‹ Œuvres complètes de Chateaubriand (volume 3)Chapitre 309 sur 358 · SUITE DE LA VIE PRIVÉE. CHARITÉ DU PRINCE · texte numérisé non relu

SUITE DE LA VIE PRIVÉE. CHARITÉ DU PRINCE

Les bontés de M?r le duc de Berry ne se renfermèrent pas dans sa maison. Dans toutes les parties de la France, il découvroit les misérables : son nom, comme celui de la charité même, se trouvoit mêlé à

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tontes les œuvres de miséricorde : ce caractère est particulier à nos rois. Il nous reste des ordonnances qui prescrivent, dans les temps les plus désastreux, l’acquittement des aumônes avant les assignations, , ou qui commandent de surseoir au payement de toutes dettes, à l’exception des aumônes, exceptis eleemosynis ' . Chaque soir on remettoit à M^r le duc de Berry une feuille contenant l’analyse des pétitions qui lui étoient présentées dans le courant du jour; et selon les renseignements obtenus il faisoit droit à ces pétitions.

Il prenoit sur ses goûts pour satisfaire sa générosité. C’est ainsi qu’il renonça à l’achat de quelques tableaux qu’on proposoit de lui vendre à Anvers. « J’ai réfléchi à votre proposition, écrivoit-il à M. Despalières, et j’ajourne l’emplette. Dans un temps où mes pauvres appellent ma sollicitude, je me reprocherois d’acheter si cher un plaisir dont je puis me passer. » Une autre fois, il disoit au maire de son arrondissement : « Quand vos pauvres auront besoin de moi , ne m’épargnez pas. »

Il donnoit à la société de bienfaisance, dont il étoit président, un secours de 500 francs par mois; et dans l’année 1816 il versa à la caisse de cette société la somme de 11,000 francs comme don extraordinaire. A la mort de Msr le prince de Condé, il remplaça son général dans la présidence de l’Association paternelle des chevaliers de Saint- Louis : c’étoit un droit. On a déjà dit que, par un testament fait en Angleterre, le prince de Condé avoit légué le soin de ses compagnons d’armes à celui qui avoit partagé leurs périls. En apprenant la mort du héros de Berstheim, Msr le duc de Berry laissa échapper ces paroles, qui disent tout : « Nous avons perdu notre vieux drapeau blanc. »

Les charités connues de M^rle duc de Berry se montoient à plus de 100,000 écus par an, et beaucoup d’autres étoient cachées. Mme la duchesse de Berry secondoit merveilleusement le penchant généreux du prince. On a calculé que leurs aumônes çéunies, dans l’espace de six ans, se sont élevées à 1,388,851 francs, somme énorme pour un prince dont le revenu étoit au-dessous de celui de plusieurs généraux, banquiers et propriétaires. Il faut ajouter à ce million 388,851 francs les 500,000 francs que M§r le duc de Berry abandonnoit par an aux départements qui avoient le plus souffert de la guerre ce qui fait deux millions dans le cours de quatre années : en tout près de quatre millions d’aumônes.

Tous ces dons étoient accompagnés de soins qui en doubloient le prix. Le prince et la princesse, suivant le précepte de l’Évangile, visi-

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