Imos Oceani colens recessus. {Id., lib. vin, epist. ix
7. Cœlestis manus ad punienda Hispanorum flagitia, etiam ad vastandam Africain, transire cogebat. Ipsi denique fatebantur non suum esse quod facerent, agi enim se pivino jussu ac perurgeri. (Salvian., De Gubernat. Dei, lib. vu, p. 250.)
Dans une de ses expéditions maritimes, tout étoit prêt, lui-même embarqué : où alloit-il? il ne le savoit pas. « Maître, lui dit le pilote, à quels peuples veux-tu porter la guerre? — A ceux-là, répond le vieux Vandale, contre qui Dieu est irrité U »
Alaric marchoit vers Rome : un ermite barre le chemin au conquérant; il l’avertit1 2 que le ciel venge les malheurs de la terre : « Je ne puis m’arrêter, dit Alaric, quelqu’un me presse et me pousse à saccager Rome. » Trois fois il ^assiège la ville éternelle avant de s’en emparer : Jean et Brazilius, qu’on lui députe lors du premier siège pour l’engager à se retirer , lui représentent que s’il persiste dans son entreprise, il lui faudra combattre une multitude au désespoir, a L’herbe serrée, repart Rabatteur d’hommes, se fauche mieux. » Néanmoins il se laisse fléchir et se contente d’exiger des suppliants tout l’or, tout l’argent, tous les ameublements de prix, tous les esclaves d’origine barbare : « Roi, s’écrient les envoyés du sénat, que resterat-il donc aux Romains? — La vie3 4. »
Je vous ai déjà dit ailleurs qu’on dépouilla les images des dieux et que Ton fondit les statues d’or du Courage et de la Vertu. Alaric reçut cinq milles livres pesant d’or, trente mille pesant d’argent, quatre mille tuniques de soie, trois mille peaux teintes en écarlate, et trois mille livres de poivre \ C’étoit avec du fer que Camille avoit racheté des Gaulois les anciens Romains.
Ataulphe, successeur d’ Alaric, disoit : « J’ai eu la passion d’effacer le nom romain de la terre et de substituer à l’empire des césars l’empire des Goths, sous le nom de Gothie. L’expérience m’ayant démontré l’impossibilité où sont mes compatriotes de supporter le joug des lois,
1. Cum e Carthaginis portu velis passis soluturus esset, interrogatus a naaclero quo tendere populabundus vellet, respondisse : Quo Deus impulerit. (Zosim., De Bello Vandalico, lib. i, p. 188.)
Narrant cum e Carthaginis portu solvens a nauta interrogaretur quo bellum inferre vellet respondisse : In eos quibus iratus est Deus. (Procop., Hist. Vand., lib. r.)
2. Probus, aliquis monachus ex bis qui in Italia erant, Romam festinanti Alarico consuluisse ut urbi parceret., nec se tantorum malorum auctore constitueret. Alaricus respondisse dicitur se non volentem hoc tentare, sed esse quemdam qui se obtundendo urgeat ac præcipiat ut Romam evertat. (Sozom,, lib. ix, cap. vi, p. 481.)
3. Aiebat enim non aliter se finem obsidionis facturum nisi aurum omne quod in urbe foret et argentum accepisset, præterea quidquid supellectilis in urbe reperiret ; item que mancipia barbara. Huic cum dixisset alter legatorum si quidem hæc abstulisset quid eis tandem relinqueret in urbe qui essent : Animas, respondit. {Id.3 ibid.)
4. Quinquies mille libras auri, et præter bas tricies mille libras argent!, quater mille tunicas sericas, et «ter mille pelLes coccineas, et piperis pondus quod ter mille libras æquaret. (Id., ibid., p. 107.)
hoh
j’ai changé de résolution ; alors , j’ai voulu devenir le restaurateur de l’empire romain , au lieu d’en être le destructeur. » C’est un prêtre nommé Jérôme qui raconte en 416, dans sa grotte de Bethléem, à un prêtre nommé Orose, cette nouvelle du monde * : autre ^ merveille.
