‹ Œuvres complètes de Chateaubriand (volume 3)Chapitre 38 sur 358 · Gallienus Veriano · texte numérisé non relu

Gallienus Veriano

« Non milii satisfacies si tantum armatos occideris, quos et fors belli interimere potuisset. Perimendus est omnis sexus virilis, si et senes atque impubères, sine reprebensione nostra occidi possent. Occ.idendus est quicumque male voluit, oceidendus est quicumque male dixit contra me, contra Valeriani filium, contra tôt principum patrem et fratrcm. Ingennus factus est imperator. Lacera, occide, concide . animum meum intelligere potes, mea mente irascere, quia hoc manu mea scripsi. » (Trebell. Pôle., Trig. Tyran., de Ingenno; Hist. Aug., p. 500.)

5. Terna millia et quaterna militum singulis diebus occidit ( p. 470) ; cubicula de rosis fecit, de prunis castella composuit, uvas triennio servavit, hieme summa melonesexhibuit; mustum quemadmodum toto anno haberetur docuit, etc., etc. (Hist. Aug., p. 475.)

0. Idem, cum quidam gemmas vitreas pro veris vendidisset ejus uxori, atque ilia, re prodita, vindicari vellet, surripi quasi ad leonem venditorem jussit, deinde e

À chaque nouvelle désastreuse, Gallien rioit, demandoit quels seroient les festins, les jeux du lendemain et de la journée U Le monde périssoit, et il composoit des vers pour le mariage de ses neveux : « Allez, aimables enfants, soupirez comme la colombe, embrassezvous comme le lierre, soyez unis comme la perle et la nacre2. » Il philosophoit aussi il accordoit à Plotin une ville ruinée de la Campanie pour y établir une république selon les lois de Platon3. Au milieu de la société croulante, couché à des banquets parmi les femmes4 5, cet Horace impérial ne vouloit de la vie que le plaisir: tout fut troublé sous son règne3, excepté sa personne; il ne maintenoit le calme autour de lui et pour lui qu’à la longueur de son épée.

Représentez-vous l’État en proie aux diverses usurpations, les tyrans se battant entre eux, se défendant contre les troupes du prince légitime, repoussant les barbares ou les appelant à leur secours : Ingennus avoit un corps de Rhoxolans à sa solde , Posthume un corps de Franks. On ne savoit plus où étoit l’empire : Romains et barbares, tout étoit divisé , les aigles romaines contre les aigles romaines, les enseignes des Goths opposées aux enseignes des Goths. Chaque province reconnoissoit le tyran le plus voisin ; dans l’impossibilité d’être protégé par le droit, on se soumettoit au fait. Un lambeau de pourpre faisoit le matin un empereur, le soir une victime, l’ornement d’un trône ou d’un cercueil. Saturnin obligé d’accepter la souveraine puis-

cavea caponem emitti; mirantibusque cunctis rem tam ridiculam, per curionem dici j assit : Imposturam fecit , et passus est ( Hist . Aug ., p. 471.)

1. Sic de partibus mundi cum eas amitteret jocabatur (p. 464 )„ nec ad talia move-

batur . Sed ab iis qui circa eum erant requirebat : Eequid liabemus in prcindio ?

ecquœ voluptates paratœ sunt? et qucdis cras erit scena? quales encenses? ( ld ., p. 487.)

2. Jocari se dicebat cum orbem terrarum undique perdidisset (p. 475). Hujus est illud epithalamium... cum ille manus sponsorum teneret, sæpius itadixisse fertur :

Ite, ait, o pueri, pariter suclate medullis Omnibus inter vos : non murmura vestra columbæ,

Brachia non liederæ, non vincant oscula conchæ.

3. Gallienus et uxor ejus Plotinum lionorabant: hic igitur eorum benevolentia fretus oravit utdirutam quamdam olim in Campania civitatem philosophis aptam instauraret, regionemque circonfusam cultæ civitati donaret concederetque ; civitatem habitaturis Platonis legibus gubernari atque ipsam civitatem Platonopolim appellari... Quod facile impetrasset, nisi quidam imperatoris familiares invidia velindignatione acriter obstitis’sent. ( Plotini vita ejus operibus præfixa auctore.)

4. Concubin® in ejus tricliniis sæpe accubuerunt. (Porphyr., Hist. Aug., p. 476.)

5. Orbem terrarum triginta prope tyrannis vastari fecit, ita ut etiam mulieres melius eo imperarent. (Id., p. 475.)

sance s’écria: « Soldats, vous changez un général heureux pour faire • un empereur misérable1. »

Et à travers tout cela des jeux publics, des martyrs, des sectes parmi les chrétiens, des écoles chez les philosophes, où Ton s’occupoit de systèmes métaphysiques au milieu des cris des barbares.

La peste, continuant ses ravages, emportoit dans la seule Rome cinq mille personnes par jour : disette, famine, tremblement de terre, météores, ténèbres surnaturelles, révolte des esclaves en Cilicie, rébellion des Isauriens, qui renouvelèrent la guerre des anciens pirates ; tumulte effroyable à Alexandrie : chaque édifice, dans cette immense cité, devint une forteresse, chaque rue un champ de bataille; une partie de la population périt, et le Brachion resta vide. Et parmi ces calamités il faut encore trouver place pour la suite de la grande invasion des Goths.

Sapor, rentrant dans l’Asie romaine, reprit Antioche, s’empara de Tarse en Cilicie et de Césarée en Cappadoce. Des Goths se jetèrent sur l’Italie ; d’autres Goths ou d’autres Scythes sortirent une troisième fois du Pont-Euxin, assiégèrent Thessalonique, ravagèrent la Grèce2, pillèrent Corinthe, Sparte, Argos, villes depuis longtemps oubliées, qui apparoissent dans ce siècle comme le fantôme d’un autre temps et d’une autre gloire. En vain Athènes avoit rétabli ses murailles, renversées par Lysander et Sylla : un Goth voulut brûler les bibliothèques, un autre s’y opposa : « Laissons, dit-il, à nos ennemis ces livres, qui leur ôtent l’amour des armes 3. » La patrie de Thémistocle fut cependant délivrée par Dexippe l’historien, surnommé le second Thucydide 4 et le dernier des Grecs dans ces âges moyens et dégénérés. Athènes revoyoit les barbares: du temps des Perses, ses grands hommes la sauvèrent : ses chefs-d’œuvre n’ont point permis aux Goths de faire périr sa mémoire.

Enfin, les Goths allèrent brûler le temple d’Éphèse, sept fois sorti de ses ruines et toujours plus beau5: il ne se releva plus. Un conseil éternel amenoit des désastres irréparables ; il s’agissoit , non de la

1. Commilitones, bonum ducem perdidistis et malum principem fecistis. ( Hist . Aug., Trig. Tyran., p. 522.)

2. Les auteurs varient sur l’époque de cette invasion ; les uns la placent sous Valérien d’autres sous Gallien, d’autres encore sous Claude, et même jusque sous Aurélien.

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