‹ Œuvres complètes de Chateaubriand (volume 4)Chapitre 132 sur 165 · LE SOIR DANS UNE VALLÉE · texte numérisé non relu

LE SOIR DANS UNE VALLÉE

Déjà le soir de sa vapeur bleuâtre Enveloppait les champs silencieux; Par le nuage étaient voilés les cieux : Je m'avançais vers la pierre grisâtre.

Du haut d'un mont une onde, rugissant.

S'élançait : sous de larges sycomores.

Dans ce désert d'un calme menaçant.

Roulaient les flots agités et sonores.

Le noir torrent, redoublant de vigueur, Entrait fougueux dans la forêt obscure De ces sapins, au port plein de langueur, Qui, négligés comme dans la douleur, Laissent tomber leur longue chevelure.

De branche en branche errant à Tavenlure, Se regardant dans un silence affreux, Des rochers nus s'élevaient ténébreux ; Leur front aride et leurs cimes sauvages Voyaient glisser et fumer les nuages :

Leurs longs sommets, en prisme partagés, Élaient des eaux et des mousses rongés. Des liserons, d'humides capillaires.

Couvraient les flancs de ces niouls solitaires; Plus tristement des lierres encor T. u, 4G

âe suspendaient aux rocs inaccessibles; Et contrasté, teint de couleurs paisibles, Le jonc, couvert de ses papillons d'or, Riait au vent sur des sites terribles.

Mais tout s'efface ; et, surpris de la nuit, Couché parmi des bruyères laineuses, Sur le courant des ondes orageuses Je vais pencher mon front chargé d'ennui.

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