SUR LE PREMIER LIVRE
PREMIÈRE REMARQUE
PAGE 17. Muse céleste.
0 Mu«3, tu che di caduchi allori Non oircondi la fionte in Elicona, elc,
(Gierus. liber., eanto I, strof. il.) II*.
PAGE 18. L'Eternel qui voyait les vertus des chrétiens s'aiïaiblir dans •a prospérité, permit aux démons de susciter une persécution nouvelle,
Eusèbe a donné la même raison de la per>ôculion sous Dioclôtien. On peut remaniucr, au re>lc, qua celle e\pu-^ilion furt courte et fort simple contient absolument tout le sujet.
PAGE 19. Démodocus était le dernier descendant d'une de ces familles Homérides.
J'ai adopté la tradition qui convenait le mieux à mon sujet : on sait d'ailleurs que les Ilomorides étaient des rhapsodes qui récitaient en public des morceaux de V Iliade et de ÏOiliissée. Le nom de Domodocus est emprunté de YOdyssce. Demodocus était un poète aveugle ijui clianlail aux festins d'Alcinulis : on croit qu'Uonière s'est point sous la figure de ce favori des Muses. Par laliction de cette famille d'Uoniére, j'ai pu faire reiiiiinler les mœurs jusqu'aux siècles hLTo'iques sans trop cluuiuer la viaisend)lance. Il est assez simple qu un vieux prèlre d' Homère, drnier descendant de ce poète, iioèle lui- même, et l'espiil loul rempli de V Iliade et de \'Oilijssce , ait gardé, pour ainsi dire, les mœuis de sa f.imille On voit dans les montagnes d Ecosse des clans ou tribus qui, depuis des siècles, conservent la langue, le > élément et les usages de leurs pères. Sans le secours de celle licliou , peut-être assw
heureuse en elle-même, j'aurais perdu le charme et les grands traits de la myihologie d'Homère. On m'aurait alors reproché, très justement, d'avoir opposé les mœurs chrétiennes dans toute leur jeunesse et toute leur beauté, aux mœurs païennes dans leur décaiij.ice. On voit donc ici une preuve frappaiili! de ma bonne foi, et <ie la co:;,>cience que je mets toujours dans mon travail. Certainement les petits dieux d Ovide el les usages de la Grèce idolâtre au quatrième siècle n'auraient pu se scuirnir un seul moment auprès de h. grandeur du christianisme naissant et du tableau des vertus évangéiiques. Il ne faut pas d'aille'.u'S oublier que Cymodocée, représentant les beaux-arts de la Grèce, doit sortir de cette larnille lloaiéride, et qu'elle va deveoir chrétienne pour remettre à la Muse sainte la lyre d'Homère
PAGE 19. Du mont Talée, chéri de Mercure.
Montagne de Crète cù Mercure était honoré. Peut-être avait-elle pris son nom de Talus, conipa.inion des travaux de Rhndamanlhe, et dont les poètes ont fait un géant d'airain qui combaiiit les Argonautes, et fut tué par les enchaiilemjnls de Mcdee. (Voyez Pl.vto.n et Apollo.mus.)
p.iGE 19. 11 avait suivi son épouse à Gocljjnes, ville bâtie par le fils de Rhadamanthe, au bord du Lélhé, noa loin de Plalane qui couvrit les amours d'Europe et de Jupi'cr.
Gorlynes, une des cent villes de ia Crète. Rhadamanine est devenu, par l'enchantement des poètes, un des juges des enfers. Le Lélhé, petite rivière de Crète, ainsi jiommce parce que ce fut sur ses bords qu'Hermione oublia Caduius. Les Grecs, ayant remarqué le long du Létlic une espèce de platane toujours vert, publièrent que Jupiter avait lait naître ce platane pour cacher ses amours avec Europe. (Voyez les mythologues, les géographes el les voyageurs, entre autres Tournefort.)
VI"
PAGE 19. Les antres des Dactyles.
Les Dactyles idéens étaient, selon lis uns, des prêtres de Cybèle, el, selon les autres, une espèce d'hommes religieux, premiers habitants de la Crète. Ils demeuraient dans les cavernes du monl Ida. (Voyez Sopuoci.e, Strabon, Dio- Donii Dji Sicile, etc.)
vu".
PAGE 19. Éplcliaris alla visiter ses troupeaux sur le mont Ida. Saisie tout à coup des douleurs maternelles, clic mit au jour Cymodocée.
