Non amant sese leones, nec enim philosopliantur
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(Ici., ibid., p. 576.)
tête ; de longs colliers pendent à son cou ; des talons d’or ornent sa chaussure de pourpre; elle rougit ses joues impudentes, afin de dissimuler sa pâleur. Ainsi parée, elle sort pour adorer des déesses inconnues et fatales à son mari. Ces adorations sont suivies d’initiations mal famées et de mystères suspects1. Elle rentre, et passe d’un bain prolongé à une table somptueuse ; elle se gorge d’aliments, elle goûte à tous les mets du bout du doigt. Un lit voluptueux l’attend; elle s’y livre à un sommeil inexplicable, si c’est un sommeil ; et quand on sort de cette couche moelleuse, il faut vite courir aux thermes voisins2. »
De cette satire Callicratidas passe à l’éloge du jeune homme : « 11 se lève avant l’aurore, se plonge dans une eau pure, étudie les maximes de la sagesse, joue de la lyre, dompte sa vigueur sur des coursiers de Thessalie, et lance le javelot; c’est Mercure , Apollon, Castor. Qui ne seroit l’ami d’un pareil jeune homme3? L’amour étoit le médiateur de l’amitié entre Oreste etPylade; ils voguoient ensemble sur le même vaisseau de la vie4 5 : il est beau de s’exciter aux actions héroïques par une triple communauté de plaisirs, de périls et de gloire. L’âme de ceux qui aiment de cet amour céleste habite les régions divines, et deux amants de cette sorte reçoivent après lu vie le prix immortel de la vertu*. » Callicratidas exprime ici l’opinion de Platon, et de Socrate, déclaré le plus sage des hommes!
Licinius juge le procès : il laisse les femmes aux hommes vulgaires, et les petits garçons aux philosophes. Théomneste rit de la prétendue pureté de l’amour philosophique, et finit par la peinture d’une séduc-
1. Etiam corona caput circumcirca ambit, lapillis indicis stellata, pretiosa autem de cervicibus monilia dépendent. Impudentes etiam gênas rùbefaciunt illitis fucis... Nempe statim e domo egressæ, sacrificia faciunt arcana et absque viris suspecta mysteria. (Luciani Amores, p. 579.)
2. Domi statim prolixa balnea ac sumptuosa quidem ac lauta mensa. Posteaquam enim nimis quam repletæ fuerint sua ipsarum gulositate, summis digitis velut inscribentes appositorum unumquodque dégustant. Et diversorum corporum somnos et muliebritate lectum refertum, ex quo surgens statim lavacro opus habet. (Ici., ibid.) Ce latin ne rend pas le texte grec.
3. Mane surgens ex lecto, postquam residentem in oculis sumnum reliquum aqua simplici abstersit. Illi apta atque sonora lyra. Thessali equi illi curæ sunt, ac breviter juventutem domant ac subjugant, in pace meditatur res bellicas, evibrando jacula... Quomodo vero non amaret ilium in palæstris quidem Mercurium, inter lyras autem Apollinem, equitatorem vero Castorem?
4. Amor Orestem et Pyladem conjunxit : atque in uno eodemque vitæ navigio simul navigarunt.
5. Etiam æther post terram excipit eos qui hæc sectantur : illi autem meliori fato morientes, virtutis præmium hoc incorruptibile consequuntur. (Ici. , ibid., p. 585. )
tion dont les nudités sont à peine supportables sous le voile de la langue grecque ou latine.
Les plus grands personnages de la Grèce et les plus hautes renommées paroissent sous le joug de ces dégradantes passions. Alexandre fit rougir ses soldats de sa familiarité avec l’eunuque Bagoas. Périclès vivoit publiquement avec la femme de son fils ' ; il défendit devant les tribunaux Cimon, accusé d’inceste avec sa sœur Elpinice, et Elpinice devint le prix de l’éloquence tarée du triomphant orateur 2. Sophocle sort d’Athènes avec un jeune garçon, qui lui dérobe son manteau; Euripide se raille de Sophocle, et lui déclare qu’il a possédé pour rien la même créature3. Sophocle lui répond en vers : « Euripide, ce fut le soleil et non un jeune garçon qui me dépouilla en me faisant éprouver sa chaleur; pour toi, c’est Borée qui t’a glacé dans les bras d’une femme adultère4. » Le sale Diogène dansoit avec l’élégante Laïs, qui se livroit à lui; et le voluptueux Aristippe, amant de Laïs, approuvoit le partage. Sur le tombeau de Dioclès , de jeunes garçons célébraient chaque année la fête des baisers : le plus lascif obtenoit la couronne5 : Dioclès avoit été un infâme. Athénée nous apprend encore le rôle que jouoient les courtisanes, et Lucien les leçons qu’elles se donnoient entre elles : Aspasie, Phrynée, Laïs, Glycère, Flora, Gnathène, Gnathénion, Manie et tant d’autres, sont devenues des personnages mêlés aux plus graves comme aux plus beaux souvenirs de l’histoire, des arts et du génie.
Un trait particulier distingue le dialogue des Courtisanes dans Lucien. L’auteur met souvent en scène une mère et une fille : c’est la mère qui corrompt la fille, qui cherche à lui enlever tout remords, toute pudeur, qui l’instruit au libertinage, au mensonge, au vol, qui lui conseille de se prostituer au plus rustre, au plus laid, au plus infâme, pourvu qu’il