Eijseb., lib. iv, Hist., cap. vin et ix
2. Ab Adriani temporibus usque ad imperium Constantini, per annos circiter centum octoginta, in loco resurrectionis simulacrum Jovis in crucis rupe, statua ex marmore Veneris a gentibus posita colebatur, existimantibus persecutionis auctoribus quiatollerentnobis fidem resurrectionis et crucis, si loca sanctaper idola polluissent...
Bethleem nunc nostram lucus inumbrabat Thamus, id est Adonidis, et in specu ubi quondam Christus parvulus vagiit, Veneris amasius plangebatur. (Hier., ad Paulinum, p. 102 ; Bàle, 1537. )
Antonin emp.
Hygin, Pie 1er, Anicet papes.
An de J .-C.
Marc- Aijrèle emp.
Anicet , Sotère, Eleutiière papes.
An de J.-C.
tion; les Marcomans, ou plutôt une confédération des peuples germains refoulés par les Goths, et d’autres peuples qui pesoient sur eux, cherchèrent des établissements dans l’empire : ils avoient profité du moment où les légions romaines étoient occupées à défendre l’Orient contre les Parthes. La grande invasion approchoit, et le monde commençoit à s’agiter. Marc-Aurèle ayant associé à l’empire son frère adoptif, Marcus Vernis, repoussa avec lui les agresseurs : les Marcomans et les Quades furent vaincus. A la suite de ces guerres, cent mille prisonniers furent rendus aux Romains, et des colonies de barbares formées dan-s la Dacie , la Pannonie, les deux Germanies, et jusqu’à Ravenne en Italie. Celles-ci se soulevèrent, et apprirent aux Romains ce qu’ils auroient à craindre de pareils laboureurs. Gent mille prisonniers rendus supposent déjà chez les nations septentrionales une puissance et une régularité de gouvernement auxquelles on n’a pas fait assez d’attention.
Les arts et les lettres brillèrent d’un dernier éclat sous les règnes de Trajan, d’Adrien, d’Antonin et de Marc-Aurèle : c’est le second siècle de la littérature latine, dans laquelle il faut comprendre ce que fournit le génie expirant de la Grèce soumise aux Romains. Alors parurent Tacite, les deux Pline, Suétone, Florus, Gallien , Sextus Empirions, Plutarque, Ptolémée, Arien, Pausanias, Appien, Marc-Aurèle et Épictète, l’un empereur, l’autre esclave, et enfin Lucien, qui se rit des philosophes et des dieux.
Marc-Aurèle mourut sans avoir pu terminer complètement la guerre des barbares, et après avoir été obligé d’étouffer la révolte des colonies militaires. Il laissa l’empire à Commode son fils : faute de la nature que la philosophie auroit dû prévenir.
Si les Romains furent longtemps redevables du succès de leurs armes à la discipline, à l’organisation des légions, à la supériorité de Part militaire, ils le durent encore à cette nécessité ou se trouvoit le légionnaire de combattre dans tous les climats, de se nourrir de tous les aliments, de s’endurcir par de longues et pénibles marches. Les peuples de l’Europe moderne (la nation françoise exceptée , pendant les dernières conquêtes de sa dernière révolution), les peuples de l’Europe moderne, divisés en petits États, ont presque toujours combattu contre leurs voisins , ou sur le sol paternel à peu de distance de leurs foyers. Mais l’empire romain renfermoit dans son sein le monde connu ; ses soldats passoient des rivages du Danube et du Rhin à ceux de l’Euphrate et du Nil, des montagnes de la Calédonie, de l’Helvétie et de la Cantabrie à la chaîne du Caucase, du Taurus et de l’Atlas, des mers de la Grèce aux sables de l’Arabie et aux campagnes des Numides.
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On entreprend aujourd’hui de longs et périlleux voyages dans les pays que les légions parcouroient pour changer de garnison : ces entreprises d’outre- mer qui rendirent les croisades si célèbres n’étoient pour les Romains que le mouvement d’un corps de troupes qui, parti de la Batavie, alloit relever un poste à Jérusalem. Le général qui se transportoit sur des terrains si divers, qui, forcé d’employer les ressources du lieu, se servoit du chameau et de l’éléphant sous le palmier, du mulet et du cheval sous le chêne, accroissoit son expérience et son génie avec le vol de ses aigles.
Le monde romain n’offroit point un aspect uniforme : les peuples subjugués avoient conservé leurs mœurs, leurs coutumes, leurs langues, leurs dieux indigènes, leurs lois locales : au dehors on ne s’apercevoit de la domination étrangère que par les voies militaires, les camps fortifiés, les aqueducs, les ponts, les amphithéâtres, les arcs de triomphe, les inscriptions latines gravées aux monuments des républiques et des royaumes incorporés à l’empire; au dedans l’administration civile, fiscale et militaire, les préfets et les proconsuls, les municipalités et les sénats, la loi générale qui dominoit les justices particulières, annonçoient un commun maître. Les Romains n’avoient imposé à la terre domptée que leurs armes, leur code et leurs jeux.
