‹ Œuvres complètes de Chateaubriand (volume 3)Chapitre 229 sur 358 · Act. S. Sever. 3. S. Bernard. Vit · texte numérisé non relu

Act. S. Sever. 3. S. Bernard. Vit

4. Si autem quis migraverit in villam alienam, et ei aliquid infra duodecim menses secundum legem contestatum non fuerit, securus ibidem consistât sicut et alii

vicini. ( Art. iv.)

natale de Constantin n’étoit plus qu’un monceau informe de pierres ; quelques malades languissoient dans les décombres des églises, et la campagne à l’entour étoit, jonchée de squelettes1. « Les cités furent dévastées, les hommes égorgés, dit saint Jérôme; les quadrupèdes, les oiseaux et les poissons mêmes disparurent; le sol se couvrit de ronces et d’épaisses forêts2. »

L’Espagne eut sa part de ces calamités. Du temps cl’Orose, Taragone et Lerida étoient dans l’état de désolation où les avoient laissées les Suèves et les Franks ; on apercevoit quelques huttes plantées dans l’enceinte des métropoles renversées. Les Vandales et les Goths glanèrent ces ruines ; la famine et la peste achevèrent la destruction. Dans les campagnes, les bêtes, alléchées parles cadavres gisants, seruoient sur les hommes qui respiroient encore ; dans les villes, les populations entassées, après s’être nourries d’excréments, se dévoroient entre elles ; une femme avoit quatre enfants; elle les tua et les mangea tous3 4.

Les Pietés, les Calédoniens, ensuite les Anglo-Saxons exterminèrent les Bretons, sauf les familles qui se réfugièrent dans le pays de Galles ou dans l’Armorique. Les insulaires adressèrent à Aetius une lettre ainsi suscrite : « Le gémissement de la Bretagne à Aetius, trois fois consul. » Ils disoient : « Les barbares nous chassent vers la mer, et la mer nous repousse vers les barbares; il ne nous reste que le genre de mort à choisir, le glaive ou les flots \ »

Gildas achève le tableau : « D’une mer à l’autre, la main sacrilège des barbares venus de l’Orient promena l’incendie : ce ne fut qu’après avoir brûlé les villes et les champs sur presque toute la surface de

1. Venimus Naissum, quæ ab hostibus fuerat eversa et solo æquata : itaque eam desertam hominibus ostendimus , præter quam quod in ruinis sacrarum ædium erant quidam ægroti. Onmia enim circa ripam erant plena ossibus eorum qu bello ceciderant. ( Excerpta e Legationibus ex Hist. Goth. Prisci rhetoris, in coup. Byz. Histo.r ., p. 59; Parisiis, e typographia regia, 1660.)

2. Vastatis urbibus, hominibusque interfectis, solitudinem et raritatem bestiarum quoque fieri, et volatilium pisciumque... crescentes vepres et condensa sylvarum cuncta perierunt. (Hier, ad Sophon .)

3. Famés dira grassatur, adeo ut humanæ carnes ab liumano genere vi famis fuerunt devoratæ, matres quoque necatis vel coctis per se natorum suorum sint pastæ corporibus.

Bestiæ occisorum gladio, famé, pestilentia, cadaveribus adsuetæ, quousque hominum fortiores interimunt. (Idatii episcop. Chronicon , p. il; Lutetiæ Parisiorum, 1619.)

4. « Aetio ter consul i gemitus Britannorum. » — Et in processu epistolæ ita calamitates suas explicant : Repellunt barbari ad mare, mare ad barbaros. Inter hæc oriuntur duo généra funerum, aut jugulamur aut mergimur. (Bedæ presbyt. Hist. eccles. gentis Anglorum , cap. xm ; Coloniæ, anno 1612.)

Tîle, et l’avoir balayée comme d’une langue rouge jusqu’à l’Océan occidental, que la flamme s’arrêta. Toutes les colonnes croulèrent au choc du bélier ; tous les habitants des campagnes avec les gardiens des temples, les prêtres et le peuple périrent par le fer ou par le feu. Une tour vénérable à voir s’élève au milieu des places publiques ; elle tombe : les fragments de mur, les pierres, les sacrés autels, les tronçons de cadavres pétris et mêlés avec du sang, ressembloient à du marc écrasé sous un horrible pressoir.

« Quelques malheureux échappés à ces désastres étoient atteints et égorgés dans les montagnes; d’autres, poussés par la faim, revenoient et se livraient à l’ennemi pour subir une éternelle servitude, ce qui passoit pour une grâce signalée; d’autres gagnoient' les contrées d’outre -mer, et pendant la traversée chantoient avec de grands gémissements, sous les voiles : Tu nous as, ô Dieu! livrés comme des brebis pour un festin; tu nous as dispersés parmi les nations1.))

La misère de la Grande-Bretagne est peinte tout entière dans une des lois galliques; cette loi déclare qu’aucune compensation ne sera reçue pour le larcin du lait d’une jument, d’une chienne ou d’une chatte2.

L’Afrique dans ses terres fécondes fut écorchée par les Vandales, comme elle l’est dans ses sables stériles par le soleil3. « Cette dévastation, dit Posidonius, témoin oculaire, rendit très-amer à saint Augustin le dernier temps de sa vie; il voyoit les villes ruinées, et à la campagne les bâtiments abattus, les habitants tués ou mis en fuite, les églises dénuées de prêtres, les vierges et les religieux disperses. Les uns avoient succombé aux tourments, les autres péri par le glaive ; les autres, encore réduits en captivité, ayant perdu l’intégrité du corps,

1. De mari usque ad mare, ignis orientali sacrilegorum manu exageratus, et finitimas quasque eivitates agrosque populans, qui non quievit accensus donec cunctam pene exurens insulæ superficiem rubra occidentalem trucique Oceanum lingua delamberct. lta ut cunctæ columnæ crebro impetu, crebris arietibus, omnesque coloni cum præpositis ecclesiæ, cum sacerdotibus ac populo, mucronibus undique micantibus, ac flammis crepitantibus, simul solo sternerentur ; et, venerabili visu, in medio platearum una turrium, edito culmine, evulsarum, murorumque celsorum, saxa, sacra altaria, cadaverum trusta, crustis ac gelantibus purperei cruoris tecta velut in quodam horrendo torculari mixta viderentur.

Itaque nonnulli miserarum reliquiarum in montibus deprehensi acervatim jugulabantur ; alii, famé confecti accedentes, manus bostibus dabant in ævum servituri... ciuod altissimæ gratiæ stabat in loco. Alii transmarinas petebant regiones cum ululatu magno, hoc modo sub velarum sinibus çantantes : Dedisti nos tanqnam oves escarum, et in gentibus dispersisti nos, Deus. ( Histor. Gildœ, liber querulus de excidio Britanniœ, p. 8, inllistor. Brit. et Angl. Script., t. II.)

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