décembre
SUR LE DUC DE BERRY
ordres du feld-maréchal ***, s’étoit porté à Hartmansberg, à cinq lieues du pont deRozenheim, où étoient nos batteries. Il est connu, par l’exemple des anciennes guerres et par la vue du pays, que le passage de Neubeieren est non-seulement facile, mais le seul praticable. Malgré les représentations que M. le prince de Condé avoit faites le soir, aucun secours ne lui avoit été donné, et les Autrichiens ne s’étoient pas rapprochés. Le 9, à la pointe du jour, les ennemis ouvrirent un feu terrible sur nos batteries; en même temps trois divisions passèrent l’Inn entre Neubeieren et Rohrdoff, défendu ou plutôt observé par vingt-cinq dragons d’Enghien et douze hommes de Durand. Les François s’avancèrent en se battant toujours contre M. le duc d’Enghien (qui avoit réuni son régiment et celui de Durand ), jusqu’au village de Riedering. Les Autrichiens n’arrivèrent qu’à une heure. Le général *** s’emporta beaucoup sur ce que nous avions laissé passer deux mille cinq cents hommes devant vingt-cinq dragons, et surtout de ce que M. le prince de Condé avoit abandonné la position de Rozenheim, où le canon nous avoit démonté deux pièces, tuant hommes et chevaux, les François d’ailleurs nous ayant débordés et étant déjà à Riedering, à deux lieues en arrière de la position. Le général *** envoya le général Giulay avec sa division pour se joindre avec M. le duc d’Enghien, et forcer Riedering. Cet ordre fut exécuté. M. le prince de Condé et M. le duc d’Angoulême attaquèrent avec les grenadiers de Bourbon, et emportèrent sur-le-champ les batteries de l’ennemi. M. le duc d’Enghien chargea, avec les dragons à pied, le régiment de Durand et les dragons de Kinski; ces trois corps se couvrirent de gloire. Le comte de Giulay faisoit tous ses efforts pour nous faire appuyer par l’infanterie autrichienne : elle était harassée de tant de combats! Trop foibles, il fallut renoncer à nos avantages, et les François reprirent leur position, où ils se maintinrent jusqu’à la nuit.
« Le brave régiment de Durand a été écrasé; douze grenadiers seulement sur la totalité de la compagnie revinrent de l’affaire. M. le duc d’Enghien a eu un cheval tué sous lui, et a perdu beaucoup de dragons. Gaston de Damas, frère cadet de Roger, a été blessé, ainsi que plusieurs autres officiers de distinction. Le général major La Serre a été blessé grièvement en combattant avec les grenadiers de Durand.
« Depuis ce moment nous n’avons cessé de marcher le jour ou la nuit. Nous venons occuper la position de Rouman, par où les François pourroient arriver sur Leoben.
« Nous apprenons que dans ce moment les François ont forcé le passage de la Salza àLauffen. »
M&r le duc de Berry renouvelle ici la générosité de Catinat ; il ne se nomme pas une seule fois dans cette relation si animée; il avoit pourtant assisté à tous les combats : il ne parle que de son frère et de M&r le duc d’Enghien; silence bien digne de l'âme du prince dont la fin a été si généreuse et si héroïque.
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