‹ Œuvres complètes de Chateaubriand (volume 3)Chapitre 280 sur 358 · mai 1800. 3. 8 septembre · texte numérisé non relu

mai 1800. 3. 8 septembre

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MÉMOIRES

frères fut touchante. M?r le duc de Berry servit comme simple volontaire dans le régiment noble à cheval qu’il avoit formé, et dont Msr le duc d’Angoulême avoit pris le commandement. Obéissant à son frère aîné comme le moindre soldat, il donna un nouvel exemple de cette soumission des membres de la famille royale les uns envers les autres, dans l’ordre de l’hérédité : soumission qui non-seulement manifeste les vertus naturelles aux Bourbons, mais qui conserve encore le trône, en devenant une sorte de confession authentique et perpétuelle du principe de la légitimité.

La perte de la bataille de Marengo par les Autrichiens amena un armistice prolongé à différentes reprises jusqu’au 20 d’octobre. L’armée de Condé, postée sur l’Inn, défendoit entre Weissembourg et Neubeieren le passage de cette rivière. Une affaire eut lieu à Ravenheim 1 : les ducs d’Angoulême et de Berry s’y trouvèrent. Le prince de Condé fut obligé d’employer l’autorité pour faire retirer les deux princes, qui s’exposoient inutilement ; un soldat avoit été frappé d’une balle à un pas du premier. Deux jours après, la bataille de Hohenlinden2 fut gagnée par un général qui vouloit acquérir une grande renommée pour la mettre aux pieds de son roi légitime. Cette bataille décida du sort de la guerre. L’armée de Condé se retira en se battant toujours. Msr le duc de Berry envoya à la reine de Naples le détail de toutes ces affaires. Il est curieux d’opposer aux bulletins pompeux de Buonaparle le dernier bulletin de l’armée de Condé, écrit par un fds de France : M^r le duc de Berry étoit digne d’être le dernier historien des derniers combats de la noblesse françoise, les derniers exploits des derniers Condé.

Linsen, près Rottman, 15 décembre 1S00.

« Nous avons eu bien des désastres ; mais je vous assure que pour ceux qui les ont vus ces événements sont fort singuliers. Le peu de précaution que l’on a pris à la bataille du 3, près Ebesberg, l’inaction où l’on a laissé et les corps qui étoient à Wasserburg, et nous avec M. de Chasteller, qui pouvions attaquer avec succès sur Munich ; mais principalement le passage de l’Inn que l’on a laissé forcer, sans vouloir prendre aucune mesure raisonnable pour l’empêcher, tout cela est fort extraordinaire.

« Déjà depuis plus de dix jours l’on savoit que les forces de l’armée de Moreau se portoient devant nous. Avec quinze cents hommes d’infanterie et douze cents chevaux (ce qui fait la totalité du corps), nous gardions depuis la gauche de Wasserburg jusqu’au defa de Neubeieren, c’est-à-dire plus de six lieues. Le 4 5 de ce mois, un corps de quinze cents Autrichiens, sous les

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