Une biche ouvre le chemin aux Huns à travers les Palus-Méotides, et disparoît2. La génisse d’un pâtre se blesse au pied dans un pâturage ; ce pâtre découvre une épée cachée sous l’herbe; il la porte au prince tartare : Attila saisit le glaive, et sur cette épée, qu’il appelle l’épée de Mars3, il jure ses droits à la domination du monde. Il disoit : « L’étoile tombe, la terre tremble; je suis le marteau de l’univers. » Il mit luimême parmi ses titres le nom de Fléau de Dieu , que lui donnoit la terre4.
C’étoit cet homme que la vanité des Romains traitoit de général au service de l’ empire; le tribut qu’ils lui payoient étoit à leurs yeux ses appointements : ils en usoientde même avec les chefs des Goths et des Burgondes. Le Hun disoit à ce propos : a Les généraux des empereurs sont des valets, les généraux d’Attila des empereurs5. »
Il vit à Milan un tableau où des Goths et des Huns étoient repré-
1. Nam ego quoque ipse virum quemdam Narbonensem, illustris sub Theodosio militiæ, etiam religiosum prudentemque et gravem, apud Betbleem, oppidum Palestinæ, beatissimo Hieronymo presbytero referente, audivi se familiarissimum Ataulpho apud Narbonam fuisse , ac de eo sæpe sub testificatione didicisse quod ille, quum esset animo, viribus ingenioque nimius, referre solitus esset se in primis ardenter i alliasse ut obliterato romano nomine romanum omne solum Gotborum imperium et faceret et vocaret, essetque, ut vulgariter loquar, Gothia quod Romania fuisset... At ubi multa experientia probavisset neque Gotbos ullo modo parère legibus posse, propter effrenatam barbariem, neque reipublicæ interdici leges oportere, elegisse se saltem ut gloriam sibi et restituendo in integrum augendoque romano nomine, Gotborum viribus, quæreret, habereturque apud posteros Romanæ restitutionis auctor, postquam esse non poterat immutator. (Oros., lib. vii.)
2. Mox quoque ut Scythica terra ignotis apparuit, cerva disparuit. (Jornand., De Reb. Get., cap. xxiv.)
3. Quum pastor quidam gregis unam buculam conspiceret claudicantem, nec causam tanti vulneris inveniret, sollicitus vestigia cruoris insequitur; tandemque venit ad gladium, quem depascens lierbas bucula incaute calcaverat, effossumque protinus ad Attilam defert. Quo ille munere gratulatus, ut erat magnanimus, arbitratur se totius mundi principem constitutum, et per Martis gladium potestatem sibi concessam esse bellorum. (PRisc.,«p. Jornand., cap. xxxv.)
4. Stella cadit ; tellus frémit; en ego malleus orbis. Seque, juxta eremitæ dictum, Ftagellum Dei jussit appellari. ( Rerum Hungararum Scriptores varii- Francofurti, 1GG0.)
5. Jam tum enim cum irascebatur dicebat exercituum duces suos esse servos : qui quidem Attilæ, non tamen imperatoribus romanis, erant honore et dignitate pares. (Ex Prise, rhet. Gothic. Hist. Excerpt., p. 4G.)
sentes prosternés devant des empereurs ; il commanda de le peindre , lui Attila, assis sur un trône, et les empereurs portant sur leurs épaules des sacs d’or qu’ils répandoient a ses pieds \
« Croyez-vous, demandoit-il aux ambassadeurs de Théodose II, qu’il puisse exister une forteresse ou une ville, s’il me plaît de la faire disparoître du sol1 2? »
Après avoir tué son frère Bléda , il envoya deux Goths, l’un à Théodose, l’autre à Valentinien, porter ce message : « Attila, mon maître et le vôtre, vous ordonne de lui préparer un palais3. »
« L’herbe ne croît plus, disoit encore cet exterminateur, partout où le cheval d’Attila a passé. »
L’instinct d’une vie mystérieuse poursuivoit jusque dans la mort ces mandataires de la Providence. Alaric ne survécut que peu de temps à son triomphe : les Goths détournèrent les eaux du Busentum , près Cozence ; ils creusèrent une fosse au milieu de son lit desséché ; ils y déposèrent le corps de leur chef avec une grande quantité d’argent et d’étoffes précieuses ; puis ils remirent le Busentum dans son lit, et un courant rapide passa sur le tombeau d’un conquérant4. Les esclaves employés à cet ouvrage furent égorgés, afin qu’aucun témoin ne pût dire où reposoit celui qui avoit pris Rome, comme si l’on eût craint que ses cendres ne fussent recherchées pour cette gloire ou pour ce crime.
