Ad Ath
rent de l’habit du soldat. Il a peint lui-même sa gaucherie dans ce nouvel accoutrement , son embarras à la cour et les railleries des eunuques1. La dernière partie de l’éducation de Julien avoit été populaire ; il assistoit aux cours des rhéteurs à Constantinople , comme les autres élèves : en se plongeant dans les mœurs publiques, il y puisa des enseignements qui manquent à l’éducation privée des princes.
Constance, le sixième jour de novembre l’an de Jésus-Christ 335, ayant assemblé à Milan les légions, proclama Julien césar. L’orphelin dans la pourpre, au milieu des meurtriers de sa famille, répétoit tout bas un vers d’Homère : « La mort pourprée et son invincible destin l’enlevèrent. »
Après avoir épousé Hélène, sœur de l’empereur, Julien partit pour son gouvernement des Gaules, auquel on avoit ajouté la Grande- Bretagne, et peut-être l’Espagne2. Eusébie lui donna des livres, ses conseillers; Constance, des valets, ses maîtres3. Tenu dans une tutelle jalouse , il ne pouvoit ni prendre seul une résolution , ni intimer un ordre, ni changer un domestique : tout étoit réglé dans son intérieur par les ordres de Constance, jusqu’aux mets de sa table; aucune lettre ne lui parvenoit qu’elle n’eût été lue : il se sevroit de la compagnie de ses amis dans la crainte de les compromettre et de s’exposer luimême à sa perte. A peine mit-on à sa disposition quelques soldats4. Sa seule consolation en entrant dans le pays ravagé que l’on confioit à son inexpérience fut de rencontrer une vieille femme aveugle, qui le salua du nom de restaurateur des temples5.
Durant les cinq années que Julien gouverna les Gaules, il courut d’une ville à l’autre, d’Autun à Auxerre, d’Auxerre à Troyes, deTroyes à Cologne, de Cologne à Trêves, de Trêves à Lyon : on le voit assiégé dans la ville de Sens; on le voit passant le Rhin cinq fois, gagnant la bataille de Strasbourg sur les Allamans, faisant prisonnier Chrodomaire, le plus puissant de leurs rois, rétablissant les cités, punissant les exacteurs, diminuant les impôts, et enfin, ce qui nous intéresse par les liens du sang, soumettant les Camaves et les Franks Saliens : on commence à vivre avec les Franks au milieu de la future France. Julien avoit écrit ses guerres des Gaules : cet ouvrage, que l’on mettoit auprès des Commentaires de César, est malheureusement perdu ; il auroit jeté une vive lumière sur l’histoire obscure de nos aïeux au ive siècle.