‹ Œuvres complètes de Chateaubriand (volume 3)Chapitre 49 sur 358 · Pagian., 252; Catalog. Bûcher · texte numérisé non relu

Pagian., 252; Catalog. Bûcher

Ues papes Corneille, Étienne, Sixte II, succombèrent. Celui-ci avoit transporté les corps de saint Pierre et de saint Paul dans les catacombes, qui servoient de temple et de tombeau aux chrétiens. En parlant des mœurs des fidèles, je vous raconterai quelque chose du martyre de saint Laurent.

Cyprien eut la tête tranchée à Carthage ; trois cents chrétiens sans nom égalèrent, à Utique, la fermeté de Caton : ils furent précipités dans une fosse de chaux vive ' . Théogène, évêque, souffrit à Hippone, Fructueux à Taragone, Paturin à Toulouse, Denis à Lutèce 2 , première illustration de cette bourgade inconnue : comme un arbre dans le clos des morts, le christianisme poussoit vigoureusement dans le champ des martyrs. Grégoire le Thaumaturge, près d’expirer, demande s’il reste encore quelques idolâtres dans la ville épiscopale; on lui répond qu’il en reste dix-sept. « Je laisse donc à mon successeur autant d’infidèles que je trouvai de chrétiens à ÿéocésarée3. »

Les barbares en entrant dans l’empire étoient venus chercher des missionnaires : les envoyés de la miséricorde de Dieu allèrent audevant des envoyés de sa colère pour la désarmer. Des évêques , la chaîne au cou , guérissoient les malades en prêchant la sainte parole. Les maîtres prenoient confiance dans ces esclaves médecins; ils se figuroient obtenir par eux la victoire et demandoient le baptême. Les prisonniers se changeoient en pasteurs ; des Églises nomades commençoient au milieu des hordes guerrières rentrées dans leurs forêts comme sous leurs tentes. Ces diverses nations se combattoient les unes les autres, se formoient en confédérations, dissoutes et recomposées selon les succès et les revers; gens féroces, qui brisoient tous les jougs et se soumettoient au frein de quelques prêtres captifs.

De tous les corps de l’État, l’armée romaine étoit celui où le christianisme faisoit le moins de progrès. Les chrétiens répugnoient à l’enrôlement, parce qu’ils regardoient les festins, la mesure et la marque comme mêlés de paganisme. Maximilien, appelé au service, disoit au proconsul Dion, à Tebeste en Numidio : « Je ne recevrai point la marque ; j’ai déjà reçu celle de Jésus-Christ4. » D’une autre part, le légionnaire attaché à ses aigles renonçoit difficilement à l’idolâtrie de la gloire.

Les hérésiarques et les philosophes continuèrent leur succession : Manès, avec sa doctrine des deux principes, Plotin et Porphyre, beaux esprits, ennemis du Christ.

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