Attila, expiré sur le sein d’une femme, est d’abord exposé dans son camp entre deux longs rangs de tentes de soie. Les Huns s’arrachent les cheveux et se découpent les joues pour pleurer Attila, non avec des larmes de femme, mais avec du sang d’homme 5. Des cavaliers tournent autour du catafalque en chantant les louanges du héros. Cette
1 . Cum autem in pictura vidisset Romanorum quidem reges in aureis thronis sedentes, Scythas vero cæsos et ante pedes ipsorum jacentes, pictorem accersitum jussit se pingere sedentem in solio, Romanorum vero reges ferentes saccos in humeris, et ante ipsius pedes aurum effundentes. (Suid., in voc. MecùoÀavov, p. 517.)
2. Quæ enim urbs, quæ arx, qua late patet Romanorum imperium, salva et incolumis evadere potuit quam evertere aut diruere apud se constitutum habuerit. { Excerpta ex Historia Gothica Prisci rhetoris de Legationibus , in corpore Historiœ Byzant., p. 53.)
3. Imperat tibi per me dominus meus et dominus tuus Attila, uti sibi palatium seu regiam Romæ egregie adornes. ( Chronicon Alexandrinum, p. 734.)
4. Hujus ergo in medio alveo, collecto captivorum agmine, sepulturæ locum ef£pdiunt. In cujus fodiæ gremio Alaricum multis opibus obruunt , rursusque aquas in suum alveum rcducentes, ne a quoquam quandoque locus cognosceretur, fossores omnes interemerunt. (Jornaxd., De Reb. Get., cap. xxx.)
5. Ut præliator eximius non femineis lamentationibus et lacrymis, sed sanguine lugeretur virili. ( Id.} cap. xlix.)
cérémonie achevée, on dresse une table sur le tombeau préparé, et les assistants s’asseyent à un festin mêlé de joie et de douleur. Après le festin, le cadavre est confié à la terre dans le secret de la nuit; il étoit enfermé en un triple cercueil d’or, d’argent et de fer. On met avec le cercueil des armes enlevées aux ennemis, des carquois enrichis de pierreries, des ornements militaires et des drapeaux. Pour dérober à jamais aux hommes la connoissance de ces richesses, les ensevelisseurs sont jetés avec l’enseveli1 2.
Au rapport de Priscus, la nuit même où le Tartare mourut, l’empereur Marcien vit en songe, à Constantinople, l’arc rompu d’Attila - . Ce même Attila, après sa défaite par Aétius, avoit formé le projet de se brûler vivant sur un bûcher composé des selles et des harnois de ses chevaux, pour que personne ne se pût vanter d’avoir pris ou tué le maître de tant de victoires3; il eût disparu dans les flammes comme Alaric dans un torrent : images de la grandeur et des ruines dont ils avoient rempli leur vie et couvert la terre.
Les fils d’Attila, qui formoienf à eux seuls un peuple4 5, se divisèrent. Les nations que cet homme avoit réunies sous son glaive se donnèrent rendez-vous dans la Pannonie, au bord du fleuve Netad , pour s’affranchir et se déchirer. Une multitude de soldats sans chef3, le Goth frappant de l’épée, le Gépide balançant le javelot, le Hun jetant la flèche,
1. Nam de tota gente Hunnorum electissimi équités in eo loco quo erat positus, in modum circensicum cursibus ambientes, facta ejus cantu funereo tali ordine referebant... Postquam talibus lamentis est defletus, stravam super tumulum ejus, quam appellant ipsi, ingenti comessatione concélébrant, et contraria invicem sibi copulantes, luctum funereum mixto gaudio explicabant, noctuque secreto cadaver est terra reconditum. Gujus fercula primum auro, secundo argento, tertio ferri rigore communiunt... Addunt arma hostium cædibus acquisita, plialeras vario gemmarum fulgore pretiosas, et diversi generis insignia quibus colitur aûlictmi decus. Et ût tôt et tantis divitiis humana curiositas arceretur, operi députâtes detestabili mercede trucidarunt, emersitque momentanea mors sepelientibus cum sepulto. (Jornand., De Reb. Get ., cap. xlix.)
