Hist. Aug., p. 178.; Jornand., cap. xx
conservation des monuments, mais de la fondation d’une nouvelle société. Partout où le polythéisme avoit mis des dieux, un destructeur se présenta ; chaque temple païen vit un homme armé à ses portes ; la Providence n’arrêta la torche et le levier que quand la race humaine fut changée.
Toutefois, l’heure finale n’étant pas sonnée, il y eut repos. Odénat vainquit Sapor et soulagea l’Asie; Posthume contint les nations germaniques; les autres ennemis furent repoussés tantôt par les tyrans, tantôt par les généraux des empereurs. Les tyrans eux-mêmes s’entredétruisirent; et lorsque Claude parvint au pouvoir, il ne trouva plus à combattre que Tetricus dans les Gaules et Zénobie en Orient. Elle s’étoit déclarée indépendante après qu’Odénat eut été massacré dans un festin.
Auréole ayant pris la pourpre en Italie, le bruit de cette usurpation pénétra jusqu’au fond du palais de Gallien, qui s’en importuna; il quitte ses délices, et assiège Auréole dans Milan; une flèche, lancée en trahison, le tue, lorsqu’à peine armé il couroit à cheval, l’épée à la main, pour repousser une sortie.
Marcien, qui venoit de battre les Goths en Illyrie, étoit le principal chef de cette conspiration.
Une innovation de Gallien resta : il interdit aux sénateurs le service militaire, soit que l’usurpation de Pison l’eût plus alarmé que les autres, soit que le sénat, en repoussant un parti de barbares qui s’étoit avancé jusqu’à la vue de Rome, eût agi avec trop de vigueur. Alors s’établit la distinction d’homme de robe et d’homme d’épée. Les sénateurs formèrent un corps de magistrature, dont les membres, ignorés du soldat, perdirent toute influence sur l’armée. Ils murmurèrent d’abord, mais ensuite leur lâcheté regarda comme un honneur le droit qu’elle obtint de se cacher. L’édit de Gallien acheva de rendre militaire la constitution de l’empire, et prépara les grands changements de Dioclétien.
Claude II, désigné à la pourpre par Gallien, le remplaça. Les grandeurs avoient cessé d’imposer; tout étoit jugé, apprécié, connu; on tuoit les princes comme d’autres hommes, et cependant chacun vouloit être souverain : jamais on ne fut aussi rampant, aussi prosterné aux pieds du pouvoir qu’au moment où Ton n’y croyoit plus. Le sénat confirma l’élection de Claude, et se porta aux dernières violences contre les amis et les parents de Gallien.
Il ne faut pas croire que ces décisions du sénat fussent le résultat de raisons graves, mûrement examinées; ce n’étoient que les acclamations d’un troupeau d’esclaves qui se hâtoient de reconnoître leur
Claijiie II Félix pape.
An de J.-C 268-270.
Aurélie n emp.
Félix , Eutichien papes.
An de J. -G.
servitude, comme si entre deux règnes ils eussent craint d’avoir un moment de liberté. Assemblés en tumulte au temple d’Apollon (ils ne se purent réunir assez longtemps au Capitole, à causé d’une fête de Cybèle), les sénateurs s’écrièrent 1 : « Auguste Claude, que les dieux vous conservent pour nous! » Cette acclamation fut répétée soixante fois. « Claude Auguste, c’est vous ou votre pareil que nous avions toujours souhaité! (Quarante fois). Claude Auguste, la république vous désiroit ! (Quarante fois). Claude Auguste, vous êtes un père, un frère, un ami, un excellent sénateur, un empereur véritable ! (Quatre-vingts fois). Claude Auguste, délivrez-nous d’Auréole ! (Cinq fois). Claude Auguste, délivrez-nous de Zénobie et de Victoria ! (Sept fois). »
Et c’étoient là les héritiers d’un sénat de rois! Claude 2 extermina, en Macédoine, une armée de Goths, et coula à fond leur flotte, composée de deux mille barques. Parmi les prisonniers il se trouva des rois et des reines. Les vaincus furent incorporés dans les légions ou condamnés à cultiver la terre3.
Claude, surnommé le Gothique, ayant triomphé , mourut. Son frère Quintilius4 prit la pourpre en Italie, et se tua au boutde dix-sept jours.
Aurélien, autre soldat de fortune, reçut l’empire à la recommanda-
1. Hæc in Claudium dicta sunt : Auguste Claudi, dii te nobis præstent! (dictum sexagies); Claudi Auguste, principem aut qualis tu es semper optavimus! (dictum quadragies); Claudi Auguste, te respublica requirebat ! (dictum quadragies); Claudi Auguste, tu frater, tu pater, tu amicus, tu bonus senator, tu vere princeps! (dictum octuagies); Claudi Auguste, tu nos ab Aureolo vindica ! (dictum quinquies); Claudi Auguste, tu nos a Zenobia et a Victoria libéra! (dictum septies); Claudi Auguste, Tetricus nihil fecit ! (dictum septies). (Hist. Aug., in Vit. div. Claud p. 541.)
