Plut., In Themist
Il avoit écrit le 18 février à la princesse Caroline la lettre qu’on va lire, pour lui demander sa main. Les lettres de M§r le duc de Berry, que les espérances d’une longue vie promettoient de nous cacher longtemps, nous ont été révélées par sa mort. Ce prince appartient désormais à l’histoire, et l’on aime à chercher dans ses sentiments intimes de nouveaux motifs d’admiration et de regrets.
Paris, 18 février 1816.
« Madame ma soeur et cousine,
« Tl y avoit bien longtemps que je désirois obtenir l’aveu du roi votre grand-père et du prince votre père, pour former une demande à laquelle j’attache le bonheur de ma vie; mais devant que j’aie obtenu leur agrément, c’est Votre Altesse Royale que je viens solliciter de daigner me confier le bonheur de sa vie en s’unissant avec moi. J’ose me flatter que l’âge, l’expérience et une longue adversité m’ont assez formé pour me rendre digne d’être son époux, son guide et son ami. En quittant des parents si dignes de son amour, elle trouvera ici une famille qui lui rappellera le temps des patriarches. Que vous dirai-je du roi, de mon père, de mon frère, et surtout de cet ange, Madame, duchesse d’Angoulème, que vous n’ayez entendu dire, sinon que leurs vertus, leurs bontés, sont fort au-dessus des éloges que l’on en peut faire? L’union la plus intime règne parmi nous, et n’est jamais troublée; mes parents désirent tous impatiemment que Votre Altesse Royale comble mes vœux, et qu’elle consente à augmenter le nombre des enfants de notre famille. Veuillez, Madame, vous rendre à mes prières, et presser le moment où je pourrai mettre à vos pieds l'hommage des sentiments respectueux et tendres avec lesquels je suis, madame ma sœur et cousine, de Votre Altesse Royale le très-affectionné frère et cousin,
« Charles-Ferdinand. »
Le jour de la célébration du mariage par procuration , il écrivit encore à la princesse la lettre suivante :
Paris, 25 avril 1816.
« Votre aimable lettre m'a fait un plaisir que je ne puis vous exprimer, madame et chère femme, car dès aujourd’hui nous nous sommes donné notre foi. De ce jour nous sommes unis par les liens sacrés du mariage, liens que je chercherai toujours à vous rendre doux. Vous daignez me remercier de vous avoir choisie pour la compagne de ma vie! Que de remercîments ne dois-je pas à Votre Altesse Royale pour avoir si promptement accédé aux vœux de vos excellents parents! Je sens combien il doit vous en coûter de les quitter, de venir presque seule dans un pays étranger, mais qui ne le sera bientôt plus pour vous, pour vous unir à un homme que vous ne connoissez
MÉMOIRES
pas. J’ai composé votre maison de dames dont la vertu et la douceur me sont connues : le roi a approuvé ce choix. Votre dame d’honneur, Mme la duchesse de Reggio, est désespérée de ne pouvoir aller au-devant de vous. Mme de La Ferronnays, votre dame d’atours, sœur de Mme la comtesse de Blacas, sera la première qui aura le bonheur de vous faire sa cour; c’est un modèle de vertu et de l’amabilité la plus douce; je vous la recommande particulièrement : elle vous présentera les dames pour accompagner. Le duc de Lévis, votre chevalier d’honneur, est un homme aussi distingué par ses qualités que par ses talents. Le comte de Mesnard, votre premier écuyer, est un loyal chevalier qui n’est rentré en France qu’avec moi. Enfin, j’espère que, lorsque vous les connoîtrez, vous les trouverez dignes de l’honneur qu’ils ont de vous être attachés.
« Avec quelle impatience j’attends la nouvelle de votre arrivée en France! Que je serai heureux, ma bien chère femme, lorsque je pourrai vous appeler de ce doux nom! Tout ce que j’entends dire de vos qualités, de votre bonté, de votre esprit, de vos grâces, me charme et me fait brûler du désir de vous voir et de vous embrasser comme je vous aime.
a Charles-Ferdinand. »
Cette fin de lettre est la formule de presque toutes les fins de lettres de Henri IV, mais avec quelque chose de grave et de chaste qui tient à la sainteté du lien conjugal. Le jour même où M§r le duc de Berry écrivoit cette lettre, la jeune princesse lui envoyoit celle-ci du pied des autels :
Naples, 24 avril 1816.
« C’est à l’autel que je viens, monseigneur, de prendre l’engagement solennel d’être votre fidèle et tendre épouse. Ce titre si cher m’impose des devoirs que très-volontiers je commence à remplir dès ce moment, en venant vous donner l’assurance des sentiments que mon cœur vous a déjà voués pour la vie; elle ne sera remplie et occupée que de chercher les moyens de vous plaire, à me concilier votre amitié, mériter votre confiance. Oui ! vous aurez toute la mienne, toutes mes affections; vous serez mon guide, mon ami; vous m’apprendrez à plaire à votre auguste famille; vous adoucirez (je n’en doute pas) le chagrin si vif que je vais éprouver de me séparer de la mienne. C’est sur vous, enfin, que je me repose entièrement du soin de ma conduite pour la diriger vers tout ce qui pourra procurer votre bonheur. J’en ferai mon étude habituelle : puissé-je y réussir et vous prouver combien je mets de prix à être votre compagne! C’est dans ces sentiments que je suis, pour la vie, votre affectionnée épouse,
« Caroline. »
SUR LE DUC DE BERRY