StV.O-tTtOV ■ OV 7T0TÎ ^.YjTrifJ^
{Iliad., liv. IV, v. 474.)
VIII*
PAGK 49. Dans le bois sacré où les trois vieillards de Platon s'étaient assis pour discourir sur les lois.
Allusion à la belle scène qui commence le dialogue sur les lois. « Clinias : En avançant, nous trou\erons dans les bois consacres à Jupiter des cyprès dune hauteur et d'une beauté admirables , et des prairies où nous pourrons nous asseoir et nous délasser. » {Lois de Platon, hv. 1", trad. de M. Grou. )
PAGE 19. De regarder avec un sourire mêlé de larmes cet astre charmant, etc.
Sourire mêlé de larmes. Andromaque regarde ainsi Astyanax :
Aazpuôîv '^Ckà.ua.sff.. (Iliad., liv. vi. v. 484.)
C'est encore Homère qui compare Astyanax à un bel astre :
• - . Aliyy.iOTt àdxépt -/.uIm. [Iliad., liv. vi, v. 401.)
PAGE 19. Or, dans ce temps-là, les habitants de la Messénie faisaient élever un temple à Homère.
Presque toutes les villes qui se disputaient la çloire d'avoir donné naissance à Homère lui élevèrent des temples. Ptoicmée Philupator lui en bàlit un magniliquo; Chio célébrait des jeux on [honneur du plus grand des puèlos : Argos invoquait Apollon et Homère, etc.
Xi*.
PAGE 19. Poussé par un vent favorable, son vaisseau découvre bicnlôt le promontoire du Ténaro, et suivant les côtes d'iKlylos, de Tliaiatncs et de Leuctros, il vient jeter l'ancre à l'ombre du bois Cbœrius.
Le Ténare, aujourd'hui le cap Malapan. dernier promontoire de la Laconie. On y voyait un temple de Neptune et un soupirail qui conduisait aux enfers. Œtylos, Tbalames, Leuclres, eU-; villes ?»iluées le lont;; des côtes delà Laconie,"au revers du mont Taygète, dans le golfe de Messenie. (Voyez Palsamas, in Messen.) Ces villes n'ont rien de remaniuahle. D'Ânville veut trouver OEtylos dans Betylo : peut-être Thalamanes est-d Calarnate, quoiqu'il soit plus probable que la Calarnate moderne esl la Calamée des anciens. 11 ne faut pas confondre la Leuclres du golfe de Messénie avec la Leuctres de l'Arcadie, el surtout avec la Leuctres célèbre par la victoire d'Epamiuondas.
xir.
PAGE 20. On y voyait le poète représenté sous la figure d'un grand fleuve où d'autres fleuves venaient remplir leurs urnes.
Cet ingénieux emblème fut trouvé par l'antiquité, et c'est ce qui a fait dire à Longin. en parlant des imitations de Platon « Il a puisé dans liomére comme dans une vive source dont il a détourné une inlinité de ruisseaux. » [Traité du sublime, cliap. xi, traduct. de Boileau.) Que je serais heureux si j'avais puisé à moQ tour quelques gouttes d'eau dans cette vive source .'
xiir.
PAGE 20. Le temple dominait la ville d'Épaminondas.
C'est Messène. Elle fut bâtie par le général thébain après qu'il eut battu les Spartiates et rappelé les Mes^éniens dans leur patrie. Pellegrin ne parle point de Mes.-ène. Labbé Fourmont la visita vers l'an Moi, et compta trente-huit tours encore debout.
Je voyais ces ruines à ma gauche en travcf^ant la Messénie pour me rendre à Tripolizza, au pied du Ménale, dans le vallon de Tégoe. M. de Poiiqueville, venant de Navarin (l'ancienne Pyiosj, el faisant à peu près la même route que moi, dut laisser ces mêmes ruines à sa droite. (.Voyez Palsamas, in Messen.' Voyage du jeune Anacharsis ; Pellegrin, Voyaye ou royaume de Moréé PoLQUEViLLE, Voyage en Murée.)
PAGE 20. L'oracle avait ordonné de creuser les fondements de redifice au même lieu qu'Aristomène avait choisi pour enterrer l'urne d'airain à laquelle le sort de sa patrie était attaché.
Tout le monde connaît les fameuses guerres des Spartiates et des Messénicns. Coux-ci, au moment d'être subjuguas, curent recours à la religion.
