Célébrant carminibus antiquis Tuistonem deum
8. Sunt illis hæc quoque carmina quorum relatu, quem Barditum vocant, accen- •dunt animos futuræque pugnæ fortunam ipso cantu augurantur. (Tacit., De Mon. Germ., iii.)
Chez les Gaulois, les bardes étoient chargés de transmettre le souvenir des choses dignes de louanges U
Jornandès raconte qu’à l’époque où il écrivoit on entendoit encore les Goths répéter les vers consacrés à leur législateur1 2. Au banquet royal d’Attila , deux Gépides célébrèrent les exploits des anciens guerriers : ces chansons de la gloire attablée animoient d’un attendrissement martial le visage des convives. Les cavaliers qui exécutoient autour du cercueil du héros tartare une espèce de tournoi funèbre chantoient : « C’est ici Attila, roi des Huns, engendré par son père Mundzuch. Vainqueur des plus hères nations, il réunit sous sa puissance la Scythie et la Germanie, ce que nul n’avoit fait avant lui. L’une et l’autre capitale de l’empire romain chanceloient à son nom : apaisé par leur soumission , il se contenta de les rendre tributaires. Attila, aimé jusqu’au bout du destin, a fini ses jours, non par le fer de l’ennemi, non par la trahison domestique, mais sans douleur, au milieu de la joie. Est-il une plus douce mort que celle qui n’appelle aucune vengeance 3? »
Un manuscrit originaire de l’abbaye de Fulde, maintenant à Cassel 4, a par hasard sauvé de la destruction le fragment d’un poëme teutonique qui réunit les noms d’Hildebrand , de Théodoric , d’Hermanric , d’Odoacre et d’Attila. Hildebrand, que son fils ne veut pas reconnoître, s’écrie : « Quelle destinée est la mienne! j’ai erré hors de mon pays soixante hivers et soixante étés , et maintenant il faut que mon propre enfant m’étende mort avec sa hache, ou que je sois son meurtrier! »
L’Edda (l’aïeule), recueil de la mythologie Scandinave, les Sagha ou les traditions historiques des mêmes pays, les chants des scaldes rappelés par Saxon le Grammairien, ou conservés par Olaüs Wormius, dans sa Littérature runique , offrent une multitude d’exemples de ces poésies. J’ai donné ailleurs une imitation du poëme lyrique de Lodbrog , guerrier scalde et pirate. « Nous avons combattu avec l’épée . Les aigles et les oiseaux aux pieds
1. Bardi, qui de laudationibus rebusque poeticis student. (Strab., lib. vi.)