‹ Œuvres complètes de Chateaubriand (volume 3)Chapitre 250 sur 358 · Mémoires de Boucicaut · texte numérisé non relu

Mémoires de Boucicaut

MÉMOIRES

Un M. Rochon, maître d’écriture des jeunes princes, avoit éprouvé une perte considérable causée par un incendie. M&r le duc de Berry pria son gouverneur de lui donner vingt-cinq louis pour le pauvre Rochon. M. le duc de Sérent y consentit, mais à condition que le prince satisferoit son maître pendant quinze jours, sans lui parler des vingt-cinq louis. Voilà Monseigneur à l’ouvrage : il trace de grandes lettres, le moins de travers possible. Rochon s’émerveille à ce changement subit, et ne cesse d’applaudir à son élève. Les quinze jours se passent : Msr le duc de Berry reçoit les vingt-cinq louis et les porte triomphant à Rochon. Celui-ci, ne sachant si le gouverneur consentit à cette générosité, refuse de recevoir l’argent. L’enfant insiste; le maître se défend. L’impatience saisit le jeune prince, qui s’écrie en jetant les vingt- cinq louis sur la table : « Prenez -les, ils m’ont coûté assez cher : c’est pour cela que j’écris si bien depuis quinze jours ! »

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