• On gardait, dit Pausanias, un monument auciucl clait allaché le salul des « Messéniens. Si les Messeniens perdaient ce monument sacre, ils tueraient
« enlièiement détruits; si, au contraire, ils le conservaient, ils se relèveraient « un jour de leurs ruines .. Aristomène enleva pLMidaut la nuil ce monument, « et l'enterra dans l'entlroit le plus désert du mont llliome. »
Ce monument était une urne de bronze qui renfermait des lames de plomb sur lesquelles était gravé tout ce qui avait rapport au culte des grandes de: -30S. Ejiaininondas retrouva cette urac, rappela les Messéniens fiugilifs, et bâtit Messène.
XV'
PAGE 20. Les flots de l'Amphise, du ParoAfsus et du Balyra, où l'aveugle Thanayris laissa tomber sa lyre.
Le Pamysus passait pour le plus grand fleuve du Péloponèse. J'ai échoué dans son embouchure avec une barque qui ne tirait que quelques pouces d"eau. L'Amphise, selon Pausanias, se jette dans le Balyra. Le poète TamyrLs ayant osé défier les Muses dans l'ait fies chanta, fut vaincu. Les Muses le privèrent de la vue, et il jeta de dépit ou lai-satjndier (selon d'autres auteurs), sa lyre dans le Balyra. Platon veut que l'âme de Thamyris soit passée dans le corps du rossignol. (Voyez aussi Ho-mère, dans l'Iliade.)
xvr
PAGE 20. Le laurier rose et l'arbuste aimé de Junon.
C'est le gallilier ou l'agnus-castus. A Samos, ai arbrisseau était consacré, et l'on prétendait que Junon était née sous son ombrage. J'ai nommé surtout ces deux arbrisseaux, parce que je les ai trouvés à chaque pas dans la Grèce.
XVll*
PAGE 20. Andanies témoin des pleurs de Mérope, Tricca qui vit naître Esculape, Gcnérie qui conserve le tombeau de Machaon, Plières, où le prudent Ulysse reçut d'Ipliitus l'arc fatal aux amants de Pénélope, et Slényclare retentissant des chants de ïyrtée.
« C.hresphonte, dit Pausanias, épousa Mérope. Les anciens rois de Messénle faisaient leur résidence à Amlanies. » La belle tragédie de Voltaire a faitcoo- Hctîire Mé:o|)e à tous los Icctinns.
« Selon les Messéniens, dit e;ic,)ie Pausanias, Esculape était né à Triera, village de .Mcssénie. » U y a d'aiitres traditions sur Ksculape : j'ai sui\i celle qui convenait à mou sujet.
« On voit à Genérie, dit toujours Pausanias, le tombeau de Machaoo. »
Phères, ou le prudent Ulysse reçut d'Iphitus l'arc falal.
Voici !e passage d'Homère :
« Cet arc était un don d'iphitiis, fils d'Earyte, semblable aux immorlels. îphyte était venu dans la Messérie; il rencontra Ulysse dans la maison du généreux Ursiloque. » {Od'jsx., liv. xxi.)
D'après cela j'ai cru pouvoir placer la circonstance du don de l'arc à Phères, puisque Orsiioque demeurait à Phères, d'après le témoignage de Pausauias et u'Hbnière lui-même.
Et Stényclare retentissant des chants de Tyrtée.
J'ai lu Slénvclare, au lieu de Stényclère, pour l'oreille. On sait que dans les guerres de Messénie les Lacédémoniens demandèrent un général aux Athéniens, et que ceux-ci leur envoyèrent Tyrtée, maître d'école laid et boiteux. Les ennemis se rencontrèrent dans la plaine de Stényclare, à un endroit appelé le monument du Sanglier. Tyrtée était présent à l'action, et encourageait les Lacédémoniens par des espèces d éh'gies guerrières que toute l'antiquité a louées comme sublimes. Il nous reste quelques fragments des poésies de Tyr tée dans la collection des petits poêles grecs. {Poet. Grœc. min. p. 334.)
XVI 11®
PAGE 20. Ce beau pays, jadis soumis au sceptre de l'antique Nélée, présentait une corbeille de verdure de plus de huit cents stades de tour.
Nélée, chassé d'Iolchos, ville de Thessalie, se retira chez Apbaréiis, son cousin-germain, qui régnait en Messénie. Celui ci lui donna Pylos et toute la côte maritime. Apharéus eut deux tils, Lyncée et Idas, qui firent la guerre aux Dioscures , et qui périrent dans cette guerre. La Messénie passa, par leur mort, sous la domination de Nestor, tils de Nelée. Quant à l'cti-ndue de la Messénie, j'ai suivi le calcul de l'abbé Barthélémy, qui s'appuie de l'autorité de btrabon, liv. viii.
