Lib. iv, cap. vi
5. Exhibuit palatinis ingentes dapes extis mullorum refertas, et cerebellis phœnicopterum, et perdicum ovis, et cerebellis turdorum, et capitibus psittacorum et phasianorum et pavonum. ( Ælii Lamprid. Hist. Aug., vit. Heliogab., p. 108; Parisiis, 1620.)
6. Canes jecinoribus anserum pavit. Misit et uvas apamenas in præsepia equis suis. Et psittacis atque pliasianis leones pavit. ( Id., ibid.)
7. Comedit calcanea camelorum et cristas vivis gallinaceis demptas; linguas pavonum et lusciniarum, pisum cum aureis, lentem cum cerauniis, fabam cum electris et orizam cum albis. ( Id., ibid.)
8. Fcrtur et promisisse phœnicem conviviis, vel pro ea libras auri mille. ( Id., ibid., p. 109. )
En été il donnoit des repas dont les ornements changeoient chaque jour de couleur : sur les réchauds, les marmites, les vases d’argent du poids de cent livres, étoient ciselées des figures du dessin le plus impudique ' . De vieux sycophantes, assis auprès du maître du banquet, le caressoient en mangeant.
Les lits de table, d’argent massif, étoient parsemés de roses, de violettes, d’hyacinthes et de narcisses. Des lambris tournants lançoient des fleurs avec une telle profusion , que les convives en étoient presque étouffés 1 2 3. Le nard et des parfums précieux alimentoient les lampes de ces festins, qui comptoient quelquefois vingt-deux services. Entre chaque service on se lavoit, et l’on passoit dans les bras d’une nouvelle femme L
Jamais Élagabale ne mangeoit de poisson auprès de la mer; mais lorsqu’il en étoit très-éloigné, il faisoit distribuer à ses gens des laitances de lamproies et de loups marins. On jetoit au peuple des pierres fines avec des fruits et des fleurs ; on l’envoyoit boire aux piscines et aux bains remplis de vin de rose et d’absinthe4.
J’ai déjà touché quelque chose des impuretés et des noces d’Élagabale. Il aimoit particulièrement à représenter l’histoire de Paris : ses vêtements tomboient tout à coup; il paraissoit nu, tenant d’une main une de ses mamelles, de l’autre, se voilant comme la Vénus de Praxitèle ; il s’agenouilloit et se présentoit aux ministres de ses voluptés5. Il avoit quitté Zoticus le cocher, et s’étoit donné en mariage à Hiéroclès ; il porta la passion pour celui-ci à un tel degré d’obscénité, qu’on ne le sauroit dire ; il prétendoit célébrer ainsi les jeux sacrés de Flore6. En bon Romain, il mêloit l’immolation des victimes humaines à la débauche; il les choisissoit parmi les enfants des meilleures
1. Dcinde æstiva convivia coloribus exhibuit... Semper varie per dies omnes æstivos... Vasa centenaria argentea sculpta, et nonnulla schematibus libidinosis inquinata. (Ælii Lamprid. Hist. Aug.,vit. Heliogab., p. 107.)
2. Oppressit in tricliniis versatiiibus parasites suos violis et floribus, sic ut animam aliqui efflaverint, quum crepere ad summum non possent. ( Id ., p. 108.)
3. Idem in lucernis balsamum exhibuit. Exhibuit et aliquando taie convivium ut haberet vigenti et duo fercula ingentium epularum, sed per singula lavaret, et mulieribus uterentur ipse et amici cum iureiurando quod voluptatem efticerent. (Ici., p. 111.)
4. Ad mare piscem nunquam comedit : in longissimis a mari locis omnia marina semper exhibuit : murænarum lactibus et luporum in locis mediterraneis pavit, et rosis piscinas exhibuit, et bibit cum omnibus suis caldaria, miscuit gemmas pomis ac floribus; jecit et per fenestram cibos. (Ici., p. 109.)
5. Posterioribus eminentibus in subactorem rejectis et oppositis. (Id., p. 109.)
G. Ut eidem inguina oscularetur. (Id., ibid.)
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familles, prenant soin qu’ils eussent père et mère vivants, afin qu’il y eût plus de douleur L
Élagabale étoit vêtu de robes de soie brodées de perles. Il ne portoit jamais la même chaussure, la même bague, la même tunique2; il ne connut jamais deux fois la même femme3. Les coussins sur lesquels il se couchoit étoient enflés d’un duvet cueilli sous les ailes des perdrix4. A des chars d’or incrustés de pierres précieuses (Élagabale dédaignoit les chars d’argent et d’ivoire) il enchaînoit deux, trois et quatre belles femmes, le sein découvert, et il se faisoit traîner sur le quadrige. Quelquefois il étoit nu ainsi que son élégant attelage, et il rouloit sous des portiques semés de paillettes d’or5, comme le Soleil conduit par les Heures.
