janvier
SUR LE DUC DE BERRY
leurs vœux : Madame donnoit sa main à M^r le duc d’Angoulême. Des témoins oculaires nous ont transmis des détails de cette pompe, qui n’a presque point été connue : nous les laisserons parler. Hélas ! nous avons vu et nous raconterons les solennités d’un autre mariage! il s’étoit fait au sein de la patrie, sous des auspices bien plus favorables : Dieu avoit ses desseins sur les deux frères.
Mittau, 5 juin 1799.
« La reine ' arriva hier après un long et pénible voyage. Le roi se proposoit d’aller à quatre milles d’ici : il la rencontra à moitié chemin de cette distance. Leur entrevue excita tout l’intérêt que doivent inspirer deux augustes époux séparés depuis huit ans, et cherchant dans leur réunion quelque adoucissement à des malheurs inouïs.
« Madame Thérèse est arrivée le lendemain ; le roi étoit parti de grand matin pour aller à sa rencontre. La première maison de poste étoit indiquée pour le rendez-vous; mais la princesse ayant fait la plus grande diligence, ce fut aussi sur le chemin qu’ils se rencontrèrent : nulle expression ne pourroit peindre un pareil moment. Le même sentiment fit s’élancer à la fois hors de leurs voitures le roi, M^r le duc d’Angoulème et Madame Thérèse. Le roi courut vers Madame en lui tendant les bras ; mais ses efforts ne purent suffire pour l’empêcher de se précipiter à ses pieds. Des larmes et des sanglots furent les premiers témoignages des sentiments profonds dont le cœur étoit rempli. Le premier tribut payé à la nature et au souvenir de tant d’infortunes fit place aux expressions de la plus tendre reconnoissance. Msr le duc d’Angoulême, retenu par le respect, mais entraîné par mille sentiments divers, arrosoit de ses pleurs la main de sa cousine, tandis que le roi, dans la plus vive émotion et les yeux inondés de larmes, pressoit contre son sein cette princesse et lui présentoit en même temps l’époux qu’il lui donne. Ce roi si bon, si digne d’un meilleur sort, placé ainsi entre ses enfants d’adoption, éprouvoit pour la première fois qu’il peut encore exister pour lui quelques instants de bonheur.
« Tous les François qui entourent Sa Majesté, avides de voir, de bénir, d’adorer l’auguste fille de Louis XVI, s’étoient postés en foule dans les cours et les escaliers du château. A l’instant où elle a paru, des larmes d’attendrissement couloient de tous les yeux, et l’on iUentendoit plus que des vœux adressés au ciel.
« On admire dans les traits de Madame Thérèse, dans son maintien, dans son langage et le mouvement de sa physionomie, l’aisance, la noblesse et les grâces de Marie-Antoinette. La France, avec autant de joie que de douleur, retrouva dans sa figure les traits de l’infortuné Louis XVI, embellis par la jeunesse, la fraîcheur, la sérénité; et, par un heureux accord, qui sans doute est un don du ciel, la princesse rappelle aussi Mme Élisabeth.