Xlx^
PAGE 20. Cet horizon, unique sur la terre, rappelait le triple souvenir de la vie guerrière, etc.
Toute celte description de la Messénie est de la dernière exaclitufïe. Elle est faite sur les lieux mêmes, et j(^ n'ai riin retranché, rien ajoute au iahleau. Un critique, qui ma traite d'ailleurs avec politesse, trouve cette phrase singulière : < Dessinent dans les vallons comme des ruisseaux de fieurs; » mais l'e.Kpression paraîtra , je crois, très ju?lc à lou-^ ceux, qui auront visite les lieux Je n'ai pu rendre autrement ce que je voy.iis; presque tous ieslleaves, on plutôt les ruisseaux de la (Irèce, sont à sec pendant i'oté. Leurs lit.* se re;iip.iss;iil alors de lauriers-rvi.-^es, de gUliliers, de genêts odorants. Os arbustes, plantés dans le fond du ra\in, ne monircnl que leurs tètes au-(le.->us <iii >oi ; cl comme ils suivent les siimosit 's du torn ni desséi he où ils croi^seï;!. leurs L-iines lleurics, qui scrpenlcnl ainsi au milieu d'uQC terre brûlée, dos-
SUR LE LiVRE I.
sinenl réellement à i'œil des niis;^e;.iix de (leur?. Le pas?a;^e suivant de mon Ilinéraire servira de commentaire à ma description de !a Messénie :
« Il faisait encore nuit quand nous quittâmes Modon, autrefois Méthone, en Mcssine.*(Le vaisseau qui m'avait pris a Trie.-te m'avait débarque à Modon.) Je croyais encore errer dans les déserts de l'Amérique : même solitude, même silence. Nous traversâmes des bois d'oliviers, en nous dirigeant au midi. Au lever de l'aurore , nous nous trouvâmes sur les sommets aplatis de quelques montagnes arides, où nous marchâmes pendant deux heures. Ces sommets, labourés par des torrents, avaient l'air de guerels abandonnés. Le jonc marin et une espèce de bruyère épineuse et fleurie y croissaient par touffes ou par bouquets. De gros caïeux de lis de montagnes, déchaussés par les pluies, paraissaient çà et là à la surface de la terre. Nous découvrîmes la mer au travers d'un bois d'oliviers clair-semos. Nous descendîmes dans un vallon où l'on voyait quelques champs de doura, d'orge et de coton. Nous traversâmes le lit desséché d'un torrent où croissaient le laurier-rose et l'agnus-caslus, joli arbrisseau à feuilles longues, pâles et menues, et dont la fleur lilas, un peu cotonneuse, s'allonge en forme de quenouille. Junon était née sous cel arbrisseau , célèbre à Samos. Je cite ces deux arbustes, parce qu'on les retrouve dans toute la Grèce, qu'ils décorent presque seuls ces solitudes, jadis si riantes et si parées, aujourd'hui si nues et si tristes, A propos de torrents dessséchcs , je dois dire que je n'ai vu, dans la patrie de l'ilissus, de l'Alphée et de l'Erymanthe, que trois fleuves dont l'urne ne fût pas tarie : le Pamysus, leCéphise et l'Eurotas. Il faut qu'on me pardonne encore lespRce d'indillérence et presque d'impiété avec laquelle j'écrirai souvent les noms les plus célèbres ou les plus harmonieux. On se f.imiliarise malgré soi , en Grèce, avec Thémistocle, Kpaminondas, Sophocle, Platon, Thucydide ; et il faut une grande religion pour ne pas franchir le Cithéron, le Ménale ou le Lycée, comme on passe des monts vulgaires.
' Au sortir des vallons dont je viens de parler, nous commençâmes à gravir de nouvelles montagnes. Mon guide me répéta plusieurs fois des noms inconnus ; mais, à en juger par leur position, ces montagne- devaient faire une partie de la chaîne du mont Thémalhia Nous ne tardâmes pas à entrer dans un bois charmant de vieux oliviers, de lauriers-ro^es, d'esquines, d'agnus-castus et de cornouillers. Ce bois était dominé par des sommets rocailleux. Parvenus à celte dernière cime, nous découvrîmes le beau golfe de Messénie, bordé de toutes parts de hautes montii^nes, entre lesquelles le mont llhome se distinijuait par son isolement, et. le Taygéte par ses deux flèches aiguës. Je saluai aussitôt ces monts fameux jiar tout ce que je savais de beaux vers à leur louange.