Marc-Aurèle, stoïcien, n’aimoit pas les disciples de la croix, par une sorte de rivalité de secte : « Il faut être toujours prêt à mourir, dit-il dans une de ses maximes, en vertu d’un jugement qui nous soit propre, non au gré d’une pure obstination, comme les chrétiens. » Il y eut plusieurs martyrs sous son règne : Polycarpe à Smyrne, Justin à Rome après avoir publié sa seconde apologie, les confesseurs devienne et de Lyon, à la tête desquels brilla Pothin, vieillard plus que nonagénaire, remplacé dans la chaire de Lyon par Irénée.
A cette époque, les apologistes, tels qu’Athénagore, changèrent de langage, et d’accusés devinrent accusateurs : en défendant le culte du vrai Dieu , ils attaquèrent celui des idoles. D’une autre part, les magistrats ne furent pas les seuls promoteurs des persécutions; les peuples les demandèrent : le soulèvement des masses à Vienne, à Lyon, à Autun, multiplia les victimes dans les Gaules'; ce qui
1. ( Epistolarum verba eorum citabo : ) Servi Jesu-Christi, qui Viennam et Lugdunum Galliæ incolunt, fratribus in Asia et Phrygia... Pax, gloria a Deo pâtre.., Magnitudinem afflictionis qui hoc loco ingravescit, ingens gentilium odium, contra sanctos incitatum... neque exprimi neque comprehendi possunt... Ac primum cruciamenta quæ confertim erant, et tanquam cumulo a multitudine in illos coacervata... Vociferationes, plagas, violentos tractus, dilacerationes, lapidum projectiones, carceres, et quidquid denique ab agresti et furiosa multitudine contra nos, velut contra hostes et inimicos, fieri solet. (Euseb., Hist. eccl., lib. iv, cap. r, p. 102. )
prouve que les chrétiens n’étoient plus une petite secte bornée à quelques initiés, mais des hommes nombreux, qui menaçoient l’ancien ordre social , qui armoient contre eux les vieux intérêts et les antiques préjugés. La légion Fulminante étoit en partie composée de disciples de la nouvelle religion; elle fut la cause d’une victoire remportée en ilk sur les Sarmates, les Quades et les Marcomans; victoire retracée dans les bas-reliefs de la Colonne Antonine : selon Eusèbe, Marc-Aurèle reconnut devoir son succès aux prières des soldats du Christ 1 .
L’Évangile avoit fait de tels progrès queMéliton, évêque deSardis en Asie, disoit à Marc-Aurèle, dans une requête : « On persécute à présent les serviteurs de Dieu... Notre philosophie étoit répandue auparavant chez les barbares : vos peuples sous le règne d’Auguste en reçurent la lumière, et elle porta bonheur à votre empire2. »
Un roi des Bretons, tributaire des Romains, écrivit, l’an 170, au pape Éleu thère, successeur de Soter, pour lui demander des missionnaires : ceux-ci portèrent la foi aux peuplades britanniques, comme le moine Augustin, envoyé par Grégoire le Grand, prêcha depuis l’Évangile aux Saxons vainqueurs des Bretons.
Marc-Aurèle avoit toutefois trop de modération pour s’abandonner entièrement à l’esprit de haine dont étoient animées les écoles philosophiques : il écrivit la dixième année de son règne, à la communauté du peuple de l’Asie Mineure assemblée à Éphèse une lettre de tolérance. Il alla même plus loin que ses devanciers, car il disoit : « Si un chrétien est attaqué comme chrétien, que l’accusé soit renvoyé absous, quand même il seroit convaincu d’être chrétien, et que l’accusateur soit poursuivi3. » Mais il étoit difficile à lui de lutter contre la superstition et la philosophie entrées dans une alliance contre nature pour détruire un ennemi commun.
Les marcionites, les montanistes, les marcosiens jetèrent une nouvelle confusion dans la foi.
Avec Marc-Aurèle finit l’ère du bonheur des Romains sous l’auto-
1. Eadem historia apud gentiles scriptores, qui longe a nostra religione dissentiunt... Nostrorum etiam Apollinarius qui affirmât legionem, cujus precibus miraculum edebatur, latino sermone Fulmineam, usque ab illo tempore appellatam : illudque nomen rei eventum scite exprimens, ab Aurelio cæsarc ei tributum. (Euseb., Hist. eccles., lib. y, p. 93. )
2. Multo magis te obsecramus ne tam aperto latrocinio nos spoliari permittas...
Divina quam excolimus religio antea inter barbaros insigniter viguit : quæ cum apud gentes tuas, præclaro et eximio Augusti regno... floreret, ipsi imperio quo potiris, cumprimis fausto ac felici præsidio fuit. ( Id ., ibid., cap. xxv,p. 108 et 109.) ^ 3. Chron. Alex. ; Euseb., Hist., iv, cap. xiii.
