‹ Œuvres complètes de Chateaubriand (volume 3)Chapitre 76 sur 358 · Il se nommait Mourus · texte numérisé non relu

Il se nommait Mourus

C. Le texte parle aussi en particulier d’une parure de tête de sa femme : Uxoris colii vel capitis.

Paris, il faut passer de Julien à Napoléon. Après des négociations inutiles, Constance rejeta les prières de son rival ; il lui enjoignit de quitter la pourpre, non sans le traiter d’ingrat: « Rappelle-toi que je t’ai protégé alors que tu étois orphelin. » — « Orphelin ! dit Julien dans sa réponse à Constance ; le meurtrier de ma famille me reproche d’avoir été orphelin * ! »

Julien rassemble à Lutèce le peuple et l’armée, leur communique les messages venus d’Orient, et leur demande s’il doit abdiquer le titre d’auguste. Un grand bruit s’élève avec ces paroles : « Sans Julien auguste, la puissance est perdue pour les provinces, les soldats et la république 1 2. »

Le questeur Léonas fut chargé de porter la réponse publique à son maître, avec une lettre particulière remplie de la colère et du mépris de Julien.

Décidé à marcher sur l’Orient, Julien part avec trois mille soldats ; il étoit à peine suivi de trente mille autres. Tout s’épouvante : Taurus, préfet d’Italie, s’enfuit; Florent, préfet de l’illyrie, s’enfuit ; Nebridius, préfet du prétoire en Occident, demeure seul fidèle à Constance ; il perd une main d’un coup d’épée, et Julien refuse de serrer la noble main qui reste à Nebridius 3.

Le nouvel auguste descend le Danube, tantôt côtoyant ses bords, tantôt s’abandonnant à son cours ; Sirmium, capitale de l’Illyrie occidentale, le reçoit : il se saisit du pas de Suques, entrée de la T b race, et s’arrête pour attendre son armée 4.

Il tourne alors le visage au passé et le dos à l’avenir, et, se préparant la triste gloire d’avoir été le premier prince apostat, il abjure publiquement le christianisme; il déclare qu’il confie sa vie et sa cause aux dieux immortels, efface l’eau du baptême par la cérémonie du taurobole : une seule des divinités évoquées apparut un moment à la fumée des sacrifices de Julien, la Victoire.

Les soldats qui Taccompagnoient, brandissant leurs épées au-dessus de leurs têtes, ou tournant la pointe de ces épées contre leurs poitrines, avoient juré de mourir pour lui : cependant plusieurs d’entre eux étoient chrétiens ; mais Julien les avoit trompés. Avant de quitter les Gaules, il étoit entré le jour de l’Épiphanie dans l’église de Vienne,

1. Julian., Orat. ad S. P. Q. Athen.; Liban., Orat. parent.; Zonab., lib. xm.

2. Auguste Juliane ut provincialis et miles, et reip. decrevit auetor lias. (Amm., lib. xx, chap. xi.)

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