‹ Œuvres complètes de Chateaubriand (volume 3)Chapitre 70 sur 358 · Zoz., lib. m, p · texte numérisé non relu

Zoz., lib. m, p

d’Eusèbe, évêque de Nicomédie, qui menoit à la cour l’intrigue arienne, et de l’eunuque Mardonius, personnage grave, Scythe de nation, grand admirateur d’Hésiode et d’Homère. Le futur apostat fut ensuite réuni à Gallus dans la forteresse de Marcellum : il apprit de bonne heure à se contraindre, et parut se plaire aux vérités de la foi. Lorsque Gallus eut été nommé césar, Julien obtint la permission de suivre ses études à Constantinople, sous la surveillance d’Hérébole, d’abord chrétien, puis infidèle avec son élève , puis chrétien encore après la mort de, celui-ci '. Julien visita les écoles de l’Ionie : Constance même favorisoit les exercices de son cousin, dans l’espoir que les livres lui feroient oublier l’empire; mais bientôt la supériorité de l’écolier, même dans les lettres , l’alarma.

Après la mort de Gallus, Julien , conduit à Milan, étroitement gardé pendant sept mois, fut enfin relégué à Athènes. Il y rencontra, avec saint Basile et saint Grégoire de Nazianze, une foule de rhéteurs qui achevèrent de le gagner à leurs doctrines : il prit toutes les allures du philosophe. Universellement instruit, sa mémoire égaloit son intelligence : il pensoit et il écrivoit en grec, mais il se servoit aussi du latin 1 2. Les Gaules étant désolées par les Lranks et les Allamans, l’impératrice Eusébie décida Constance à créer Julien césar, afin de l’opposer aux barbares. Le disciple de Platon reçut la lettre qui l’appeloit au rang suprême comme un arrêt de mort : il leva les mains vers ce temple dont les admirables ruines ne semblent avoir été conservées qu’afin d’attester la beauté de l’ancienne liberté grecque à cette liberté renaissante. Julien monte à la citadelle, embrasse les colonnes du Parthénon, les mouille de ses larmes, implore la protection de la déesse. Il s’éloigne ensuite de l’immortelle cité, où des déclamateurs et des sophistes fouloient les cendres de Démosthène et de Socrate, mais où Minerve régnoit encore par le génie de Phidias et de Périclès.

Arrivé à Milan , il traça ces mots pour l’impératrice : a Puisses-tu avoir des enfants! que Dieu t’accorde ce bonheur et d’autres prospérités ! mais, je t’en conjure, laisse-moi retourner à mes foyers3, a C’étoit ainsi que Julien appeloit la Grèce. Le billet écrit, il n’osa l’envoyer, arrêté qu’il fut, dit-il, par les menaces des dieux : l’apostat prit la voix de l’ambition pour l’ordre du ciel.

Les officiers du palais s’emparèrent de l’étudiant d’Athènes, le dépouillèrent du manteau et de la barbe du philosophe, et le revêti-

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