ, tibi gratias ago. Tn calice passionis Christi tui particeps fiam in resurrectionem vitæ æternæ! Te laudo, te benedico, te glorifico per Jesum Christum , dilectum tuum filium pontificem : gloria nunc et in secula seculorum ! Amen. (Euseb., Hist. eccles., lib. iv, p. 73.)

3. Tanquam vélum navigii ventorum flatibus turgescens, caput martyris undique obvallat. (Id.)

4. Tanquam aurum etargentumin camino ignis ardore probatum. ( Id.)

5. Fragrantem odorem inde hauriebamus, velut ex thure odorifero, aut quovis vitali aromate. ( Id.)

6. Tanta cruoris copia effluxit ut ignem prorsus exstingueret. (Id., lib. iv, cap. xv,

plaie nouvelle; les exécuteurs en les tourmentant avoient moins l’air de bourreaux qui font des blessures que de médecins qui les pansent,

tant ces confesseurs étoient joyeux. Plusieurs d’entre eux, du fond

des cachots où on les replongea avant de leur donner le coup de la mort, écrivirent en grec le récit de leur martyre. La lettre portoit cette suscription : Les serviteurs de Jésus-Christ , qui demeurent à Vienne et à Lyon , en Gaule, aux frères d’Asie et de Phrygie qui ont la même foi et la même espérance dans la rédemption : paix, grâce et gloire de la part de Dieu le Père, et de Jésus-Christ notre Seigneur L

Je ne vous parlerai point du martyre de séduction employé après l’inutilité des menaces et des douleurs : dignités, honneurs, fortune, voluptés même essayées par de belles femmes, furent sans succès comme les lions et le feu.

Il y a de la puissance dans le sang : ces générations de l’âge héroïque chrétien, qui subjuguèrent les classes industrielles, enfantèrent les générations de l’âge philosophique chrétien, qui conquirent à leur tour les hommes de l’intelligence. Cet âge philosophique n’est pas séparé brusquement de l’âge héroïque; il prend naissance dans celuici ; ses premiers génies enseignent et meurent sur l’échafaud, mais leur doctrine règne et triomphe dans leurs successeurs, quand l’heure des confesseurs est passée. Le christianisme philosophique ne détruisit pas non plus le christianisme héroïque, mais les sacrifices s’accomplirent d’une autre façon dans les combats contre les hérésiarques ou sous le fer des barbares.

1. Servi J.-C. qui Viennam et Lugdunum Galliæ incolunt fratribus in Asia et Phrygia qui eamdem nobiscum redcmptionis fidem et spem liabent : pax, gratia et gloria, a Deo Pâtre et Christo Jesu Domino nostro, sit vobis. (Euseb., Hist., lib. v, cap. i, p. 84.)

CINQUIÈME DISCOURS

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