2. Arcum Attilæ in eadem nocte fractum ostenderet. (Prisc., in Jornand cap. xl.)
3. Equinis sellis construxisse pyram, seseque, si adversarii irrumperent, flammis injicere voluisse; ne aut aliquis ejus vulnere lætaretur, aut in potestatem hostium tantorum hostium gentium dominus perveniret... Multarum victoriarum dominus. (Jornand., De Reb. Get., cap. xl-xliii.)
4. Filii Attilæ, quorum per licentiam libidinis pene populus fuit. (Id., cap. l.)
5. Committitur in Pannonia juxta flumen cui nomen est Netad. Illic concursus factus est gentium variarum, quas in sua Attila tenuerat ditione. Dividuntur régna cum populis, fiuntque ex uno corpore membra diversa, nec quæ unius passioni compaterentur, sed quæ exciso capite. invicem insanirent; quæ nunquam contra se pares invenerant, nisi ipsi mutuis se vulneribus sauciantes, se ipsos discerperent fortissimæ nationes. (Id.} ibid.)
le Suève à pied, l’Alain et THérule, lTm pesamment, l’autre légèrement armés1, se massacrèrent à l’envi : trente mille Huns restèrent sur la place, sans compter leurs alliés et leurs ennemis. Ellac, fils chéri d’Attila, fut tué de la main d’Aric, chef des Gépides. L’héritage du monde qu’avoit laissé le roi des Huns n’avoit rien de réel ; ce n’étoit qu’une sorte de fiction ou d’enchantement produit par son épée : le talisman de la gloire brisé , tout s’évanouit. Les peuples passèrent avec le tourbillon qui les avoit apportés. Le règne d’Attila ne fut qu’une invasion.
L’imagination populaire, fortement ébranlée par des scènes répétées de carnage, avoit inventé une histoire qui semble être l’allégorie de toutes ces fureurs et de toutes ces exterminations. Dans un fragment de Damascius, on lit qu’Attila livra une bataille aux Romains, aux portes de Rome : tout périt des deux côtés , excepté les généraux et quelques soldats. Quand les corps furent tombés , les âmes restèrent debout , et continuèrent l’action pendant trois jours et trois nuits : ces guerriers ne combattirent pas avec moins d’ardeur morts que vivants 2.
Mais si d’un côté les barbares étoient poussés à détruire, d’un autre ils étoient retenus : le monde ancien, qui touchoit à sa perte, ne devoit pas entièrement disparoître dans la partie où commençoit la société nouvelle. Quand Alaric eut pris la ville éternelle , il assigna l’église de Saint-Paul et celle de Saint-Pierre pour retraite à ceux qui s’y voudroient renfermer. Sur quoi saint Augustin fait cette belle remarque : Que si le fondateur de Rome avoit ouvert dans sa ville naissante un asile, le Christ y en établit un autre plus glorieux que celui de Romulus3.
Dans les horreurs d’une cité mise à sac , dans une capitale tombée» pour la première fois et pour jamais du rang de dominatrice et de maîtresse de la terre, on vit des soldats (et quels soldats!) protéger
1. Pugnantem Gothum ense furentem, Gepiclam in vulnere suorum cuncta tela frangentem, Suevum pede, Hunnum sagitta præsumere, Alanum gravi, Herulum levi armatura aciem instruere. (Jornand., cap. l.)
2. Commissa pugna contra Scythas ante conspcctum urbis Romæ, tanta utrinque facta est cædes yt nemo pugnantium ab utraque parte servaretur, præter quam duces paucique satellites eorum : cum cecidissent pugnantes, corpore defatigati, animo adhucerecti, pugnabant très intégras noctes et dies, nihil viventibus pugnando inferiores, neque manibus neque animo. (Phot., Bibl., p. 1039.)