ÉTU DES HISTORIQUES.
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rite impériale, et recommencent des temps effroyables d’où l’on ne sort plus que par la transformation de la société. Un seul fait de cette histoire la peindra. Commode et ses successeurs jusqu’à Constantin périrent presque tous de mort violente. Quand Marc-Aurèle eut disparu, les Romains se replongèrent d’une telle ardeur dans l’abjection, qu’on les eut pris pour des hommes rendus nouvellement à la liberté : ils n’étoient affranchis que des vertus de leurs derniers maîtres.
Deux effets de la puissance absolue sur le cœur humain sont à remarquer.
Il ne vint pas même à la pensée des bons princes qui gouvernèrent le monde romain de douter de la légalité de leur pouvoir et de restituer au peuple des droits usurpés sur lui.
La même puissance absolue altéra la raison des mauvais princes; les Néron, les Caligula , les Domitien , les Commode furent de véritables insensés : afin de ne pas trop épouvanter la terre, le ciel donna la folie à leurs crimes, comme une sorte d’innocence.
Commode, rencontrant un homme d’une corpulence extraordinaire, le coupa en deux pour prouver sa force et jouir du plaisir de voir se répandre les entrailles de la victime1. Il se disoit Hercule; il voulut que Rome changeât de nom et prît le sien ; de honteuses médailles ont perpétué le souvenir de ce caprice. Commode périt par l’indiscrétion d’un enfant, par le poison que lui donna une de ses concubines et par la main d’un athlète qui acheva en l’étranglant ce que le poison avoit commencé2.
Sous le règne de Commode paroît une nouvelle race de destructeurs, les Sarrasins, si funestes à l’empire d’Orient.
Pertinax succède à Commode; il se montra digne du pouvoir : son ambition étoit de celles qu’inspire la conscience des talents qu’on a, et non l’envie des talents qu’on ne peut atteindre. Le nouvel empereur fit redemander à des barbares le tribut qu’on leur accordoit, et ils le rendirent : démarche vigoureuse ; mais les devanciers de Pertinax, en immolant à leurs foiblesses ou à leurs vices la dignité et l’indépendance romaines, avoient fait un mal irréparable. Pouvoit-on racheter l’honneur d’un État qui alloit être vendu à la criée?
Commode
emp.
Éleuthère
pape.
An de J.-C.
Pertinax, Julian us, empereurs.
Victor, pape.
An deJ.-C.
1. Obtunsi oneris pinguem hominem meclio ventre dissecuit, ut ejus intestina subito funderentur. ( Hist . Aug., p. 128.)
2. Erat autem Commodo pusio quidam... sumpto in manus, qui supra lectulum jacebat, libelle, foras processif. . incidit in Mardam... quæ libellum pueri manu aufert... Agnita Commodi manu... ubi se primant peti intellexit... electum accersit... placitum rem veneno agi... cum evomisset... veriti ilii... Narcisso cuidam, audad strenuoque adolescent! , persuaserunt ut Commodum in cubiculo strangularet. (Herodian., Vit. Commod.}\ih. i, p. 91-92.)
Pertinax étoit un soldat rigide; les prétoriens le massacrèrent. L’empire est proposé an plus offrant : il se trouva deux fripiers de tyrannie pour se disputer les haillons de Tibère. Didius Julianus l’emporte sur son compétiteur par une surenchère de douze cents drachmes L Les prétoriens livrent la marchandise de cent vingt millions d’hommes à Didius. Celui-ci ne put fournir le prix de l’adjudication1 2, et il fut menacé d’être exécuté pour dettes. Jadis le sénat avoit proclamé la vente d’un morceau du territoire de la république : c’étoit celle du champ où campoit Annibal.
Le sénat de Didius fut pourtant honteux ; il eut peur surtout quand il apprit le soulèvement des légions; elles avoient élu trois empereurs. On se hâta de réparer une bassesse par une cruauté ; au bout de soixante-six jours Didius déposé fut condamné à mort : « Quel crime ai-je commis3? » disoit-il en pleurant. Le malheureux n’avoit. pas eu le temps d’apprendre la tyrannie ; il ignoroit qu’avoir acheté Uempire et n’avoir ôté la vie à personne étoit une contradiction qui rendoit son règne impossible : homme commun, il étoit au-dessous de son crime.
