‹ Œuvres complètes de Chateaubriand (volume 3)Chapitre 271 sur 358 · Marie-Josèphe-Louise de Savoie, épouse de Louis XVIII · texte numérisé non relu

Marie-Josèphe-Louise de Savoie, épouse de Louis XVIII

MÉMOIRES

« Les regrets universels que la cour et les habitants de toutes les classes de la ville devienne ont témoignés au départ de Madame Thérèse, le respect et la vénération qu’elle inspire à tous ceux qui ont le bonheur de l’approcher sont un garant certain des sentiments d’amour dont la France entière fera hommage à cette adorable princesse. »

Mittau, 10 juin 1799.

« Le mariage si longtemps désiré deMsr le duc d’Angoulème avec Madame Thérèse de France s’est célébré aujourd’hui dans une grande salle du château, où l’on avoit dressé un autel entouré de fleurs. Son Ém. Msr le cardinal de Montmorency, grand-aumônier de France, leur a donné la bénédiction nuptiale; le clergé catholique de Mittau assistoit à cette cérémonie. L’abbé Edgeworth étoit auprès du prie-Dieu des jeunes époux. Monsieur, que l’état actuel des choses retient à la proximité de France, et Madame, à qui sa santé n’a pas permis d’entreprendre un si long voyage, n’y ont pas été présents1. Toutes les personnes les plus considérables de la ville se sont empressées de s’y rendre, ainsi que le prêtre grec et le pasteur luthérien. Les François qui se sont trouvés à Mittau dans ce beau jour ont eu le bonheur de voir former ces liens. La famille royale avoit pour escorte ces cent gardes du corps, respectables vétérans de l’honneur et de la fidélité, à qui l’empereur de Russie a donné pour récompense de leurs longs services la fonction d’entourer leurs maîtres. MM. les ducs de Villequier, de Guiche, de Fleury, le comte de Saint-Priest (qui a reçu le contrat de mariage), le marquis de Nesle, le comte d’Avaray, le comte de Gossé, et quelques autres officiers ou serviteurs du roi ont eu l’honneur de signer comme témoins l’acte de célébration.

« Une fille de France et un petit-fils de France ne pouvant trouver qu’à six cents lieues de leur patrie un autel où il leur fut permis de déposer leurs serments; l’héritier présomptif de la couronne de Louis XVI, et les précieux restes du sang de ce monarque, unissant leurs destinées à Mittau sous les auspices de l’empereur de Russie : quel spectacle et que de réflexions il fait naître!

« Le roi, qui trouve dans l’union de sa nièce et de son neveu tout ce que le sentiment a de plus doux réuni à ce que la politique peut avoir de plus important, jouit maintenant de son ouvrage, en y reconnoissant une nouvelle marque de l’amitié du digne successeur de Pierre le Grand. Ce magnanime souverain signera le contrat de mariage, et en recevra le dépôt dans les archives de son sénat 2. »

Ainsi s’accomplit dans une terre étrangère, au milieu des religions étrangères, le mariage dont un des témoins fut le prêtre étranger qui

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