3. Romulus et Remus asylum constituisse perhibentur quærentes creandæ multitudinem civitatis : mirandum in honorem Christi præcessit exemplum. Hoc constituerunt eversores urbis quod instituerant antea conditores. (Aug., Civ., lib. i, cap. xxxiv, p. 22 ; Basileæ. )
la translation des trésors de l’autel . Les vases sacrés étoient portés un à un et à découvert ; des deux côtés marchoient des Goths l’épée à la main ; les Romains et les barbares chantoient ensemble des hymnes à la louange du Christ1.
Ce qui fut épargné par Marie n’auroit point échappé à la main d’Attila : il marchoit à Rome; saint Léon vient au-devant de lui: le fléau de Dieu est arrêté par le prêtre de Dieu 2, et le prodige des arts a fait vivre le miracle de l’histoire dans le nouveau Capitole, qui tombe à son tour.
Devenus chrétiens, les barbares mêloient à leur rudesse les austérités de l’anachorète : Théodoric, avant d’attaquer le camp de Litorius, passa la nuit vêtu d’une haire3, et ne la quitta que pour reprendre le sayon de peau.
Si les Romains l’emportoient sur leurs vainqueurs par la civilisation, ceux-ci leur étoient supérieurs en vertus. « Lorsque nous voulons insulter un ennemi, dit Luitprand, nous l’appelons Romain : ce nom signifie bassesse , lâcheté , avarice, débauche, mensonge; il renferme seul tous les vices4. » Les barbares rejetoient l’étude des lettres, disant : « L’enfant qui tremble sous la verge ne pourra regarder une épée sans trembler3. » Dans la loi salique le meurtre d’un Frank est estimé deux cents sous d’or; celui d’un Romain propriétaire, cent sous, la moitié d’un homme6.
Dignités, âge, profession, religion, n’arrêtèrent point les fureurs de la débauche ; au milieu des provinces en flamme , on ne se pouvoit arracher aux jeux du cirque et du théâtre : Rome est saccagée, et les Romains fugitifs viennent étaler leur dépravation aux yeux de Carthage,
t. Super capita elata palam aurea atque argentea vasa portantur, exsertis undique ad defensionem gladiis pia pompa munitur. Hymnus Deo, Romanis barbarisque concinentibus, canit.ur. — Personatlate in excidio urbis salutis tuba... (Onos., Historiar. lib. vu, cap. xxxix, p. 574; Lugduni Batavorum, 1767. )
2. Occurrente sibi (Attila) extra portas sancto Leone episcopo, cujus supplicatio ita eum Deo agente lenivit, ut cum omnia in potestate ipsius essent, tradita sibi * civitate, ab igné tamen et cæde atque suppliciis abstineret. (Prosp., Chronic.)
3. Indutus cilicio pernoctavit. (SÂlvian., De Gubern. Dei} p. 105.)
4. Vocamus Romanum, hoc solo, id est quidquid luxuriæ, quidquid mendacii, imo quidquid vitiorum est comprehendentes. (Luitprand., légat, apud. Murat., Scriptor. Ita/., vol. II, part, i, p. 481.)
5. Eos nunquam bastam aut gladium despecturos mente intrepida, si scuticam tremuissent. (Procop., De Dell. Gothico , lib. i, p. 312.)
6. Si quis ingenuus Francum, aut hominem barbarum, occiderit, qui lege salica vivit, mii denariiis qui faciunt solidos cc, culpabilis judicetur. (Tit. xliii, art. i.) Si romanus homo possessor occisus fuerit, iv denariis qui faciunt solidos c, culpabilis judicetur. (Tit. xliii, art. vu.)
encore romaine pour quelques jours1. Quatre fois Trêves est envahie, et le reste de ses citoyens s’assied, au milieu du sang et des ruines, sur les gradins déserts de son amphithéâtre.
a Fugitifs de la ville de Trêves, s’écrie Salvien , vous vous adressez aux empereurs afin d’obtenir la permission de rouvrir le théâtre et le cirque ; mais où est la ville , où est le peuple pour qui vous présentez cette requête2? »
Cologne succombe au moment d’une orgie générale ; les principaux citoyens n’étoient pas en état de sortir de table, lorsque l’ennemi, maître des remparts, se précipitoit dans la ville 3.