< Un peu au-dessous du sommet du Thémalia. en descendant vers Coron , nous aperçûmes une misérable ferme grecijue dont los habitants s'enfuirent à notre approche. A mesure que nous descendions, nous découvrions, de plus en plus, la rade et le port de Coron, où l'on voyait quelques bâtiments à l'ancre : la flotte du capilan-pacha était -mouillée de l'anlrc côte du golie, vws Calamate. En arrivant a la plaine ipii est au pied îles montagnes, et qui s étend jusqu'à la mer, nous aperçûmes un Mllage au centre duquel était une espèce de châleau-lorl : le (ont était environné d'un cimetière turc, couvert de cyprès de tous les âges. Mon guide, on me montrant ces arbres, me les nommait ^icin/NS.i. Le .Messenien d autrefois m'auruit coule riiisliiire du jeune homme donl le McssiMiien d'aujourd'hui n'a retenu (juii la moitié du uom. Mais ce nom, tout déliguré qu'il o.-t, piononoe sur les
SGG REMARQUES
li(;i\', à la vue d'un cyprès et des sommets du Tayjrète, me fit un plaisir que les poètes comprendront, .le me dirais pourtant, en regardant ces tombeaux turcs : Que sont venus faire ici les barbares conquérants du Pé- Icponcsc? Ils sont venus y mourir comme les Messéniens. Au reste, ces toiiibeaux étaient fort agréables : le laurier-rose croissait au pied de? cyprès, qui ressemblaient à de grands obélisques ; des milliers de tourterelles voltigeaient parmi ces ombrages; l'herbe ilotlait autour de la petite colonne fuuèbre, surmcTlitée du lui ban; une fontaine, bâtie par un pieux shérif, et i.ui sortait de son loml}eau, répandait son e;iu dans le chemin pour le voyageur. "On se serait \ oleniiers arrêté dan? le cimetière où ce laurier-rose de la Grèce, dominé par le cyprès de l'Orient, semblait rappeler la mémoire de deux peuples dont la poussière reposait dans ce lieu.
« rù>us mîmes une heure pour arriver de ce cimetière à Coron. Nous marchâmes à travers un bois continu d'oliviers, planté de froment à demi moissonné. Le terrain, qui de loiii paraît une plaine unie, est coupr^ par des ravines inégales et profondes. M. Vial, alors consul de France à Coron, me reçut avec cette hospitalité par lai;nclle les consuls du Levant sont si reaiarquables. 11 voului bien me loger chez lui. 11 renvoya mon janissaire de Modon, et me donna un de ses propres janissaires pour traverser avec moi la Morée et me conduire à Athènes. Ma m: relie fut ainsi réglée. Je tie pouvais me rendre à Sparte par Calam .le, qwe Ion prendra si l'ou veut pour Calatliion, Cardamyle ou Thaiamcs, sur la c'ic de la Laconie, presque en face de Coison : le capitan-i)acha était eii guerre avec les Maniottcs; ainsi la route pnr Calamate m'était fcr.née : il fut donc arrêté que je prendrais un long détour; (jue je passerais ie défilé des partes, l'un des Hermœum de la ivlessenic ; que je me rendrais à Tripolizza, aiin d'obtenir du pacha de Moree le (irraan nécessaire pour passer risll;me;que je me rendrais de Tripolizza à Sparte, et que de Sparte je prcii irais par la montagne le chemin d'Argos, de Mycèacset de Connlhe.
« La maison du consul dominait le golfe de Coron; je voyais de ma fenêtre la mer de iMessénie, peinte du plus bel azur; devant moi, de l'autre côte de cette mer, s'élevait la haute chaîne de Taygèîe, couverte de neige, et juslemenl comparée aux Alpes par Slrabon, mais aux Alpes sous un plus beau ciel. A ma droite, s'étendait ia pleine mer; et à ma gauche, au fond du g-.ilfe, je découvrais le mont Ithome, isolé comme le Vésuve, cl tronque comme lui à son fO:umet. Je ne pou\ais m'arrachcr à ce speclacle. Quelles pensées ne m'inspirait point la vue de ces côU'S silencieuses et désertes de la Grèce, où l'on n'enlend que l'éternel sifflement du mistral et le gémissement des Ilots! Quelques coups de canon que le capilan-pacha faisait Urer ùii loin en loin contre les rocliers des Manioltes interrompaient seuls ces Iristes bruits par un bruit plus Iriste encore. On ne voyait s-ur lor.le l'étendue de la mer que la lloUe de ce chef des Barbares: elle me rapjielail les jiiiates américains, qui plantaient leur drapeau sanglant sur un;' terre inconnue, et prenaient possession d'un pays enchanté au nom de la servitude et de la mort; ou plutôt je croyais voir les vaisseaux d'Alaric seloig-.er de la Grèce iii cendres, empurlanl la dépiuiille des lemples, les trophées d'Olympie et les statues brisées de la Liborlé et des Arls. « Je (piillai Ciiron le U auùl, à deux heures du matin, pour continuer moa voya-L-, etc., etc.
