‹ Œuvres complètes de Chateaubriand (volume 4)Chapitre 133 sur 165 · NUIT DE PRINTEMPS · texte numérisé non relu

NUIT DE PRINTEMPS

Le ciel est pur, la lune est sans nuage ;

Déjà la nuit au calice des fleurs

Verse la perle et l'ambre de ses pleurs ;

Aucun zéphir n'agite le feuillage.

Sous un berceau, tranquillement assis,

Où le lilas flotte et pend sur ma tête,

Je sens couler mes pensers rafraîchis

Dans les parfums que la nature apprête.

Des bois dont l'ombre, en ces prés blanchissants

Avec lenteur se dessine et repose.

Deux rossignols, jaloux de leurs accents,

Vont tour à tour réveiller le printemps

Qui sommeillait sous ces touffes de rose.

Mélodieux, solitaire Ségrais,

Jusqu'à mon cœur vous portez votre paix i

Des prés aussi traversant le silence.

J'entends au loin, vers ce riant séjour,

La voix du chien qui gronde et veille autour

De l'humble toit qu'habite l'innocence.

Mais quoi, déjà, belle nuit, je te perds!

Parmi les cicux à l'aurore ciilr'ouverts,

Phébé n'a plus que des clartés menranlcs;

Et le zéphir, en rasant le verger,

De l'orient, avec un bruit léger,

So vient poser sur ces li^cs tremblantes-

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