Presque toutes les maisons de Carthage étoient des maisons de prostitution : des hommes erroient dans les rues, couronnés de fleurs, répandant au loin l’odeur des parfums, habillés comme des femmes, la tête voilée comme elles, et vendant aux passants leurs abominables faveurs4. Genseric arrive : au dehors le fracas des armes, au dedans le bruit des jeux; la voix des mourants, la voix d’une populace ivre, se confondent; à peine le cri des victimes de la guerre se peut-il distinguer des acclamations de la foule au cirque.5.
Souvenez-vous, pour ne pas perdre de vue le train du monde, qu’à cette époque Rutilius mettoit en vers son voyage de Rome en Étrurie, comme Horace, aux beaux jours d’Auguste, son voyage de Rome à Brindes; que Sidoine Apollinaire chantoit ses délicieux jardins, dans l’Auvergne envahie par les Visigoths; que les disciples d’Hypatia ne respiroient que pour elle, dans les douces relations de la science et
1. Quæ (pestilentia dæmonum ) animos miserorum adeo obcæcavit tenebris, tanta deformitate fœdavit, ut etiam modo, romana urbe vastata, fugientes Garthaginem venire potuerunt, in theatris quotidie certatim pro histrionibus delirarent... Vos nec contriti ab hoste luxuriam repressistis : perdidistis utilitatem calamitatis et miserrimi facti estis, et pessimi permansistis. (Aug., De Civ. Dei, lib. i, cap. xxxii.)
2. Theatra igitur quæritis, circum a princ.ipibus postulatis : quæso cui statui, cui populo, cui civitati? (Salvian., De Gubern. Dei , lib. vi, p. 217.)
3. Ad gressum nutabundi (p. 213). Barbaris pene in conspectu omnium sitis, nullus metus erat hominum, non custodia civitatum. (Salv., De Gubern. Dei, lib. vi, p. 214.)
4. Adeo omnia pene compita, omnes vias, quasi foveæ libidinum... Fœtebant, ut ita dixerim, cuncti urbis illius cives cœno libidinis spurcum, sibimetipsis mutuo impudicitiæ nidorem inhalantes (p. 260).
Indicia sibi quædam monstruosæ impuritatis innectebant ut femineis tegminum illigamentis capita velarent, atque publiée in civitate (p. 266). Latrono quodam modo excubias videret (p. 269). ( Id ., ibid., lib. vii.)
5. Fragor, ut ita dixerim, extra muros et intra muros, præliorum et ludicrorum confundebantur, vox morientium voxque bacchantium : ac vix discerni forsitan poterat plebis ejulatio quæ cadebat in bello, et sonus populi qui clamabat in circo. (Id., ibid., lib. vi, p. 210.)
de l’amour; que Damascius, à Athènes, attachoit plus d’importance à quelque rêverie philosophique qu’au bouleversement de la terre; qu’Orose et saint Augustin étoientplus occupés du schisme de Pelage que de la désolation de l’Afrique et des Gaules; que les eunuques du palais se disputoient des places qu’ils ne dévoient posséder qu’une heure ; qu'enfîn il y avoit des historiens qui fouilloient comme moi les archives du passé au milieu des ruines du présent, qui écrivoient les annales des anciennes révolutions au bruit des révolutions nouvelles, eux et moi prenant pour table, dans l’édifice croulant, la pierre tombée à nos pieds, en attendant celle qui devoit écraser nos têtes.
On ne se peut faire aujourd’hui qu’une foible idée du spectacle que présentoit le monde romain après les incursions des barbares : le tiers (peut-être la moitié) de la population de l’Europe et d’une partie de l’Afrique et de l’Asie fut moissonné par la guerre, la peste et la famine.