SUR LE LIVRE î. q -
XX*
PAGE 21 . Comme un jeune olivier qu'un jardinier élève avec soin.
Olov Zk rpifEt è'p'j'joç ùmp èpiOvilès èluro; KwoM £v otOTTo/w, oO «Xt? à.w.Siopuyjv uSw^, Ka)>ov, tïjXsCkov to Si te Tr-joiui Sovî'oufftv
• (lliad., liv. XVII, v. 53.)
Je n'ai pas tout imité dans cette belle comparaison. Pythagore avait une telle admiration pour ces vers, qu'il les avait mis en musique et qu'il les chantait en s' accompagnant de sa lyre.
XXI®
PAGE 21. Hiéroclès avait demandé Cymodocée pour épouse.
Voilà la première pierre de l'édifice. Le motif du refus de Démodocus et du dégoût de Cymodocée est justilié par le caractère et la personne d'Hiéroclès.
XXll®.
PAGE 21. Ils disaient les maux qui sont le partage des enfants de la terre.
Tout ce (lui suit fait allusion à divers passages de Ylliadc et de l'Odyssée, C'est Ulysi^e qui regrelte de mourir avant d'avoir revu la fumée qui s'élève de ses foyers ; ce sont les frères d'Andrumaque qui furent tués par Achille lorsqu'ils gardaient les troupeaux, etc.
PAGE 21. Lorsque, adossée contre une colonne, elle tournait ses fuseaux y la lueur d'une llainmc éclatante.
Il â ■.c<7Tar. Ètt' sGyy.pri èv rzvpo; aùy/j, II).«zaT« (jTpM'^MCj Wu-n'.pY'Cot.., Oujuu. tSiffOat, Kio'Ji xîxliaivYi ' 5aw«i Si ot îtar 'ô-riaOïii.
(0(///.svs.,liv. VI, V. 303.)
268 RK^îAiiQUi:s
XX î Y
PAGE 22. Cette modération, sœur do la vérité, sans laquelle loul est mensonge.
En supprimant ici les deux virgules, on a fait une plirase ridicule, par laquelle je dirais que tout est mensonge sans la vérité. Voilà la bonne loi de la critique.
xxv®
PAGE 22. Uq jour elle était allée au loin cueillir le diclame avec son père.
Le dictame, renommé en Crète, croît aussi sur plusieurs montagnes de la Grèce, où je l'ai remarqué.
XXVI®
PAGE 22. Ils avaient suivi une biche blessée par un archer d'CEchalie.
Non illa feris incognita capris Gramina, euui tergo volucies liaesere sagittse
(jEneid., XII, 414.)
XXVIi®.
PAGE 22. Le bruit se répanJit aussitôt que Nestor et la plus jeune de ses filles, la belle Poiycaste, étaient apparus à des chasseurs dans les bois de rira
Poiycaste conduisit Télémaquc au nain, lorsquil vint demander à Nestor des nouvelles de son père. {Udyss., liv. m.)
Il y avait en Messénie une vdle, une riviè:\^ et une montagne dira. Le siège d'Ira^ par les Lacédémoniens, dura onze ans, et linit par la captivité et la dispersion des Messéniens. (Paisanias.)
XXVIll*.
PAGE 22. La fête de Diane-Limnatide approchait... Cette pompe, cause funeste des guerres antiques de Lacédi inone et de Messèue
• Diane Limnatide avait un temple sur les frontières de la Messénie et de « la Lacunie. De jeunes fliles de Sparte étant venues à la fêle de la <léesse, « furent violées par les Messéniens. » (Pai samas.) De là les guerres do Messénie.
SUR LE LIVRE I. lli9
PAGE 23. La statue de Diane, placée sur un autel. C'est la Diane antique du Muséum.
