COMBAT. RETRAITE
Monseigneur le duc de Berry } avec l’armée de Condé, étoit arrivé à Friedeck, dans la Silésie autrichienne, lorsqu’il reçut la dépêche annonçant le mariage de son frère : elle fut mise à l’ordre. On lisoit dans cet ordre une lettre du roi, qui disoit au prince de Condé : « Apprenez cette heureuse nouvelle à l’armée; elle ne peut paroître que d’un bon augure à vos braves compagnons, au moment où ils vont rentrer dans la carrière qu’ils ont si glorieusement parcourue. »
Ce bourg de Friedeck fut un véritable lieu de réjouissance pour le corps de Condé. Un vieux seigneur allemand du voisinage , à force d’entendre parler de rois tués et de princes bannis , fit des réflexions. Il lui sembla, puisqu’on dissipoit en festins les biens qu’on ravissoit aux autres, qu’il seroit bien fou de ne pas prendre les devants : il se mit donc à manger son patrimoine. Quand M?r le duc de Berry et Wr le prince de Condé arrivèrent, il venoit de vendre son château. Avec le prix qu’il en avoit obtenu, il donna un grand souper et un excellent concert à ses hôtes. Débarrassé des soins de la fortune, il se promettoit bien de rire de la révolution lorsqu’elle le viendroit trouver à Friedeck.
Après une marche de quatre cents lieues, l’armée arriva le 1er octobre dans les environs de Constance : elle avoit parcouru ses forêts natales, berceau des Clodion et des Mérovée; elle avoit passé sur ses anciens champs de bataille, dans ces bois qui avoient retrouvé leur silence, et où l’on voyoit, comme au camp de Varus, les ossements blanchis des soldats sacrifiés pour leur prince et pour leur patrie 1 .
Lorsque Msr le duc de Berry avoit traversé la ville de Prague à la tête de l’armée, le peuple s’étoit attendri à la vue de ces chevaliers de Saint-Louis, de ces vieillards qui, le sac sur le dos, un fusil russe