On ne sait pourquoi Rome rougit de l’élévation de Didius Julianus, si ce n’est par un de ces mouvements de dignité naturelle qui reviennent quelquefois au milieu de l’abjection. Denys à Corinthe disoit à ceux qui Tinsultoient : « J’ai pourtant été roi. » Un peuple dégénéré, qui ne songeoit jamais à se passer de maître quand il avoit le pouvoir de s’en donner un appela à l’empire Pescennius Niger, commandant en Orient; mais Septime Sévère avoit été choisi par les légions d’Illyrie, et Clodius Albinus par les légions britanniques. Alors recommencèrent les guerres civiles : Sévère, demeuré vainqueur de Niger en trois
1. Scd simul ad superiora vicena sestertia, altéra quina adjecisset', eamque summam magno edito clamore in manibus ostendisset. (Diox., Hist. rom., lib. lxxiii, p. 835. )
Sane cum vicena quina millia militibus promisisset, tricena dédit. (Id. , ibid. ,
Præterea militibus singulis, plus multo argenti daturum quam petere auderent, aut accepturos speraverant, neque in dando moram futuram. ( Herodiax., lib. n, p. 130 et 131.)
2. Sed spes militum fefellerat, nec implere fidem promissorum poterat. (Id., bid., p. 134.)
3. Is imbellem miserumque senem... inter fœdissimas complorationes trucidavit. (Id., ibid., p. 170. )
Nihilque dixit percussoribus, nisi : Quid ergo peccavi? Ouem interfeci? (Diox., lib. lxxiv, p. 839. )
Missi tamcn asenatu quorum cura per militem gregarium in palatio idem Julianus occisus est, fidem cæsaris implorans, hoc est Severi. (Hist. Aug., p. G3.)
ÉTUDES HISTORIQUES. l/,7
combats en Asie, fut également heureux contre Albinus, à la bataille de Lyon L Sous prétexte de punir les partisans de ce dernier, il fit mourir un grand nombre de sénateurs. Les fortunes des familles sénatoriales étoient énormes ; on ne les pouvoit atteindre avec l’impôt, mal entendu : le crime de lèse-majesté fut inventé comme une loi de finances : il entraînoit la confiscation des biens. On voit des princes en parvenant à l’empire annoncer qu’ils ne feront mourir aucun sénateur : c’étoit déclarer qu’ils ne lèveroient aucune nouvelle taxe.
Sévère étoit né à Leptis, sur la côte d’Afrique : il se trouva que le chef des Romains parloit la langue d’Annibal. Il avoit la cruauté et la foi puniques, et ne manquoit pas toutefois d’une certaine grandeur. A l’imitation de Vitellius, il cassa d’abord les gardes prétoriennes; ensuite il les rétablit et les augmenta, en les composant des plus braves soldats des légions d’Illyrie : jusque alors on n’avoit admis dans ce corps que des hommes tirés de l’Italie, de l’Espagne et de la Norique, provinces depuis longtemps réunies à l’empire. Les barbares approchoient de plus en plus du trône; nous les verrons s’élever au rang des favoris et des ministres, pour devenir empereurs.
Sévère força les sénateurs à mettre Commode au rang des dieux : « Il leur convient bien, disoit-il, d’être difficiles! valent-ils mieux que ce tyran ? » Il importoit à Sévère de ne pas laisser dégrader Commode, puisqu’il vouloit livrer le monde à Caracalla. Les empereurs cherchoient par le biais de l’association, et par les titres d’auguste et de césar, à rendre la pourpre héréditaire; mais deux corps, l’armée et le sénat, leur opposoient des obstacles : dans l’un de ces corps étoit le fait, dans l’autre le droit; et le fait et le droit, qui souvent se combattent, s’entendoient pour jouir de ce qu’ils s’étoient approprié en dépouillant le peuple romain.
Après avoir triomphé des Parthes, Sévère, sur la fin de sa vie, passa dans la Grande -Rretagne, battit les Calédoniens, et éleva pour les contenir la muraille qui porte son nom ; c’est l’époque de la fiction de Fingal.
L’empereur avoit épousé Julie Domna, née à Émèse en Syrie, femme de beauté, de grâce, d’instruction et de courage : il en eut deux fils, Caracalla et Geta , qui furent ennemis dès l’enfance. Caracalla, pressé de régner, voulut se débarrasser de son père, lorsque celui-ci étoit engagé dans la guerre de la Calédonie. Sévère, rentré dans sa tente, se couche, met une épée à côté de lui et fait appeler son fils, a Si tu veux me tuer, lui dit-il, prends cette épée, ou ordonne à Papi-
Septime-
SÉVÈRE empereur.
Yictor 1er, ZÉPHIRIN papes.
An de J.-C.