XXX*
PAGE 23. C>fmodocée, à la têle de ses compagnes, égales en nombre aux nymphes Océanies, entonna l'hymne à la Vierge Blanche.
Les nymphes Océanies étaient au nombre de soixante, et formaient le cortège de Diane. Diane partageait avec Minerve le surnom de Vierge Blanche, à cause de sa virginité.
XXXI*
PAGE 24. Diane, souveraine des forêts, etc. Phsebe, sylvarumque potens Diana,
date quse prccaiimr
Tempore sacro, Qiio sibyllin! nioniiere versus Yir^incs ieclas, pueiosque castos Di, quibus septemplacuere colles^ Dicere carnieu.
Di probes mores liocili juvenlse, Di senectiiti placidse quicteni, Romuiin; goiiti date remque pioiemque, El (iecus oniiie.
(HoB., Carm. Sec.)
Les lecteurs qui compareront mon hymne à celui d'Horace verront bien que je diffère de mon modèle sur une foule de points.
XXXll*.
PAGE 24. Un cerf blanc fut immole, à la reine du silence.
On offrait à Diane des fruits, des bœufs, des béliers, des cerfs blancs. J'ai cru pouvoir hasarder l'expression de reine du silence, d'après une expression d'Horace.
XXXIll*.
PAGE. 24. C'était une de ces nuiis dont les ombres transparentes...
Je n'ai rien imité dans celle descriiition, hors le dernier trait, qui est d'Uoffière -. Assis dans la vallée, le berger, etc.
xxxiv^
PAGE *25 dis retraites enchantées, où les anciens avaient placé le berceau de Lycurgue et celui de Jupiter.
On sait que Jupiter fut élevé en Crète, sur le mont Ida; mais une autre trafîitioii voulait qu'il eût été nourri sur le mont Ithome. (Vovez Pausamas, in Messen.) j'ai suivi celte tradition.
xxxv^
PAGE 25. De Cybèle descendue dans les bois d'Œchalie.
OEchalie, en Messéaie, était consacrée par les mystères des grandes déesses.
xxxvl^
PAGE 25. Les hauteurs deThuria.
A six stades de la mer, vous trouverez Phères; ensuite, qualre-virigls stades plus haut, dans les terres, est la ville de Thuria. Homère la nomme Antliée, (S*Ai:sAMAS, tn Messen., càp. xxi). « jîpeia nuncTIiuria vocalur, » dit Stra- BON : « vox Celsam significat, quod nomen inde habet, quod in sublimi colle est sila. » (Lib. vni.)
XXXVIl*.
PAGE 25. Le labyrinthe, dont la danse des jeunes Cretoises imitait encore les détours.
On croit que la danse Cretoise, connue sous le nom d'Ariadne, était une imitation des circuits du labyrinthe. Homère la place sur le bouclier d'Achille.
XXXVIIl®.
PAGE 25. Une source d'eau vive, environnée de hauls peupliers.
ri«vT07£ xv/ÂOTroif , /aTK ôè •^xjy^filv fiz'j iiSup T-y'/Jz-j èz ■nixûti'y ' ^(oaôç 5 iyjirîp'Jî t/tjxto '^•j^'fpxu-J, ô'Ot TrâvTîî £7rt6|îiÇ2c-/ov ôStrat.
(Odiiss., liv. xvri, v. 208.)
XXXIX*
PAGi: 'J5. Tel un successeur d'Ap elles a représenté le sommeil d'Endymion.
SLR Li: LIVRE I. -71
Il était bien juste que je rendisse ce faible hommage à l'admirable tableau d'Atala au tombeau. Mallieureuscnienl je n'ai pas l'art de M. Giroiiet, et tandis qu'il embellit mes peintures, j'ai bien jieur de gâter les siennes. Au reste, ce tableau du sommeil d'iùidore n'est pas tout à fait semblable au tableau du sommeil d'Endymion, par M. Girodet. J'ai pris quel nies détails du bas-relief qu'eu voit au Capitolc, et qui représente le même sujet
PAGii 2G. El jamais ma mère, déjà tombée sous vos coups, ne lut orgueilleuse de ma naissance !
Allusioa à l'aventure de ISiobé.
XLl^.
PMiii 26. Comment ! dit Gymodocée... esl-ce que tu n'es pas le cliasrcur Endymion?
