Bossuet, Oraison funèbre du grand Condé
SUR LE DUC DE BERRY
études : il se livra à la science des médailles, dans laquelle il fit des progrès étonnants. Il retourna ensuite à la musique, à la peinture, et se perfectionna dans la connoissance des tableaux. Il acquit aussi à Londres sur la monarchie représentative les idées saines que nous lui avons connues.
Les royaumes unis de la Grande-Bretagne avoient atteint leur plus haut point de gloire politique lorsque M^r le duc de Berry y vint chercher un asile. A la tête du gouvernement, M. Pitt luttoit avec des hommes capables de le seconder contre cette grande opposition qu’avoient formée les Burke, les Fox et les Sheridan. Les vieilles mœurs se soutenoient parmi les gentilshommes fermiers qui trouvoient un appui dans le caractère du plus simple et du meilleur des rois. Restés originaux, sans être grossiers et exclusifs, les Anglois s’étaient accoutumés aux étrangers, par la noble hospitalité qu’ils avoient exercée envers eux : ils aimoient ces François qu’ils avoient si longtemps détestés. M^r le duc de Berry s’étonnoit de trouver un pays qui ressembloit bien peu à celui que croyoient avoir peint Voltaire et de Lolme ; pays moderne assis sur des fondements gothiques, et dont les libertés constitutionnelles reposent sur des lois féodales.
Msr le duc de Berry entreprit quelques voyages dans l’intérieur de l’Angleterre pour mettre à profit son exil. Il vit les prodiges de Manchester et de Birmingham ; il s’émerveilla plus qu’il ne fut enthousiasmé de ces grands miracles qui font de petites choses, de ces machines qui créent des bras et tuent des intelligences; subtiles inventions qui ne maintiennent l’ètat de ce monde qu’en entretenant ce qui passe avec le temps L Le prince remarqua le génie conservateur d’un peuple qui ne laisse rien périr, qui remet à neuf ses vieux monuments et rétablit avec soin jusqu’à la pierre tombée d’une ruine. Les maisons de campagne dont l’Angleterre est semée attirèrent l’attention de l’illustre voyageur. Les unes lui offroient d’élégantes villa , bâties sur le modèle de quelques monuments de l’Italie ou de la Grèce, et dans lesquelles demeurent oubliés les tableaux des plus grands maîtres ; les autres lui présentaient le modèle de ces vieux châteaux décrits par les romanciers : ici des obélisques, des colonnes, des statues, enlevés aux débris de Tentyra, de Palmyre et d’Athènes ; là des pagodes indiennes, des armures d’anciens chevaliers, des arcs et des flèches de sauvages, apportés par le capitaine Cook. A Hamptoncourt, les portraits des maîtresses de Charles II ; à Windsor, les souvenirs de cette comtesse de Salisbury qui fèrit le roi Édouard d’une étincelle de