‹ Œuvres complètes de Chateaubriand (volume 3)Chapitre 34 sur 358 · fi · texte numérisé non relu

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Gallien lui-même, regardant le malheur comme une abdication, se contenta de dire : « Je savois que mon père étoit mortel1. » 11 prit l’autre moitié de la pourpre que Valérien avoit laissée, comme on dérobe le linceul d’un mort.

Il existe de très -belles médailles de Valérien , représentant une femme couronnant l’empereur avec ces mots : Restituions Orientis. La fortune démentit l’effronterie de cette adulation. Gallien ne songea ni à racheter ni à venger son père; il en fit, un dieu2 : cela coûtoit moins.

L’empire présente à cette époque un spectacle affreux, mais singulier; c’étoit comme une scène anticipée du moyen âge. Jamais depuis les beaux jours de la république on n’avoit vu à la fois tant d’hommes remarquables : ces hommes, nés des événements qui forcent les talents à reprendre leur souveraineté naturelle , ne possédoient pas les vertus des Gaton et des Brutus; mais, fils d’un autre siècle, ils étoient habiles et aventureux. Rentrés malgré eux sous la tente, ces Romains de l’empire avoient repris quelque chose de viril par la fréquentation des mâles générations des barbares.

Trente ou plus sûrement dix- neuf tyrans parurent pendant les règnes de Valérien et de Gallien : en Orient , Cyriades , Macrien , Baliste, Odénat et Zénobie; en Occident, Posthume, Lokien, Victorin et sa mère Victoria, Marins et Tetricus; en Illyrie et sur les confins du Danube, Ingennus, Régilien et Auréole; dans le Pont, Saturnin; en Isaurie, Trébellien; en Thessalie, Pison ; Valens en Grèce; en Égypte, Émilien; Celsus en Afrique. La plupart de ces prétendants qui défendirent l’empire contre les ennemis du dehors , et qui se le voulurent approprier, auroient été des princes capables.

Macrien, vieillard rusé, politique et hardi, étoit estropié3 : il faisoit porter les ornements impériaux par ses deux fils, jeunes et vigoureux, au lieu de les traîner lui-même4.

Odénat, qui repoussa Sapor et vengea Valérien, est encore plus connu par sa femme Zènobie et par le rhéteur Longin L

Baliste, Ingennus, étoient d’illustres capitaines.

en faveur des chrétiens, lui parle de l’horrible trophée que l’on voit encore, dit-il, dans son pays. (Euseb., Vit. Const .)

1. Ubi de Valeriano pâtre comperit quod captas esset,, id quod philosophorum optimus de fdio amisso dixisse fertur : Sciebam me genuisse mortalem , dixit ille, Sciebum patrem meum esse mortalem. (Gale., in Hist. Aug.)

2. Patrem inultum reliquit. ( Hist. Aug., p. 460.) Nec inter deos quidem, nisi coactus, retulit cum mortuum audisset. {Ibid., p. 468.)

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