‹ Œuvres complètes de Chateaubriand (volume 3)Chapitre 37 sur 358 · Hic est gladius quem ipse fecisti. [Ici., ibid · texte numérisé non relu

Hic est gladius quem ipse fecisti. [Ici., ibid

sais depuis Auguste jusqu’à Alexandre Sévère. Rome se couvroit de plantes nouvelles : quand ses vieilles souches poussoient quelques rejetons, ils se flétrissoient vite, et ne se renouveloient plus.

D’autres hommes de mérite, tels qu’Aurélien, Claude et Probus, servoient Gallien en attendant la souveraine puissance. Lui-même offroit un caractère sinon estimable, du moins peu commun.

Orateur et poète1, Gallien étoit indifférent à tout, même à l’empire. Lui apprenoit-on que l’Égypte s’étoit révoltée : « Eh bien, disoitil, nous nous passerons de lin 2. » La Gaule et l’Asie sont perdues: a Nous renoncerons à l’aphronitre, nous ne porterons plus de sagum d’Arras 3. » Mais ne touchez pas aux plaisirs de Gallien ! Si le bruit d’une rébellion ou d’une invasion trop voisine menace sa paix, il court aux armes, déploie de la valeur, écarte Te danger, et se replonge avec activité dans sa paresse. Féroce pour conserver son repos, il écrivoit à l’un de ses officiers après la révolte d’Ingennus, en Illyrie : « N’épargnez pas les mâles, quel que soit leur âge, enfants ou vieillards. Tuez quiconque s’est permis une parole contre moi4» » Il condamnoit à mort quatre ou cinq mille soldats rebelles, tout en bâtissant de petites chambres avec des feuilles de roses et des modèles de forteresses avec des fruits5. Un marchand avoit vendu des perles de verre à l’impératrice pour de vraies perles : Gallien le condamne à être jeté aux bêtes et fait lâcher sur lui un chapon 6.

1. Fuit enim (quod negari non potest) oratione, poemate atcpie omnibus artibus clarus. (Hist. Aug., p. 409.)

2. Cum nuntiatum est ei Ægyptum dissecuisse, dixisge fertur : Quid sine lino ægyptio esse non possumus?

3. Cum autem vastatam Asiam... Quid, inquit, sine aphronitris esse non possumus?... Perdita Gallia... arrisisse et dixisse perhibetur : Non sine Atrebatis so.gis tuta republica est? ( Id ., p. 404.)

Page 1