‹ Œuvres complètes de Chateaubriand (volume 3)Chapitre 209 sur 358 · Istic Saxona cærulum videmus · texte numérisé non relu

Istic Saxona cærulum videmus

Assuetum ante salo, solum timere.

Hic tonso occipiti, scnex Sicamber,

hol

Une coutume assez générale chez tous les barbares étoit de boire la cervoise (la bière), l’eau, le lait et le vin dans le crâne des ennemis. Étoient-ils vainqueurs, ils se livraient à mille actes de férocité ; les têtes des Romains entourèrent le camp de Varus, et les centurions furent égorgés sur les autels de la divinité de la guerre1. Étoient-ils vaincus, ils tournoient leur fureur contre eux-mêmes. Les compagnons de la première ligne des Cimbres que défit Marius furent trouvés sur le champ de bataille attachés les uns aux autres; ils avoient voulu impossibilité de reculer et nécessité de mourir. Leurs femmes s’armèrent d’épées et de haches; hurlant, grinçant des dents de rage et de douleur, elles frappoient et Cimbres et Romains , les premiers comme des lâches, les seconds comme des ennemis; au fort de la mêlée, elles saisissoient avec leurs mains nues les épées tranchantes des légionnaires, leur arrachoient leurs boucliers, et se faisoient massacrer. Sanglantes, échevelées, vêtues de noir, on les vit, montées sur les chariots, tuer leurs maris, leurs frères, leurs pères, leurs fils, étouffer leurs nouveau-nés, les jeter sous les pieds des chevaux et se poignarder. Une d’entre elles se pendit au bout du timon de son chariot, après avoir attaché par la gorge deux de ses enfants à chacun de ses pieds. Faute d’arbres pour se procurer le même supplice, le Cimbre vaincu sepassoit au cou un lacs coulant, nouoit le bout de la corde de ce lacs aux jambes ou aux cornes de ses bœufs : ce laboureur d’une espèce nouvelle, pressant l’attelage avec l’aiguillon, ouvrait sa tombe 2.

On retrouvoit ces mœurs terribles parmi les barbares du ve siècle. Leur cri de guerre faisoit palpiter le cœur du plus intrépide Romain : les Germains poussoient ce cri sur le bord de leurs boucliers appliqués contre leurs bouches3. Le bruit de la corne des Goths étoit célèbre; j’en ai parlé.

Postquam victus est, elicit retrorsum Gervicem ad veterem novos capillos :

Hic glaucis Herulus genis vagatur,

Imos Oceani colens recessus,

Algoso prope concolor profundo.

Hic Burgundio septipes fréquenter Flexo poplité supplicat quietem.

( Apollin., lib. vin, epist. ix.)

1. Medio campi albentia ossa, ut fugerant, ut restiterant, disjecta vel aggerata. Adjacebant fragmina telorum equorumque artus, simul truncis arborum antefixa ora; lucis propinquis barbaræ aræ, apud quas tribunos ac primorum ordinum centuriones mactaverant et cladis ejus superstites, pugnam aut vincula elapsi, referebant hic cecidisse legatos, illic raptas aquilas. (Tacit., Ann., 1, 61.)

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