La réunion de tribus germaniques pendant le règne de Marc-Aurèle laissa sur les bords du Danube des traces bientôt effacées; mais lorsque les Goths parurent au temps de Philippe et de Dèce , la désolation s’étendit et dura. Valérien et Gallien occupoient la pourpre quand les Franks et les Allamans ravagèrent les Gaules et passèrent jusqu’en Espagne.
Dans leur première expédition navale, les Goths saccagèrent le Pont ; dans la seconde ils retombèrent sur l’Asie Mineure ; dans la troisième la Grèce fut mise en cendres. Ces invasions amenèrent une famine et une peste qui dura quinze ans; cette peste parcourut toutes les provinces et toutes les villes : cinq mille personnes mouroient dans un seul jour '. On reconnut par le registre des citoyens qui recevoient une rétribution de blé à Alexandrie que cette cité avoit perdu la moitié de ses habitants2.
Une invasion de trois cent vingt mille Goths, sous le règne de Claude , couvrit la Grèce ; en Italie, du temps de Probus, d’autres barbares multiplièrent les mêmes malheurs. Quand Julien passa en Gaule, quarante-cinq cités vênoient d’être détruites par les Allamans : les habitants avoient abandonné les villes ouvertes et ne cultivoient plus que les terres encloses dans les murs des villes fortifiées. L’an h 12, les barbares parcoururent les dix-sept provinces des Gaules, chassant
. 1. Nam et pestilentia tanta existebat vel Romæ, vel in Achaicis nrbibus, ut uno die quinque millia hominum pari inorbo périrent. (Hist. Aug.} p. 177.)
' 2. Quærunt etiam quamobrem civitas ista maxima non amplius tantam liabitatorum multitudinem ferat, quantam senum... quorum nomina in tabulas publicas pro divisione frumenti factitatas. (Elseb., Hist. eccles., lib. vii, cap. xxi.)
devant eux, comme un troupeau, sénateurs et matrones, maîtres et esclaves, hommes et femmes , filles et garçons. Un captif qui cheminoit à pied au milieu des chariots et des armes n’avoit d’autre consolation que d’être auprès de son évêque, comme lui prisonnier : poète et chrétien, ce captif prenoit pour sujet de ses chants les malheurs dont il étoit témoin et victime. « Quand l’Océan auroit inondé les Gaules, il n’y auroit point fait de si horribles dégâts que cette guerre. Si l’on nous a pris nos bestiaux, nos fruits et nos grains, si Ton a détruit nos vignes et nos oliviers, si nos maisons à la campagne ont été ruinées par le feu ou par l’eau, et si, ce qui est encore plus triste à voir, le peu qui en reste demeure désert et abandonné, tout cela n’est que la moindre partie de nos maux. Mais, hélas! depuis dix ans les Goths et les Vandales font de nous une horrible boucherie. Les châteaux bâtis sur les rochers, les bourgades situées sur les plus hautes montagnes, les villes environnées de rivières, n’ont pu garantir les habitants de la fureur de ces barbares, et Ton a été partout exposé aux dernières extrémités. Si je ne puis me plaindre du carnage que Ton a fait sans discernement, soit de tant de peuples, soit de tant de personnes considérables par leur rang, qui peuvent n’avoir reçu que la juste punition des crimes qu’ils avoient commis, ne puis-je au moins demander ce qu’ont fait tant de jeunes enfants enveloppés dans le même carnage, eux dont l’âge étoit incapable de pécher? Pourquoi Dieu a-t-il laissé consumer ses temples’? »
L’invasion d’Attila couronna ces destructions ; il n’y eut que deux villes de sauvées au nord de la Loire, Troyes et Paris. A Metz, les Huns égorgèrent tout, jusqu’aux enfants, que l’évêque s’étoit hâté de baptiser; la ville fut livrée aux flammes : longtemps après on ne reconnoissoit la place où elle avoit été qu’à un oratoire échappé seul à l’incendie1 2. Salvien avoit vu des cités remplies de corps morts; des chiens et des oiseaux de proie, gorgés de la viande infecte des cadavres, étaient les seuls êtres vivants dans ces charniers3.
Les Thuringes qui servoient dans l’armée d’Attila exercèrent, en se retirant à travers le pays des Franks, des cruautés inouïes, que Théo-