CHAPITRE VIII
DÉPART DE MGa LE DUC d’âNGOULÊME ET DE MGR LE DUC DE BERRY
POUR l’armée DES PRINCES.
L’Assemblée nationale déclara la guerre à l’Autriche et à la Prusse2. Les deux princes, partis de Turin , vinrent rejoindre M§r le comte d’Artois, pour faire sous les ordres de Monsieur et sous ceux de leur auguste père cette campagne, qui devoit tout finir et qui commença tout. Beaucoup d’émigrés n’avoient rien apporté avec eux ; quelquesuns déploy oient les dernières marques de la fortune. Les différents corps d’officiers de l’armée faisoient le service de soldats ; la marine étoit à cheval ; les gentilshommes , formés en compagnies, se distinguoient par le nom de leurs provinces. On étoit gai, parce qu’on étoit sous la tente, qu’on alloit puiser l’eau, couper le bois, préparer les vivres, et qu’on entendoit le son de la trompette. La pauvre noblesse remplissoit son devoir sans y penser, tout simplement, comme on respire et comme on vit. Elle ne regrettoit point ce qu’elle avoit perdu ; d’ailleurs, elle le croyoit bientôt retrouver : elle espérait revoir à la fin de l’automne son magnifique héritage, la bruyère, le grand bois, le vieux colombier. Que d’aventures à conter ! que de desseins pour le jour du retour! Dans tous les temps, les François ont été les mêmes : peuple essentiellement guerrier, les camps, où il retrouve ses vertus, lui