Cette rencontre d'Eudore et de Cymodoccc a paru généralement f.iire plaisir. Ceux qui l'ont critiquée ont trouvé que Cymodocée parlait trop pour une jeu ne Grecque, et ils ont prétendu (jue cela |)eciiail contre la vérité des muiurs. J'ai une réponse bien simple à fiire : c'e>t îl.)mère((ui est le coupable Nausi- (•aa parle bien plus loiigueme;il à Ulysse que Cymodocée à Kudore. Les discours de Nausicaa sont même si longs, qu'ils occuperaient trop, de place ici. et je suis obligé.de renvoyer le leclo'U' à l'original. (Voyez \'OIi<tsse, liv. vi.) Ces longs bavardages, si j'ose proférer ce blasphème, ces répétitions, ces circonloculions hors du sujet, sont un des caractères du style homérique. Je devais les imiter, surtout au ninment de la rencontre de mes deux principaux personnages, pour l'aire contrasler la prolixité païenne avec le laconisme du Jangagechrélien. Quant à l'anachronisme de mœurs, je me suis expliqué dans la remaniue m*. Si j'avais besoin de quelque autre autorité après celle d'Homère, je la trouverais dans les tragiques grecs. Iphigénie, duns Viphigcnic en Aulule, confie ses douleurs au chceur, compose dos femmes de Chalcis, qu'elle n'a jamais vues; elle vent avoir l'élociuence d'Orphée, pour toucher Agamcranon ; elle s'adresse aux forets de la î'hrygic, aux montagnes d'Ida; elle parle des eaux limpides, des prés fleuris où croissent la rose et l'hyacinthe; elle entasse cent autres lieux communs de poésie étrangers au sujet. Electre, dans les Choéphores d'Eschyle, reconnaît promplemenl Oreste: mais quels inlirminables discours ne tient-elle pas à son frère, étranger, inconnu d'elle, dans Soiihode et Euripide! Nos grands poètes ont si peu songé à celle pré:oiniue invraisemblance de mœurs, qu'en imitant les anciens ils ont toujours fait parler très longuement les jeunes princesses. J'ai tort de réfuter scrieuscmenl ce qu'on n'a pu donner pour une critique sérieuse.
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PAGi- ^1. Je suis fille d'Homère aux chants immortels.
Cela n'est pas plus extraordinaire (lue d'entendre Nausicaa couler sa généa-
]ope et l'hisloire de son père et de !:a mère à Ulysse, qu'elle a trouvé tout nus dans un buisson. Quand ou veut chicaner un auteur, il faut au moins savoir de quoi l'on parle.
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PAGE 27. La nuit sacrée, épouse de l'Érèbe, et mère des Hespérides et de l'Amour.
Lorsqu'il y a plusieurs traditions sur un sujet, je prenas la moins connue ou la plus agréable, pour rajeunir les tableaux myllioloiriques : c'est pousser loin l'impartialité. Ainsi, l'Amour qu'on fait fils de Venu.-; est ici enfant de la Nuit ; allégorie presque aussi agréable et beaucoup plus ignorée que la première.
PAGE 28. Je ne vois que des astres qui racontent la gloire du Très- Haut.
« Cœli euarrant gloriam Dei. » {Psaim. xviii, v. 1.)
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PAGE 28. Ils me vendirent à un port de Crète éloigné de Gortynes, etc.. Lébène... Théodosie... Milet.
Lébène était le port, ou, comme on parle dans le Lovant, l'échelle de Gor« tynes. 11 était éloigné de cette ville de quatre-vingt-dix stades, selon Strabon : « Diàlal ab Africo mari et Lebene navalisuo ad stadia xi.. » (Stuab., lib. x.)
Théodosie était une ville de la Chersonèse Taurique, abondante en blé, qui se vendait dans tout le Levant : « Po?t montana ista urbssequilur Theodosia, « campo praedita fcrtili, et portu vel centum navibus accipieudisapto... Tota « regio frumenti ferax est. » (Stkab. lib. vu, page 309.)
PAGE 29. Les cruelles Ilithycs.
Déesses, filles de Junon. Elles présidaient aux accouchements. Euryméduse les appelle cruelles, parce qu'Kpicharis mourut en donnant le jour à Cymodo- •cée. Diane est invoquée dans Horace sous le nom d'Uilhye :
Rite muturos aperitc partiis Lenis llithya, tuere maires.
(HOB., Carm., St.)
SUR LE LiVRE I. 273
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PAGE 29. Je te balançais sur mes genoux ; tu ne voulais prendre de nourritui'e que de ma main.
Phénix dil à peu près la même chose à Achille, et avec encore plus de naïveté.
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