2. Delevimus trecenta viginti millia Gothorum, duo millia navium mersimus; tecta sunt flumina sentis ; spatbis et lanceolis omnia littora operiuntur. Campi ossibus latent tecti, nullum iter purum est ; ingens carrago deserta est. Tantum mulierum cepimus, ut binas et ternas mulieres Victor sibi miles possit adjungere. (Id., ibid ., p. 545.)
3. Plerique capti reges ; captæ diversarum gentium nobiles feminæ ; impletæ barbaris servis senisbusque cultoribus romanæ provinciæ! factus miles barbarus et colonus ex Gotho. Nec ulla fuit regio quæ Gothum servum triumphali quodam servitio non haberet. ( Ib .)
Quotquot autem incolumes evasere vel in ordines romanos recepti sunt, vel terram colendam nancti totos agriculturæ se dediderunt. (Zosim., Hist., lib. i, p. 13;
Basileæ.)
4. Quintillius inde, Claudii frater, dictus est imperator, qui ubi per paucos menses vixisset... Necessarii ejus auctores fucrunt ut mortem sibi conscisceret, ac multo meliori vero sponte sua de imperio cedcret. Quod fecisse perhibetur a medico quodam, vena sec ta continuatoque fluxu sanguinis donec exaruisset. (Id., ibid.)
Quintillius, frater ejusdem, delatum sibi omnium judicio suscepit imperium... et septima décima die, quod se gravem et serium erga milites ostenderat... eo genere quo Galba, quo Pertinax interemptus est. (Hist. Aug., p. 549.)
lion de Claude. Sa mère étoit prêtresse du soleil dans un village de lTllyrie où son père étoit colon d’un sénateur romain. Passionné pour les armes et toujours à cheval, vif, ardent, cherchant querelle et aventure, ses camarades lui avoient donné le nom d 'Aurélien Vèpèe à la main , pour le distinguer d’un autre Aurélien1. C’est le premier Romain, comme je vous l’ai dit, qui eut affaire aux Franks.
Aurélien , devenu chef souverain , rencontra deux ennemis redoutables, deux femmes : Victoria la Gauloise, Zénobie la Palmyrienne. Victoria mourut lorsque Aurélien passa dans les Gaules; il ne trouva plus que son ouvrage, le tyran Tetricus, qui trahit ses soldats et se rendit à Aurélien.
Zénobie s’étoit emparée de l’Égypte : Aurélien marcha contre elle , la battit à Émèse, l’assiégea dans Palmyre, et la fit prisonnière lorsqu’elle fuyoit. Palmyre fut livrée au pillage, et le philosophe Longin condamné à mort pour le courage de ses conseils. Tous les tyrans détruits, l’Égypte soumise, la Gaule pacifiée, l’empereur voulut triompher à Rome. Avant de marcher en Orient, il a voit délivré l’Italie d’une espèce de ligue des Allamans, des Marcomans, des Juthongues et des Vandales.
Ce fut à l’occasion de ces courses de barbares qu’ Aurélien fit relever ou plutôt bâtir les murailles de Rome. Jadis les sept collines, dans une circonférence de treize milles, avoient été fortifiées; mais Rome, se répandant au dehors avec sa puissance, ajouta, par d’immenses et magnifiques faubourgs, plusieurs villes à l’antique cité2. Zosime écrit 3 que du temps d’Aurélien l’ancienne clôture étoit tombée : celle de cet empereur ne fut achevée que sous Probus4, et il paroît qu’on y travailloit encore sous Dioclétien5. On voit aujourd’hui mêlés aux constructions subséquentes quelques restes des constructions d’Aurélien. Les murailles de Rome ont elles seules donné lieu à une curieuse histoire6, où les infortunes delà ville éternelle sont comme tracées par son enceinte ; Rome s’est pour ainsi dire remparée de ses calamités. Un siècle et demi devoit encore' s’écouler avant qu’elle subît le joug des barbares, et déjà Aurélien élevoit les inutiles bastions qu’ils dévoient franchir.
Aurélien, dans son triomphe, outre une multitude de prisonniers goths, alains, allamans, vandales, rhoxolans, sarmates, suèves, franks, traînoit après lui Tetricus, sénateur romain, revêtu de la pourpre impériale, et Zénobie, reine de Palmyre. Elle étoit si chargée de
1. Manus ad ferrum. (IJist. Aug., p. 211.) 2. Exspatiantia tecta multos addere urbes.