Si ces iniquités et ces folies n’appartenoient qu’à un seul homme, il n’en faudrait rien conclure des mœurs d’un peuple; mais Élagabale n’avoit fait que réunir dans sa personne ce qu’on avoit vu avant lui, depuis Auguste jusqu’à Commode. Se faut-il étonner qu’il y eût alors dans les catacombes de Rome, dans les sables de la Thébaïde, un autre peuple, qui par des austérités et des larmes appelât la création d’un autre univers? Ces cochers du cirque, ces prostituées des temples de Cybèle, qui faisoient rougir la lune 6 de leurs affreux débordements, ces poursuivants de testaments, ces empoisonneurs, ces Trimalcions, toute cette engeance de l’amphithéâtre, toute cette race jugée et condamnée devoit disparaître de la terre.
L’impureté n’étoit pas le fruit particulier de l’éducation des tyrans, un privilège de palais, une bonne grâce de cour ; elle étoit le vice dominant de la terre païenne, grecque et latine. La pudeur comme vertu , non comme instinct , est née du christianisme ; si quelque chose pouvoit excuser les anciens, c’est que, ne remontant pas plus haut que le penchant animal, ils n’avoient pas de la chasteté l’idée que nous en avons.
1. Credo ut major esset utrique parenti dolor. (Lamprid., p. 100.)
2. Calceamentum nunquam iteravit; annulos etiam negatur itérasse, pretiosas vestes sæpe conscidit. ( Ici ., p. 112.)
3. Idein mulierem numquam iteravit præter uxorem. (Id., ibid.)
4. Nec cubuit in accubitis facile, nisi iis qui pilum leporinum haberent, aut plumas perdicum, sub alares culcitras, sæpe permutans. ( Id ., p. 108.)
5. Habuit et gemmata véhicula et aurata, contempsit argentatis et eboratis et æratis. Junxit et quaternas mulieres pulcherrimas et binas ad papillam, vel ternas et amplius, et sic vectatus est : sed plerumque nudas, cum nudum illæ traherent.
Id., p. 111.) Scobe auri porticum stravit... ut fit de aurosa arena. (Id., p. 112.)
Inque vices equitant, ac, luna teste, moventur.
(Juv., Sat ., iv.)
Des savants, dans Athénée, examinent doctement quand l’amour pour les jeunes garçons commença. Les uns le font remonter à Jupiter, et les autres à Minos, qui devint amoureux de Thésée ; les autres à Laïus, qui enleva Chrysippe, fils de Pélops, son hôte. Hiéronyme, le péripatéticien , loue cet amour et fait l’éloge de la légion de Thèbes ; Agnon l’académicien rapporte que chez les Spartiates il étoit licite à la jeunesse des deux sexes de se prostituer légalement avant le mariage.
Dans le dialogue des Amours , qui n’est vraisemblablement pas de Lucien, l’auteur introduit sur la scène deux personnages, Chariclès et Callicratidas ; ils plaident dans un bois du temple de Cnide, l’un l’amour des femmes, l’autre l’amour des garçons; Lycinus et Théomneste sont juges du débat. Chariclès, attaquant son adversaire après avoir fait l’éloge des femmes, lui dit : a Ta victime souffre et pleure dans tes odieuses caresses 1 ; si l’on permet de tels désordres parmi les hommes, il faut laisser aux Lesbiennes leur stérile volupté2. »
Callicratidas prend la parole; il repousse quelques-uns des arguments de Chariclès : « Les lions n’épousent pas les lions, dis-tu ? C’est que les lions ne philosophent pas3. » Callicratidas fait ensuite une peinture satirique de la femme : le matin, au sortir du lit, la femme ressemble à un singe ; des vieilles et des servantes, rangées à la fde comme dans une procession, lui apportent les instruments et les drogues de sa toilette, un bassin d’argent, une aiguière, un miroir, des fers à friser, des fards, des pots remplis d’opiats et d’onguents pour nettoyer les dents, noircir les sourcils, teindre et parfumer les cheveux; on croiroit voir le laboratoire d’un pharmacien. Elle couvre à moitié son front sous les anneaux de sa chevelure, tandis qu’une autre partie de cette chevelure flotte sur ses épaules. Les bandelettes de sa chaussure sont si serrées qu’elles entrent dans sa chair; elle est moins vêtue qu’enfermée sous un tissu transparent, qui laisse voir ce qu’il est censé cacher. Elle attache des perles précieuses à ses oreilles, des bracelets en forme de serpent d’or à ses poignets et à ses bras ; une couronne de diamants et de pierreries des Indes repose sur sa
1. Principio quiclem dolores ac lacrymæ oboriuntur, ubi per tempus dolor aliquid remisit, nihil quicquam, ut aiunt, moleste feceris, voluptas autem ne ulla quidem. (Luciam Amores, p. 572; Lutetiæ Parisiorum, an. 1615.)
2. Congrediantur et illæ inter se mutuo. Tribadum obscœnitatis istius passim ac libéré vagetur. (Ici., ibid.)